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Patrick Drahi relance l’intérêt dans Eutelsat
Eutelsat Communications a confirmé hier soir avoir reçu une offre d’achat non sollicitée de Patrick Drahi, le propriétaire d’Altice. Dans un deuxième communiqué diffusé ce matin, l’opérateur de satellites indique que le magnat des télécoms a proposé 12,10 euros par action à son conseil d’administration – soit une prime de 17% par rapport au cours de clôture de mercredi soir, avant que l’information ne soit révélée par Les Echos. Patrick Drahi évalue ainsi Eutelsat à un peu plus de 2,78 milliards d’euros, pour un Ebitda de 922 millions d’euros et un chiffre d’affaires de 1,23 milliard d’euros affichés lors de l’exercice annuel de la société clos le 30 juin.
L’offre a été "rejetée à l’unanimité par les organes de gouvernance", précise la société dans ses deux communiqués. Cette réponse ne préjuge toutefois de rien. D’abord parce que, assez curieusement, l’Etat ne pipe mot alors qu’il détient 27% du capital du troisième opérateur de satellites mondial (derrière le luxembourgeois SES et l’américain Intelsat). Le secteur est pourtant on ne peut plus stratégique : à la frontière des industries de Défense, de lui dépendent les systèmes de géolocalisation qu’ils soient civils ou militaro-civils (GPS américain, Galileo européen, Beidou-2 chinois, Glonass russe…). Un silence qui étonne d’autant plus que l’offre – amicale – du groupe de distribution canadien Couche-Tard sur Carrefour au mois de janvier avait suscité une réaction immédiate et sonore des pouvoirs publics français.
Ensuite, les administrateurs d’Eutelsat ne formulent pas d’hostilité de principe à une acquisition par le propriétaire d’Altice, qui possède en France l’opérateur SFR. Tout en reconnaissant que l’approche de l’homme d’affaires est flatteuse, on qualifie le prix de "grotesque" dans le camp de la cible. En effet, il est loin du sommet atteint par l’action en 2015, autour de 32 euros. Mais le titre n’a cessé de chuter depuis un ultime rebond en octobre 2017 à 25,30 euros. Le cours est pénalisé par le fait que ses grands projets en orbite terrestre basse ne commenceront à générer du cash qu'à partir de 2023.
Plusieurs arguments plaident en faveur d’une réévaluation de l’offre par Patrick Drahi. Très opportuniste, ce dernier est coutumier des premières approches au rabais, ce qui lui laisse une marge de négociation. Eutelsat est également riche en cash, notamment après avoir généré une trésorerie record en 2020-21 (498 millions d’euros en éléments ajustés) et sensiblement réduit son ratio d’endettement (de 3,05 à 2,88 fois l’Ebitda). Il faut également compter avec l’effet de rareté dans ce secteur, sachant qu’Eutelsat occupe une part de marché d’environ 30% en Europe.
Enfin, la prise de participation de 18% dans la constellation de satellites OneWeb l’été dernier (pour 550 millions d’euros) fait d’Eutelsat un acteur des services d’accès à Internet planétaire rapide, depuis l’espace. Une activité dont Altice (qui possède SFR en France) ne dispose pas, contrairement à certains concurrents comme Orange, avec Nordnet.
Les investisseurs, eux, observent. Si l’action Eutelsat bondit de 15% (à 11,9 euros), son cours ne dépasse pas le prix proposé par Patrick Drahi. Signe qu’ils sont encore prudents quant à une surenchère.
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