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L'Etat se renforce dans le capital d'Eutelsat
Le bras armé économique de la France tient à Eutelsat, surtout depuis que l’opérateur tricolore de satellites a récemment annoncé sa prochaine fusion avec le britannique OneWeb. BpiFrance a franchi fin juillet le seuil de 20% du capital du groupe, a révélé mardi l’Autorité des marchés financiers. La banque publique a acquis près de 3 millions de titres, portant sa participation à 21,28% de l’entreprise dirigée par la danoise Eva Berneke. Elle a précisé au gendarme boursier qu’elle envisageait de procéder à de nouveaux achats d’actions Eutelsat dans les mois à venir "selon les conditions de marché".
Le rôle stratégique de la participation de l’Etat au capital d’Eutelsat s’est accru avec la fusion prévue entre Eutelsat et OneWeb, qui a pour enjeu la souveraineté spatiale de la France, et plus largement de l'Europe. Le protocole d’accord signé fin juillet par les deux acteurs vise à concurrencer la constellation Starlink de l'américain SpaceX dans la course à l’Internet depuis l’espace. Eutelsat pourra combiner sa flotte de satellites géostationnaires (GEO) avec celle de satellites à basse orbite (low earth orbit ou LEO en anglais) pour s’adapter aux besoins de ses clients, les satellites GEO offrant de hauts débits mais avec une forte latence, tandis que les satellites LEO ont un faible débit et une faible latence.
La nouvelle entité fusionnée qui doit en résulter pourrait devenir la nouvelle constellation militaire de l'Union Européenne, appelée des vœux du président français Emmanuel Macron, et du commissaire au marché intérieur Thierry Breton. Quand bien même Starlink a pris une large avance, l’avenir commercial du futur opérateur de satellites issu de la fusion entre Eutelsat et OneWeb serait assuré, grâce aux contrats militaires notamment. "Les dépenses militaires augmentant partout en Europe, les contrats devraient affluer à moyen et long terme", souligne un analyste. Pour cela, Eutelsat et OneWeb doivent cependant convaincre Bruxelles qu’ils peuvent s’inscrire dans le projet constellation européenne attendue en 2027, ce qui n’est pas acquis à ce stade. Notamment parce que le rapprochement projeté fait entrer Londres dans l'équation, le gouvernement britannique détenant 17,6% du capital de OneWeb. "Nous sommes impatients d'entamer le dialogue avec la Commission", avait déclaré Eva Berneke le 26 juillet à ce sujet.
En attendant, malgré le fort intérêt stratégique potentiel du rapprochement sur le long terme, ses répercussions financières pour les prochaines années ont aussi fait perdre beaucoup d’attrait à Eutelsat aux yeux des investisseurs. Son cours de Bourse évolue plus de 20% en dessous de ses niveaux d’avant l’annonce de l’opération. Alors qu'Eutelsat était réputé pour le rendement élevé de son dividende, le groupe a tout bonnement supprimé son versement pour au moins deux ans, afin de préserver sa trésorerie et financer la constellation OneWeb de seconde génération. L’entité combinée compte investir en moyenne 800 millions d’euros par an sur sept ans.
"Nous considérons la fusion avec OneWeb comme négative pour le profil opérationnel d'Eutelsat, au moins à court et moyen terme", a ainsi commenté l’agence de notation Fitch Ratings, en plaçant il y a quelques jours les notes d’Eutelsat sous surveillance négative. Heureusement, rien ne presse pour BpiFrance, qui a pour rôle d’"accompagner les entrepreneurs sur des durées longues, potentiellement supérieures à 7 ans, afin de stabiliser le capital des entreprises et soutenir leur stratégie".
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