Dirigeants, gouvernance / Amber / Prisa
Dirigeants, gouvernance
Amber / Prisa
Le patron et fondateur d’Amber a pris la présidence de Prisa
Les assemblées générales d’actionnaires en Espagne sont, parfois plus transparentes et plus efficientes qu’elles le sont en France. Un patron qui détruit de la valeur année après année comme Arnaud Lagardère peut garder son fauteuil et voir son mandat prolongé de quatre années, grâce aux mystères de l’entre-soi et du capitalisme de "grand-papa". De l’autre côté des Pyrénées un dirigeant dont les résultats sont calamiteux peut être débarqué en pleine assemblée par les principaux actionnaires comme le veut la simple démocratie actionnariale.
L'assemblée générale de Prisa qui s’est déroulée vendredi dernier en a été la démonstration. Elle s’est ouverte alors que les dirigeants du groupe venaient d’apprendre qu’Amber Capital détenait désormais 29,9 % du capital et Telefonica 9,4 %. En pleine assemblée, Joseph Oughourlian, le patron d’Amber Capital a demandé un vote, ne figurant pas à l’ordre du jour, sur la cessation de M. Javier Monzón de Cáceres (le président de Prisa) en tant qu'administrateur de la société
Au bout de sept minutes de vote, le résultat du scrutin faisait ressortir que la proposition de destituer Javier Monzón de ses fonctions était approuvée avec 52,2 % des voix présentes (représentant 44 % du capital réel). Amber Capital (29,9 %), présent au capital depuis 2015, avait convaincu Telefónica (9,4 %) de la nécessité d’exécuter ce coup d'État à Prisa. Le fonds activiste a également eu le soutien de deux "hedge funds". Il s'agit de Melqart (4,6 %), et Polygon (1 %), le fonds de Reade Griffith, le rival du milliardaire mexicain Carlos Slim.
C’est donc Joseph Oughourlian qui a été élu en pleine assemblée comme nouveau Président du conseil d’administration de Prisa, à titre intérimaire. Son but sera de désendetter d’urgence la société et de mettre en place le processus de recherche d’un nouveau patron pour ce groupe de médias très important en Espagne. Et au-delà, puisqu’il possède une participation indirecte au capital de la Société Éditrice du Monde.
Cet épisode de démocratie actionnariale au sein d’un groupe très semblable à Lagardère, montre que l’Espagne est finalement plus en avance que la France en matière de gouvernement d’entreprise. Il reste à Joseph Oughourlian de démontrer que, ce qu’il n’a pas réussi à faire chez Lagardère, sur le plan stratégique, il peut le mener chez Prisa, de manière à recréer de la valeur pour tous les actionnaires.
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