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Un accord Chine-UE controversé

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Un accord Chine-UE controversé

À contre-courant de l’opinion des députés européens, l’Allemagne obtient in extremis un accord de principe entre l’Union européenne et la Chine.
Xi Jinping - Chine
Xi Jinping - Chine

Les pourparlers entre la Chine et l’Union européenne ont abouti juste à temps, un jour avant la fin de la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE) par l’Allemagne. Un an plus tôt, cela paraissait inenvisageable : le 16 décembre 2019, le ministre des affaires étrangères chinois déclarait qu’il était peu probable que son pays parvienne à signer un accord avec l’Union européenne étant donné le statut d’économie en développement de la Chine. Pourtant, le 30 décembre 2020, après 35 cycles de négociation étalés sur sept ans, une dernière conversation réunissait autour du président chinois Xi Jinping, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen Charles Michel ainsi que Angela Merkel et Emmanuel Macron. À l’issue de cette discussion, la Commission européenne présentait "l'accord le plus ambitieux que la Chine n'a jamais conclu avec un troisième pays" : un engagement des partis à la signature d’un accord global sur l’investissement en cours de rédaction.

Une ratification du Parlement difficile à obtenir

Mais cette accélération des négociations ne fait pas l’unanimité, et de nombreuses voix restent à convaincre. La Pologne et l’Italie se sont plaintes publiquement du fait que l’Allemagne et la France aient fait passer l’accord avant la fin de l’année. L’accord, avant d’être effectif, doit être ratifié par le Parlement européen, processus qui devrait durer environ un an. Certains partis politiques au sein du Parlement européen et des parlements nationaux s'y opposent, n'étant pas convaincus par la promesse de Xi Jinping de ratifier des conventions fondamentales du droit du travail européen, ni par la déclaration d'Angela Merkel selon laquelle cet accord "fournit à [l’Union européenne] un levier pour éradiquer le travail forcé". Shi Yinhong, conseiller au Conseil d'État chinois, a affirmé que la Chine n'acceptera jamais de modifier ses règles en matière de droits du travail. "Ce serait incompatible avec le système de gouvernance de la Chine" a-t-il renchéri.

Un accord fortement critiqué

Cet aboutissement des négociations, qui engage pourtant la Chine à offrir aux investisseurs de l’UE un meilleur accès à leur marché, est décrié de toute part. Les analystes économiques s’accordent pour estimer que s’il profite à l’Allemagne, tous les pays européens n’en bénéficieront pas de la même façon. Il est vrai que si les investissements directs à l’étranger (IDE) depuis l’UE vers la Chine ont fortement augmenté ces dernières années selon les données de la Commission européenne (de l’ordre de 140 milliards d’euros), la majorité concerne le secteur manufacturier, et l’industrie automobile allemande figure comme premier investisseur. L’Allemagne ayant assuré la présidence tournante de l’Union européenne au cours du deuxième semestre 2020, Madame Merkel, poussé par les géants industriels de son pays et épaulée par les hauts fonctionnaires allemands de la Commission, a fortement contribué à la signature de cet accord. Certains estiment aussi que l’accord n’est pas suffisant. L’Union européenne a certes obtenu des améliorations en matière d’accès au marché et des conditions de concurrence, mais la protection des investissements de l'UE vers la Chine et de la Chine vers l'UE demeure inégalitaire en termes de juridiction. Les deux partis se sont fixé un délai de deux ans pour la conclusion des négociations sur un accord supplémentaire de protection des investissements.

Cette alliance entre la Chine et les 27 est également accusée de porter un coup aux relations transatlantiques de l’Union européenne. Le 22 décembre, Jake Sullivan, conseiller du président entrant aux États-Unis, avait publiquement mis en garde contre un accord précipité et avait déclaré la nouvelle administration Joe Biden disposée à rapidement entrer en discussion avec l’Union européenne pour apporter une réponse commune à la Chine. L'accord négocié par l'Union européenne est pourtant similaire à celui conclu par Donald Trump, dit accord de phase 1, et une future coalition UE-États-Unis, pour dissuader les efforts de coercition économiques de Pékin, n'est pas à occulter.

 

 

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