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Et si les politiques s’occupaient de Politique plutôt que des Affaires

Fusions, Acquisitions / Veolia / Suez / LVMH / Tiffany

Fusions, Acquisitions
Veolia / Suez / LVMH / Tiffany

Et si les politiques s’occupaient de Politique plutôt que des Affaires ?

Régulièrement on voit revenir en France la tentation des politiques d’intervenir dans la vie des entreprises. C’est largement le cas avec la bataille boursière Veolia-Suez. C’est le cas dans le dossier LVMH-Tiffany. Et demain quelle nouvelle intervention hasardeuse et contre-productive ?
JEAN CASTEX, PREMIER MINISTRE, RENCONTRE A MATIGNON
JEAN CASTEX, PREMIER MINISTRE, RENCONTRE A MATIGNON

Ce soir Emmanuel Macron réunit une centaine de créateurs de start-up et la fine fleur de la fintech française. L’année dernière ils étaient 500. Mais la Covid-19 est passée par là. Au mois de janvier il réunira les patrons de grands groupes étrangers. Avec à chaque fois le même message : la France est un pays libéral où tout est fait pour que les entreprises s’épanouissent. Éventuellement l’État peut donner des coups de pouce. Mais il n’intervient pas dans la vie des entreprises.

Cette année, ce sera plus difficile pour le Chef de l’État de faire passer son message. Depuis deux semaines, les ministres se succèdent pour expliquer quelle bonne idée Veolia a eu de lancer une offre hostile sur Suez, au risque de faire disparaître l’un des deux champions mondiaux des services dont la France s’honore. Ce matin encore Bruno Le Maire, qui était resté relativement neutre, a appelé les dirigeants de Suez à rendre les armes.

Et la semaine passée on a eu droit à une tragicomédie assez rare autour du projet de rachat de Tiffany par LVMH. On savait depuis des semaines que le groupe français avait perdu son appétit pour ce groupe et cherchait à se débarrasser de ses engagements. Miracle : il a reçu, une étonnante lettre du Ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères, lui demandant de surseoir de quelques semaines à cette opération, en raison de risques liés à la politique commerciale américaine. C’est bien la première fois qu’un locataire du Quai d’Orsay entreprend une telle démarche. Interrogé sur le pourquoi du comment de cette intervention ce matin, Bruno Le Maire n’a pas pu cacher son embarras.

Quelle va être maintenant la prochaine intervention gouvernementale dans la vie des affaires privées. Va-t-il demander à Veolia de revoir nettement à la hausse son prix d’offre sur Suez ? Va-t-il imposer son candidat à la direction générale d’Engie ? Va-t-il intervenir dans la finalisation du rapprochement entre PSA et Fiat ? Ou bien va-t-il priver telle entreprise d’un PGE, de manière à ce qu’elle soit rachetée plus facilement par son concurrent comme on l’a vu, il y a quelques semaines dans le secteur de l’ameublement ?

Naturellement le climat se prête à un interventionnisme massif des pouvoirs publics dans l’économie, à cause de la crise sanitaire et de la crise économique. Au printemps dernier, 12 millions de salariés du privé ont vu leur salaire nationaliser, par le biais du chômage partiel. Le crédit a été renationalisé, via la distribution de près de 150 milliards d’euros de prêts garantis par l’État. Enfin l’État-actionnaire a joué son rôle de sauveteur auprès d’entreprises comme Air France ou Renault, fortement affectées par la crise.

Mais dans le cas d’une tentative de prise de contrôle d’un groupe totalement privé par un autre groupe totalement privé, on ne voit pas au nom de quoi l’Etat aurait son mot à dire. Il pourrait s’inquiéter des nombreuses suppressions d’emplois qui résulteraient inéluctablement d’un rapprochement Veolia-Suez. Pour l’heure sa préoccupation est plutôt d’empêcher Suez de faire monter à son capital des alliés étrangers, même s’ils sont Européens. En témoignent les propos de Jean Castex, manifestement chargé de dire tout le bien qu’il pense de cette opération. Alors qu’une centaine de maires se montrent inquiets de la disparition de la concurrence dans l’eau. On croyait pourtant le Premier Ministre attaché aux territoires et au rôle des édiles !

Seul Emmanuel Macron, qui fait traiter ces dossiers par Alexis Köhler, se garde bien heureusement du moindre propos sur cette opération qui oppose deux cultures d’entreprise de cent cinquante ans d’existence. Mais Jupiter serait bien inspiré d’appeler son chef du gouvernement et ses ministres à davantage de modération dans leurs déclarations et à une parfaite neutralité. Faute de quoi, la France renouera avec l’époque de l’économie mixte, des noyaux durs, et du capitalisme de grand-papa. Ce recul en arrière aurait de quoi effrayer les patrons de la fintech qu’il va recevoir ce soir. Voire à les faire fuir dans de vrais pays libéraux.

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