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Politique monétaire / Banque centrale / Suisse / Trésor américain / Devises

Politique monétaire
Banque centrale / Suisse / Trésor américain / Devises

Manipulation de cours : la Suisse répond au Trésor américain

La Banque nationale Suisse a affirmé qu’elle interviendrait encore davantage sur le marché des changes afin d’éviter que le franc suisse ne s’apprécie trop fortement. Pour elle, il ne s’agit pas de manipulation de sa devise, mais d’un outil de politique monétaire comme les autres pour atteindre la stabilité des prix.
Genève - Suisse
Genève - Suisse

La Suisse ne s’est visiblement pas laissé impressionner par les déclarations du Trésor américain mercredi, qui l’accusait de manipulation de sa devise. Le président de la Banque centrale helvète, dont la réunion de politique monétaire se tenait hier justement, en a profité pour répliquer : "étant donné le niveau élevé du franc, nous restons disposés à intervenir de manière accrue sur le marché des changes en tenant compte de la situation pour l’ensemble des monnaies ", a déclaré Thomas Jordan. La veille, le Trésor US, dans son rapport semestriel sur les devises, avait estimé que jusqu’en juin au moins, les autorités suisses et vietnamiennes étaient intervenues sur les marchés des changes afin d’empêcher des ajustements naturels de leurs balances de paiements. Pour être accusé de manipulation des taux de change, un pays doit afficher un excédent commercial bilatéral de 20 milliards avec les États-Unis, des interventions sur le marché des changes représentant 2 % de son PIB et un excédent courant de plus de 2 % de son PIB. La Suisse remplit ces trois critères puisque sur les quatre trimestres allant jusqu’à juin 2020, l'excédent commercial helvète avec les USA atteignait 49 milliards de dollars (en raison d'une forte hausse des exportations en or), son excédent courant représentait 8,8 % de son PIB à fin juin et le pays était intervenu sur le marché des changes à hauteur de 14,2 % de son PIB.

Rappelons que ces différents critères ont été instaurés par la rade Facilitation and Enforcement Act de février 2016, visant notamment à mieux lutter contre la manipulation du taux de change et permettant à l’exécutif américain d’adopter des mesures contre les pays soupçonnés d’agir sur leurs monnaies. En vertu de cette loi, le Président américain peut ainsi interdire les financements dans ce pays, empêcher l’allocation de marchés publics fédéraux à des entreprises qui en sont issues, instruire l’Administrateur américain au FMI de requêtes de surveillance ou bloquer d’éventuelles négociations en vue d’un accord de libre-échange. Des sanctions assez lourdes donc, mais qui n’ont pas impressionné la Suisse, pour le moment.

 

Retrouver son objectif d'inflation : une priorité pour la BNS

 

Ainsi, la BNS a laissé ses taux directeurs inchangés à -0,75 % et affirmé qu’elle continuerait à intervenir sur les marchés des changes comme elle le fait depuis mars, afin de contrer l’appréciation du franc suisse, toujours considéré comme "surévalué". La banque centrale a ainsi vendu pour 120 milliards de francs suisses depuis le début de l’année, dont 90 milliards au premier semestre afin de contenir la hausse de sa devise et ainsi tenter de revenir vers son objectif d’inflation. Le rapport du Trésor "n’a aucun effet sur notre stratégie. Elle est le résultat de notre mandat, qui est la stabilité des prix. Pour contrer les pressions déflationnistes, nous devons conserver cette politique expansionniste", a ainsi déclaré le président de la BNS lors de la conférence de presse qui suivait la réunion de politique monétaire hier matin.

Et il est vrai que l'inflation helvète est au plancher. En novembre, l’indice HICP suisse a atteint -0,7 % sur un an, soit encore loin des 2 % visés par la BNS. Certes, les analystes estiment que l’inflation devrait se reprendre au cours des prochains mois et retourner en territoire positif au cours du second trimestre 2021. La BNS elle, anticipe une inflation à 0 % pour l’an prochain et à 0,2 % pour 2022, puis 0,5 % l’année suivante "La faiblesse de l’inflation est avant tout une conséquence de la force du franc suisse, qui fait pression sur le prix des produits importés. Ce qui explique le besoin pour la BNS de maintenir ses taux directeurs inchangés et son intervention sur le marché des changes. Ces prévisions de prix extrêmement basses sont selon nous le signe que la politique monétaire de la BNS va rester très expansionniste l’an prochain pour les prochaines années", explique ainsi Charlotte de Montpellier, économiste chez ING. "Dans ce contexte, une forte appréciation du franc suisse serait une mauvaise nouvelle pour la BNS", estime pour sa part Chantan Sam, économiste chez HSBC.

Le dollar/franc suisse a plongé depuis 2008

Mais ce n'est pas le scénario le plus probable. Selon l'économiste d'HSBC, la hausse du franc suisse a ralenti depuis le troisième trimestre, justifiant la moindre intervention de la BNS. La devise, qui a bénéficié à plein de son statut de valeur refuge durant la crise, devrait être moins demandée au fur et à mesure de la reprise économique mondiale l'an prochain. Si toutefois la devise continuait de s'apprécier et l'inflation suisse de diminuer, le Trésor américain a recommandé à la BNS de mettre en place un programme d'achats de titres, comparable à celui de la Fed ou la BCE. Ce que le président de la BNS a refusé : "le marché obligataire suisse, y compris celui de la dette d'entreprises, est trop restreint".

L'évolution du taux de change franc suisse/euro et FS/dollar depuis une dizaine d'années est par ailleurs une raison supplémentaire pour la BNS d'intervenir, a rappelé son président. "Regardez les taux de change nominaux aujourd'hui et comparez-les avec ceux d'il y a douze ans, avant la crise financière ! Cela justifie notre travail et démontre que nos interventions ne nous apportent pas d'avantages compétitifs", a déclaré Thomas Jordan. Début 2008, l'euro-franc suisse valait 1,65. Il tourne désormais autour de 1,08. Le billet vert lui, s'échangeait à l'époque 1,10 franc suisse contre 89 centimes actuellement. "La désignation de la Suisse comme pays manipulant sa devise n'aura pas d'impact sur sa politique monétaire. Celle-ci continuera d'appliquer sa stratégie actuelle dans les prochaines années", conclut donc Charlotte de Montpellier.

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