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Quand le "cow-boy"américain des télécoms prend sa revanche
Alors que certains corporates français comme Alstom ou EssilorLuxxotica essaient de remettre en cause les acquisitions faites avant la crise du coronavirus, ou en tout cas des décisions financières prises depuis lors ou les valorisations sur lesquelles elles ont été faites, d’autres en profitent pour se lancer. C’est le cas de l’emblématique John Malone, mentor de Patrick Drahi et propriétaire du groupe américain de médias Liberty Global : il a lancé une offre en cash à 110 francs suisse par action sur le suisse Sunrise, soit une prime de 32 % sur son cours de Bourse des deux derniers mois et une valorisation totale de 6,3 milliards de francs suisses (6,8 milliards d’euros). Le board de la cible est favorable à l’offre et le premier actionnaire, l’allemand Freenet, l’a également approuvé.
Cette opération ne doit bien sûr rien au hasard pour Liberty Global, très agressif en termes de M&A. Il y a moins d’un an, le groupe avait dû renoncer à son projet de vendre sa filiale de câble suisse UPC à Sunrise justement, pour 6,4 milliards de dollars, en raison de l’opposition du même allemand Freenet mais aussi du groupe de conseil en vote, ISS. Mais le groupe de John Malone a les moyens de ses ambitions : en 2018, il a vendu ses actifs en Allemagne et Europe de l’Est à Vodafone pour 21,8 milliards de dollars, et empoché un trésor de guerre de 12 milliards de dollars. Il en a profité pour se lancer dans la consolidation britannique : en mai dernier, sa filiale britannique Virgin Media a officialisé son mariage avec la filiale 02 de Telefonica dans le pays, pour un montant total de 31 milliards de dollars. Une opération qui avait pour but de venir concurrencer les géants British Telecom et Sky avec des offres TV, téléphone et Internet.
Liberty Global vient cette fois de faire de même en Suisse, où le nouveau groupe viendra challenger Swisscom, l’opérateur historique public. Deux opérations qui visent également à fournir des offres fixe-mobile concurrentielles dites couplées, et de gagner plus de parts de marché. Une surprise pour tous étant donné ses déboires l’an passé, et en particulier pour Xavier Niel, qui a investi dans l’opérateur Salt dans le pays, à titre personnel. Le groupe, qui a déjà réalisé plus de 370 transactions depuis 2005 – donnant à John Malone le surnom du "cowboy du câble" - affirme garder encore 7 milliards de dollars de trésorerie afin de muscler ses champions nationaux dans ses autres pays européens : l’Irlande, les Pays-Bas, la Pologne et la Slovaquie.
Cette opération démontre en tout cas la capacité de grands groupes à monter des opérations ambitieuses dans le contexte actuel, tant qu’elles ont du sens industriel : Liberty Global n’a pas hésité à recourir à 3,2 milliards de francs suisses (2,9 milliards d’euros) de dette pour financer cette opération, et les banques qui ont bénéficié des largesses des banques centrales répondent présentes. Ce qui pourrait donner des idées à d’autres corporates européens, si tant est que les fondamentaux de leur secteur ne soient pas totalement bouleversés par la crise du coronavirus.
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