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Professions financières / Banques / Fusion / plan stratégique

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La Société Générale mise son va-tout sur la banque en ligne

À la peine dans sa BFI, la banque doit s'atteler à davantage rentabiliser ses réseaux de détail. Au-delà de la fusion SocGen-Crédit du Nord, qui verra la disparition de 600 agences, Boursorama devient le fer de lance de sa conquête de clients.
Société Générale
Société Générale

Les établissements de crédit français, étant donné la taille de leurs réseaux d'agences et l'usage relativement traditionnel qu'ont les clients français des services bancaires, sont notoirement prudents dans leur transition vers la numérisation et la banque en ligne, contrairement par exemple à leurs homologues d'Europe du Nord. Mais la situation de la Société Générale est telle, avec une banque d'investissement en perte pendant la crise sanitaire, qu'elle la pousse à ne plus tergiverser pour retrouver une rentabilité pérenne et redonner des perspectives à ses investisseurs.

L'établissement au carré rouge et noir a dévoilé ce matin sa nouvelle stratégie dans la banque de détail, conclusion d'une revue stratégie qu'il avait entamée en septembre par l'annonce d'un projet de fusion de ses deux réseaux d'agences, Société Générale et Crédit du Nord. Elle comprend deux volets, mais qui sont intimement liés : une restructuration de la partie physique et une accélération dans les services en ligne, en particulier à travers sa filiale Boursorama.

Faire des économies tout en offrant le meilleur des deux mondes ?

Même si le groupe minimisait les conséquences de l'absorption du Crédit du Nord par le réseau de la SocGen en septembre dernier, cette dernière va conduire à la fermeture de 600 agences en France d'ici à 2025, a-t-il annoncé ce matin dans un communiqué. Le réseau cumulé passerait ainsi de 2.100 agences aujourd'hui à 1.500 cinq ans plus tard. Ce rapprochement est censé réduire considérablement la base de coûts de l'activité de banque de détail de la Société Générale : 450 millions d'euros en 2025 par rapport à 2019, dont les trois quarts de l'objectif (plus de 350 millions d'euros) devront être atteints en 2024. Les dirigeants estiment que l'entité combinée entre SocGen et Crédit du Nord dégagera une rentabilité de ses fonds propres (selon les critères de Bâle 3) de 11 % à 11,5 % dans cinq ans (soit plus de 10 % sous Bâle 4).

L'établissement ne veut évidemment pas perdre ses clients dans le processus : les suppressions concerneront surtout les agences présentes dans un même rayon d'un kilomètre, tandis qu'il veut accroître l'autonomie des agences en retenant le seuil de délégation des décisions (pour l'octroi de crédit notamment) le plus élevé entre les deux réseaux. Sur chaque critère, le groupe affirme vouloir retenir le mieux disant.

Mais la SocGen compte d'avantage sur la banque en ligne en termes de conquête. Preuve en est, il a fixé d'ambitieux objectifs à sa filiale de banque 100 % en ligne Boursorama : celle-ci devra dépasser les 4 millions de clients en 2023 et les 4,5 millions en 2025, contre 2,5 millions aujourd'hui. Cet effort causera à la banque numérique une perte cumulée de 230 millions d'euros au cours des trois premières années ; mais Boursorama espère renouer avec les bénéfices à partir de 2024, avec un résultat net de 100 millions d'euros cette année-là et de 200 millions en 2025. Elle anticipe un rendement de ses fonds propres (selon les critères de Bâle 4) supérieur à 25 % à cette échéance.

Au-delà de Boursorama, la SocGen veut, à la faveur de la fusion de ses deux réseaux physiques, pousser l'utilisation du numérique par ses clients dans les services de base et recentrer les tâches de ses collaborateurs sur le conseil et la vente. Notamment en ayant recours massif à l'intelligence artificielle.

Un coût élevé

La crise sanitaire a révélé la faiblesse de la Société Générale : en provoquant d'importantes pertes sur les marchés au premier semestre, elle a mis en lumière la volatilité des résultats du groupe en BFI (banque de financement et d'investissement). La SocGen y a répondu en réformant son approche dans ces métiers et en supprimant 640 postes en France sur les marchés financiers, les métiers titres et certaines directions centrales.

Mais le groupe est pris entre deux feux : la rentabilité des activités de banque de détail, qui repose notamment sur les marges d'intérêt, a été considérablement rognée par la faiblesse structurelle des taux d'intérêt depuis la crise financière de 2008 - tous les établissements en souffrent, pas seulement la SocGen. Or, la crise sanitaire va encore prolonger cette situation. Il est donc essentiel pour les banques de réduire leurs coûts dans les réseaux. Pour l'établissement de La Défense, le coût du projet est estimé entre 700 et 800 millions d'euros, dont 70 % seront comptabilisés en 2021. Ses conséquences sociales sont encore en cours d'évaluation.

Le groupe prévoit d'achever la fusion entre les agences Société Générale et Crédit du Nord en 2023, avec l'unification des fonctions centrales et des systèmes informatiques au premier semestre. L'épineux sujet du maintien ou de suppression de marques (le Crédit du Nord est composé d'une myriade d'établissements régionaux très implantés, comme la Banque Tarneaud dans le Centre-Ouest ou la Société Marseillaise de Crédit) ne sera pas tranché avant.

Mais la Société Générale n'a pas - pour l'instant en tout cas - totalement convaincu les investisseurs. Dans un CAC40 en baisse de près de 0,8 % vers 13 h 30, l'action de la banque reculait de 1,1%, après quatre séances consécutives de hausse. "Les synergies annoncées sont en ligne avec les attentes, mais elles s'accompagnent d'importants coûts de restructuration", regrette Lorraine Quoirez, analyste chez UBS.

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