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Le pétrole, c’est (presque) fini

Pour la première fois, la compagnie BP prédit à court terme le début du déclin de la demande d’or noir. L'Opep lui a partiellement donné raison en revoyant ses prévisions en baisse à court terme.
Pétrole - essence - station
Pétrole - essence - station

La demande de pétrole est appelée à stagner dès les prochaines années, avant de baisser. Cette affirmation ne surprendra aucun militant écologiste, ni certains prévisionnistes d’instituts de recherches – la tendance est même logique, puisque l’or noir est une ressource finie. Mais que l’une des premières compagnies pétrolières au monde l’écrive noir sur blanc dans ses anticipations – qui plus est y compris sans mesure supplémentaire de lutte contre le réchauffement climatique – c’est une première.

Dans son très attendu rapport annuel sur l’énergie, le britannique BP a en effet fixé une échéance assez précise au basculement de la consommation de pétrole, intégrant cet événement de manière définitive dans sa stratégie à long terme.

Il a échafaudé trois scénarios de transition énergétique pour 2050. Dans les deux scénarios les plus optimistes, où la transition s’accélère, la demande de pétrole a déjà atteint un sommet – elle ne récupérerait donc jamais de la chute de la consommation observée pendant la pandémie en raison de la baisse d’activité économique.

Dans son scénario le plus pessimiste – selon lequel la transition énergétique continue à son rythme actuel – la demande a néanmoins déjà atteint un plateau dans les années qui viennent autour de 100 millions de barils par jour, avant de commencer à baisser à partir de 2035 pour atteindre 95 millions de barils en 2050, ce malgré la croissance des pays émergents. "La demande pour les carburants liquides continuera à progresser en Inde, dans d’autres pays d’Asie, ainsi qu’en Afrique", mais elle ne suffira pas pour "compenser le déclin de la consommation des économies développées". Dans son édition 2019, le BP Energy Outlook envisageait encore une croissance de la demande de pétrole de 30% d’ici à 2040.

Ce retournement, estimé sans besoin de recourir à des mesures contraignantes supplémentaires, est évidemment lié à la pandémie. Celle-ci aura un effet à long terme : BP l’évalue à encore 3 millions de barils en 2025. La crise sanitaire devrait, selon la compagnie, accélérer l’adoption par les consommateurs et les entreprises de comportements plus économes, soutenus en cela par les États : si, en théorie, toute relance provoque un accroissement de l’activité, donc de la consommation d’énergie et des émissions, le recul de l’utilisation des transports, l’électrification des véhicules et l’efficacité énergétique croissante (que ce soit dans les transports, le bâtiment, etc.) permettraient, selon BP, d’amorcer à terme une baisse de la demande d’or noir.

Les deux scénarios les plus optimistes prévoient eux une chute de la demande dès aujourd’hui, pour atteindre 80% en 2050 par rapport à aujourd’hui.

La consommation de gaz naturel (moins polluant que l’or noir) résistera davantage, en tant que substitut au charbon dans les économies émergentes. Mais les premiers bénéficiaires du recul du pétrole sont évidemment les énergies renouvelables, dans les trois scénarios de BP.

Plus étonnant de la part d’une compagnie pétrolière, BP appelle clairement à ce que les gouvernements prennent de nouvelles mesures pour réduire les émissions de CO2 et accélérer la transition. Il faut y voir en partie la patte de Bernard Looney, directeur général de BP depuis février 2020. Ce dernier a décidé de mettre l’accent sur les nouvelles énergies, alors que BP – encore marqué par la marée noire de sa plate-forme Deepwater Horizon en 2010 qui lui aura coûté plus de 65 milliards de dollars – souffrait d’un retard sur ses concurrents européens, notamment le français Total. Le groupe veut décupler ses investissements dans les énergies à moindre émission carbone pour atteindre 5 milliards de dollars par an à partir de 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2050. Bernard Looney a admis que les conclusions du rapport "ont joué un rôle déterminant" dans l'élaboration de la nouvelle stratégie de BP.

En écho, l'Opep a dégradé ses anticipations sur la demande mondiale de pétrole cette année et en 2021, en raison de la faiblesse persistante dans certains pays asiatiques à la suite de la pandémie de Covid-19. Dans son rapport mensuel sur le pétrole, le cartel a réduit son pronostic de 0,4 million de barils par jour (mb/j) à 90,2 mb/j en 2020, soit une baisse de 9,5 mb/j par rapport à 2019. Par conséquent, les prévisions concernant la demande mondiale pour 2021 ont aussi été revues en baisse, de 0,4 mb/j par rapport à la prévision effectuée le mois dernier. La demande doit ainsi rebondir de seulement 6,6 mb/j en 2021 pour s'établir à 96,9 mb/j. Ce chiffre marque certes un rebond par rapport à 2020, mais le niveau restera inférieur à 2019.

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