Entreprises / Actions / Altice / SFR
Entreprises / Actions
Altice / SFR
Rachat impossible d’Altice Europe par son fondateur
Coup de gueule de la société d’investissement américaine : Lucerne Capital a révélé hier dans une lettre de 12 pages ce qui la pousse à s’opposer au rachat du groupe de télécoms par son fondateur. De fait, l'action Altice Europe a chuté de 2 % à la suite de cette révélation. L’investisseur minoritaire qualifie l’offre de rachat comme illégale, et accuse en parallèle Altice de transferts de fonds massifs injustifiés depuis la société vers Patrick Drahi.
Six ans après son introduction en Bourse d’Amsterdam et l’acquisition de SFR, Patrick Drahi, fondateur et président d’Altice depuis sa création en 2001, a lancé en septembre une offre publique d’achat (OPA) avec une forte prime pour les actionnaires qui apporteront leurs actions. Son intention est de racheter les parts des actionnaires minoritaires afin de retirer sa société de la côte. L'offre porte sur un prix de 4,11 euros par action pour un total de 2,5 milliards d'euros. Cette offre de rachat serait bénéfique pour le milliardaire franco-helvético-israélien, étant donné que la valorisation actuelle est bien inférieure à ce qu’elle avait été lors de son introduction en Bourse.
L’action Altice Europe qui, globalement, n’avait fait qu’augmenter depuis son introduction en janvier 2014, jusqu’au mois de juin 2017, a été divisée par 6 en 2018 et depuis n’a jamais retrouvé son ancien cours. Elle avoisine aujourd’hui les 4,40 euros. Le refus par Lucerne d’apporter ses actions empêche pour l’instant Patrick Drahi de retirer sa société de la bourse, n’étant pas en possession de l’ensemble des parts.
La société d’investissement américaine détaille dans sa lettre les raisons de son refus. Selon Lucerne Capital, "La grande majorité des actionnaires minoritaires d'Altice Europe estiment que l'offre publique n'est rien d'autre qu'une tentative illicite de M. Drahi d'exploiter la pandémie de Covid-19 pour se transférer une fois de plus une valeur massive à lui-même, au détriment des actionnaires minoritaires". L’investisseur explique que Patrick Drahi ayant la majorité requise pour voter les mesures de restructuration précâblées, comme c’est le cas de cette opération de rachat, a les mains libres pour fixer lui-même le prix de rachat de sorte que ni les actionnaires, ni la bourse ne puissent le contester : "l'offre est conçue de telle sorte que les actionnaires minoritaires sont contraints de vendre leurs actions à un prix prédéterminé par M. Drahi". Lucerne Capital a laissé entendre dans sa lettre qu’il demanderait à l’Entreprise Chamber, une chambre spéciale de la Cour d’Appel d’Amsterdam, d’ordonner une enquête afin d’empêcher que la restructuration puisse être soumise au vote le 7 janvier 2021. La société accuse enfin des membres indépendants du conseil d’administration d’avoir permis des transferts d’argent anormalement juteux pour Messieurs Drahi et Weill, "par le biais de transactions entre parties liées et d'autres stratagèmes".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

