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Eutelsat et OneWeb ne font plus qu’un / Derrière l’enjeu de souveraineté spatiale européenne, la question du modèle économique
Eutelsat Group est né. Un peu plus d’un an après l’annonce du projet à l’été 2022, le rapprochement entre le champion français des satellites Eutelsat Communications et la start-up OneWeb basée à Londres est effectif. Réunis jeudi en assemblée générale, les actionnaires d’Eutelsat ont acté la naissance de ce nouvel attelage franco-britannique appelé à concurrencer la constellation Starlink d’Elon Musk.
Tandis que sur le plan opérationnel, la société conserve son siège social à Paris, OneWeb devenant une filiale opérant depuis Londres sous le nom commercial d'Eutelsat OneWeb, en termes de stratégie, le mariage mise sur sa complémentarité pour faire face au géant américain et faire valoir la souveraineté européenne dans l’espace.
Ambition louable qui ne manque d’arguments, OneWeb est l’une des deux seules sociétés au monde à la tête d’une constellation de satellites en orbite basse (low earth orbit ou LEO), quand Eutelsat reste un acteur incontournable de l’orbite géostationnaire (GEO) traditionnelle avec ses 39 satellites à 36 000 kilomètres d’altitude couvrant l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique.
Transition
L’idée derrière ce rapprochement est d’accompagner la transition de l'industrie des satellites, entre des revenus de la radiodiffusion (utilisant l’orbite géostationnaire), qui ont longtemps représenté la majorité de l’activité, mais qui sont en déclin. Tandis que dans le même temps, les services liés aux données sont en plein essor.
La mise en œuvre n’est toutefois pas sans poser de questions en termes de modèle économique. Car l’opération est transformatrice, Eutelsat passant du statut d’entreprise à forte génération de liquidités versant des dividendes à celui de société de croissance en phase d’investissement, donc sans génération de liquidités ni dividende. Un profil de risque accru, qui explique justement la désaffection des investisseurs pour l’action Eutelsat, celle-ci ayant perdu environ la moitié de sa valeur depuis l’annonce du projet, s’échangeant autour de 5,4 euros, contre plus de 10 euros à la mi-juillet 2022.
Le pari qui est fait est qu’Eutelsat pourra capter une part suffisante de la croissance des données pour compenser le déclin de la radiodiffusion, lui permettant ainsi de renouer avec la croissance, dont OneWeb sera le moteur à long terme. Le risque étant que le déploiement de la constellation subisse des retards, et que la baisse des revenus de la radiodiffusion s’avère plus rapide que prévu. Or, tandis que la télédiffusion représente encore 58% du chiffre d'affaires d'Eutelsat, "les prévisions de revenus pour ce segment ont chuté de près de 25% au cours des trois dernières années, et l'on s'attend à ce que cette baisse se poursuive. Il y a trois ans, on s'attendait à ce qu'il soit stable", observent les analystes de Berenberg.
2 milliards d’euros de chiffre d’affaires
De son côté, l’entreprise est optimiste. Grâce à la constellation LEO de OneWeb, d’ores et déjà en service et qui devrait être opérationnelle au niveau mondial d'ici fin 2023, elle souligne que les services GEO-LEO combinés ouvriront de nouveaux marchés et de nouvelles applications pour les clients. "Ces services pourront s’appliquer notamment dans la connectivité fixe (solutions de raccordement backhaul, réseaux d'entreprise), les services aux gouvernements et la connectivité mobile (maritime et aérienne)", indique-t-elle.
L’entité combinée table ainsi sur un taux de croissance annuel composé (TCAC) à deux chiffres de son chiffre d'affaires sur le moyen-long terme, qui devrait s'élever selon ses estimations à environ 2 milliards d'euros en 2027 (contre 1,1 milliard d'euros pour Eutelsat seul sur l'exercice 2022-2023). Grâce aux synergies (de coûts et commerciales) la rentabilité devrait progresser encore plus vite, avec un excédent brut d’exploitation (Ebitda) ajusté en croissance annuelle à deux chiffres sur la même période, dépassant la croissance des ventes.
En attendant que le nouvel acteur mondial Eutelsat Group transforme l’essai, il bénéficie en tout cas d’un fort soutien de la part des institutions financières françaises. Bpifrance a augmenté sa participation de 20% à 26% depuis l'annonce de l'opération, le Fonds Stratégique de Participations (FSP) a maintenu la sienne à plus de 7 %, tandis que CMA CGM a pris 10% du capital.
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