Politique économique / Brexit / Joe Biden / Boris Johnson
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Brexit / Joe Biden / Boris Johnson
Joe Biden, nouveau caillou dans la chaussure de Boris Johnson
Ce n'est un secret pour personne en Grande-Bretagne, Boris Johnson aurait préféré voir Donald Trump emporter la présidentielle américaine. L'ex-président et candidat républicain a toujours défendu le projet de Brexit du Premier ministre britannique et s'était engagé à signer un accord commercial bilatéral avec le Royaume-Uni le plus rapidement possible. Promesse de gascon puisqu'à ce jour aucun deal n'a été trouvé entre les deux États, et les négociations devraient être beaucoup plus compliquées avec l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. Joe Biden n'a quant à lui pas caché son hostilité à l'égard de Boris Johnson, qu'il a décrit lors de sa campagne comme le "clone physique et émotionnel" de Donald Trump et alors que ses origines irlandaises font de lui un fervent opposant au Brexit.
"Nous ne pouvons pas permettre que l'accord du Vendredi Saint qui a apporté la paix en Irlande du Nord devienne la victime de Brexit", avait averti M. Biden au moment de la publication du projet de loi britannique sur le marché intérieur début septembre. "Tout accord commercial entre les États-Unis et le Royaume-Uni doit être subordonné au respect du Good Friday Agreement et à la prévention du retour d'une frontière rigide. Point final", avait ajouté Joe Biden. Un avertissement clair de la part du candidat démocrate d'alors, et dont le Premier ministre britannique devrait tenir compte, s'il souhaite renouer les liens avec les États-Unis.
"Au-delà des fortes racines irlandaises de M. Biden, le vote américano-irlandais reste un élément clé pour le parti démocrate", explique ainsi Gilles Moëc, chef économiste d'Axa IM. Selon une étude de la Fondation Clinton de 2017, les Irlandais-Américains ont voté à 47 % pour Hilary Clinton en 2016, contre 27 % pour Donald Trump, et 33 millions de personnes ont été identifiées comme étant irlandaises dans l'enquête sur la communauté américaine de 2017 menée par le Bureau du recensement. "Un Brexit dur qui mettrait en péril l'accord du 'Vendredi Saint' en Irlande serait pour le moins mal reçu à Washington DC et rendrait impossible la négociation d'un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et les États-Unis", ajoute l'économiste.
Un rapprochement possible autour de l'environnement
Il reste que Boris Johnson fait partie des premiers chefs d'États que Joe Biden a appelé au téléphone au lendemain de sa victoire, de même qu'Angela Merkel et Emmanuel Macron. Ce qui prouve que le nouveau président américain souhaite vraiment renouer les liens avec la Vieille Europe, et qu'il pourrait tempérer la mauvaise image qu'il a pour l'instant du Premier ministre anglais. "Joe Biden croit profondément au travail d'équipe entre les États-Unis et leur allié traditionnel européen", a ainsi déclaré Charles Kupchan, ancien conseiller de Joe Biden pendant sa campagne. Par ailleurs, Chris Coon, sénateur démocrate et proche de Biden a pour sa part déclaré à la BBC, après avoir rencontré Boris Johnson, qu'il l'avait finalement trouvé "plus agile, engageant, éduqué et tourné vers l'avenir que ne l'aurait peut-être laissé entendre la caricature de lui dans la presse américaine". Et d'ajouter : "J'espère que le président élu Biden vivra une expérience similaire".
Les deux chefs d'États pourraient notamment se retrouver sur les questions d'écologie, qui leur tiennent tous deux à coeur, et alors que l'Ecosse doit accueillir l'automne prochain la COP 26, à Glasgow. "Je pense qu'avec le président Biden à la Maison Blanche à Washington, nous avons maintenant la réelle perspective d'un leadership mondial américain dans la lutte contre le changement climatique", a d'ailleurs déclaré Boris Johnson dans son message de félicitations à Joe Biden."Le Royaume-Uni a été le premier grand pays à se fixer cet objectif de zéro net d'ici 2050. Nous avons ouvert la voie il y a quelques années. Et nous avons vraiment bon espoir maintenant que le président Biden nous suivra et nous aidera à obtenir de très bons résultats lors du sommet COP26 qui se tiendra l'année prochaine à Glasgow".
Une chose est certaine, la conclusion d'un accord commercial avec le Royaume-Uni ne fera pas partie des priorités de Joe Biden pour 2021. "Un accord commercial ne figurera pas en tête des sujets en 2021", a déclaré M. Kupchan. "Je peux le voir revenir sur le devant de la scène, mais plus tard." Boris Johnson a d'ailleurs lui-même admis hier qu'il s'attendait à ce que les négociations sur le sujet soient difficiles. "En ce qui concerne l'accord commercial avec les États-Unis, je suis un étudiant passionné de la politique commerciale des États-Unis et ce sont de durs négociateurs", a-t-il déclaré à l'agence de presse AP. "Et je n'ai jamais cru que cela allait être quelque chose qui allait être un coup de pouce complet sous une quelconque administration américaine".
Dans ces conditions et alors que le Premier ministre britannique a dégringolé dans les sondages au profit des travaillistes, il est urgent que Boris Johnson parvienne à un accord avec l'UE. "Un no deal augmenterait encore les chances des nationalistes de remporter la majorité absolue aux élections écossaises de l'année prochaine, ce qui rendrait difficile le rejet d'un second référendum sur l'indépendance. Si, en plus de cela, le No deal est une source d'isolement complet sur la scène internationale, il est probablement temps pour le Premier ministre britannique de réduire ses pertes et de signer un accord. Rapidement", conclut Gilles Moëc, d'Axa IM.
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