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Télécoms : l'espoir d'une consolidation européenne revient
En pleine pandémie, la décision était passée relativement inaperçue et pourtant, elle pourrait bouleverser le paysage européen des télécoms. Fin mai, la Cour européenne de justice a annulé l’interdiction du mariage à 10,25 milliards de livres entre les opérateurs télécoms O2 et Three, qui avait été décidée par la Commission européenne en 2016. Raison donnée : la Commission n’a pas apporté de preuves suffisantes que cette opération conduirait à une réduction de la concurrence et de l’offre pour les consommateurs, en particulier sur les accords de partages de réseau entre opérateurs ou sur les infrastructures.
Cette décision a été une véritable surprise et est plutôt symbolique, dans la mesure où les deux opérateurs ont abandonné leur projet de fusion et n’ont pas prévu de le reprendre. Surtout dans la mesure où O2 a annoncé une alliance à 31 milliards de dollars avec Virgin Media, qui ne détient pas son propre réseau outre-Manche. Par ailleurs, la responsable de l’antitrust européen, Margrethe Vestager, qui est connue pour sa pugnacité envers les grands mariages européens, est toujours à la tête de cette antenne de la Commission, si bien qu’elle devrait selon toute vraisemblance faire appel de cette décision, et pourrait gagner. Mais en attendant, la jurisprudence européenne sur le mariage O2/Three pourrait provoquer une vague de consolidation européenne des télécoms, que nombre d’acteurs attendent depuis longtemps. "C’est probablement la décision de justice la plus importante des 15 dernières années en termes de fusions", déclarait l’avocat d’Orrick, représentant d’O2 Hutchinson à l’occasion de cette décision.
De nombreux acteurs des télécoms avaient en effet gelé des projets de rapprochement depuis 2016 et ce feu rouge de la Commission européenne. Or, certains marchés sont murs pour une consolidation, en particulier l’Espagne. Le mois dernier, Euskatel a lancé ses offres mobiles sous la marque Virgin, ce qui a poussé le CEO d’Orange Espagne, Laurent Paillassot, à déclarer que la perspective de cinq acteurs télécoms en Espagne était "intenable". Et hasard du calendrier, ce sont les fonds de private equity qui ont misé sur une consolidation du marché le lendemain de la décision de la Cour européenne : Providence Equity Partners, KKR et Cinven ont fait une offre à 5 milliards d’euros sur Masmovil, le quatrième acteur du pays, soit le plus gros LBO du secteur européen depuis plus de deux ans.
Doté de larges liquidités, le private equity a bien compris que le secteur européen des télécoms était prêt pour une consolidation, si tant est que le gendarme européen le permet. Cette décision pourrait-elle influencer les quatre grands acteurs du marché en France ? Après avoir échoué à racheter SFR, Martin Bouygues avait fermé la porte à un tel scénario en le jugeant "impossible" l’an passé en raison de l’aspect politique. Les autres acteurs pourraient se montrer plus ouverts à des schémas d’alliance, notamment en raison des investissements 5G qu’ils doivent faire. Orange s’est déjà montré favorable à cette vague et pourrait la faciliter, mais il faudra l’accord de toutes les parties prenantes, tant une telle consolidation impliquerait des cessions d’actifs et accords de partage de réseau à quatre. Or, une telle entente sera bien difficile à mettre en place, surtout si la jurisprudence sur le sujet n’est pas encore finale.
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