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Fonds d'investissements / Capital-investissement / Private equity / Bpifrance / PME / ETI

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Bpifrance veut drainer l’épargne des Français vers les PME

La banque publique lance un produit pour particuliers qui investira dans des fonds de private equity. Une révolution à plusieurs titres.
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Cela fait des années que les professionnels du capital-investissement en rêvent : l’accès des particuliers à cette classe d’actifs est désormais une réalité. Bpifrance a annoncé le lancement aujourd’hui jeudi d’un fonds destiné aux particuliers qui souhaitent investir dans des entreprises non cotées.

Si Bpifrance Entreprises 1 – c’est son nom – n’est pas pour toutes les bourses, puisque l’investissement minimum est fixé à 5.000 euros, c’est la première fois en France qu’un véhicule propose un "ticket d’entrée" aussi réduit, destiné à des personnes physiques non professionnelles. Il pourra recueillir jusqu’à 95 millions d’euros dans les 12 mois qui viennent.

La banque publique a voulu lever les principaux obstacles opposés au développement du private equity auprès des particuliers : le risque et la liquidité. Un travail qui aura nécessité 18 mois.

C’est ainsi la première fois que des particuliers (ayant leur résidence fiscale sur le territoire) pourront s’exposer à un portefeuille d’actifs déjà constitué et aussi vaste de sociétés non cotées, sur des segments aussi diversifiés. Cette caractéristique est censée répondre à une précédente tentative gouvernementale d’orienter l’épargne des Français vers le tissu entrepreneurial hexagonal : le PEA-PME, dont "le succès n’est pas retentissant", estime Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, en raison de critères pas toujours adaptés et dont le suivi est difficile pour le particulier – qui doit lui-même prendre les décisions d’investissement avec les risques que cela implique

En effet, le portefeuille auquel Bpifrance Entreprises 1 sera potentiellement exposé représente 1.500 sociétés, réparties dans les portefeuilles de 145 fonds dans lesquels la banque publique a déjà investi. Des véhicules très variés en termes de types d’actifs : start-ups, investissement minoritaire dans des PME et des ETI, majoritaire dans des PME, fonds de dette mezzanine et fonds de dette privée. Cette diversification est l’un des facteurs de réduction des risques.

Pas de rendement sans risque

Par nature, Bpifrance Entreprises 1 n’est pas un produit à capital garanti, mais, logiquement, il peut générer des rendements plus importants que les placements moins risqués : la banque fait une estimation comprise entre 5 et 7% annualisé, brut de prélèvements fiscaux. C’est loin des 11,2% revendiqués par les fonds des membres de France Invest (l’association du capital-investissement français) entre 2004 et 2018. "Notre approche est très prudente. Nous n’avons pas voulu faire une promesse d’un niveau de performance qui correspond à des prises de risque d’investisseurs professionnels", explique Nicolas Dufourcq.

Concernant la valorisation à l’entrée, la question des effets de la crise sanitaire sur le portefeuille se pose puisque que la majorité des souscriptions de Bpifrance dans les 145 fonds partenaires a été réalisée entre 2015 et 2018. Là encore, l’institution estime avoir limité les risques de surpaye. Elle a déterminé un prix de marché pour les actifs de Bpifrance Entreprises 1 en vendant un portefeuille identique (de 95 millions d’euros donc) à deux investisseurs institutionnels "postérieurement à la crise. Les éléments d’incertitude liés à la pandémie sont intégrés dans le pricing", affirme Nicolas Dufourcq. Une méthode et un prix attestés par le cabinet d’expertise comptable Mazars.

Autre obstacle, la liquidité. Un fonds de capital-investissement primaire, destiné aux investisseurs qualifiés, a un horizon de 10 à 12 ans et les premières distributions n’ont pas lieu avant la quatrième, voire la cinquième année. Etant un fonds secondaire (qui souscrit à des parts de fonds déjà existants), Bpifrance Entreprises 1 réduit déjà un peu ce risque. Mais surtout, il s’agit d’un véhicule d’une maturité de 6 ans, prorogeable d’une année, et il propose le choix entre deux mécanismes de rémunération : une distribution de cash bloquée jusqu’à la liquidation du fonds (mais qui offre en contrepartie une exonération fiscale sur les plus-values), ou une distribution annuelle, avec une fiscalité de droit commun.

En soit, les sommes en jeu ne vont pas révolutionner les problèmes de fonds propres des sociétés françaises (puisque l’initiative représente au total de 190 millions d’euros, soit 10% des sommes investies chaque année par Bpifrance dans des PME via des fonds). Mais la banque publique nourrit une ambition importante avec Bpifrance Entreprises 1 qui, l’espère-t-elle, sera le premier d’une longue série (il compte lancer une génération nouvelle tous les ans) : briser la glace entre les particuliers français (dont le taux d’épargne désespère les pouvoirs publics et les organisations patronales depuis des décennies) et la classe d’actifs du private equity. Ce d’autant plus qu’avec la crise et le confinement, l’épargne des Français a explosé. "Nous avons économisé près de 90 milliards d'euros, donc ils ont rempli leur Livret A, leur Livret de développement durable, leur assurance-vie. Nous mettons [aujourd’hui] à leur disposition, un nouveau produit qui est un fonds d'investissement dans les PME françaises", a expliqué le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire hier matin sur LCI, totalement en phase avec le projet, qu’il qualifie de "première " en Europe .

La distribution du produit est ainsi facilitée : elle pourra se faire directement sur une plate-forme numérique, ou via la société de gestion 123 IM, qui dispose d’un réseau de partenaires parmi les banques, les gestionnaires de patrimoine et les assurances.

Mais la réponse des particuliers est encore inconnue : si le produit entend pallier les défauts des tentatives précédentes pour "démocratiser" le private equity, l’état d’esprit des ménages est encore à la prudence. Et Nicolas Dufourcq sait que le sujet est sensible, notamment lorsque l’on connaît des déboires qu’ont connus certains produits financiers complexes après la crise financière de 2008, que ce soit auprès des particuliers comme des collectivités locales (en témoignent les fameux prêts "toxiques" indexés sur des rapports entre indices, comme les taux de change ou les matières premières, ou des produits d’investissement dont les clauses de garantie en capital étaient peu claires). D’où la volonté de Bpifrance de fixer le plancher à 5.000 euros. Bpifrance Entreprises 1 "n’est pas un produit de placement, mais un produit d’investissement : nous ne voulions pas que les ménages à faible capacité d’épargne se précipitent sur ce produit en pendant que le capital était garanti ", a ainsi souligné Nicolas Dufourcq.

Le rendement du placement et l’absence de "pains" médiatiques seront in fine les juges de paix. Il faudra attendre quelques années pour avoir la réponse.

 

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