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Brexit : le plus dur reste à faire pour Theresa May
C'est finalement un soft Brexit sur lequel l'UE et la Grande-Bretagne ont fini par s'entendre après 21 longs mois de tractations. Presque tous les sujets de discorde (frontière irlandaise, relations commerciales, etc.) ont été remis à plus tard, afin de donner plus de temps aux deux parties pour trouver un compromis. Le pays devrait donc sortir de l'UE le 30 mars prochain, mais disposer d'une période de transition s'étendant jusqu’à décembre 2020 et qui pourra être prolongée, notamment si le sujet irlandais n'est pas résolu à temps. Si le président de la Commission européenne s'est félicité de cet accord, estimant qu'il était "le meilleur possible pour la Grande-Bretagne et pour l'UE", il a également affirmé qu'il était "la seule option possible". Signifiant de façon assez claire que le pays ne pourrait revenir à la table des négociations pour tenter d'amender le texte. L'ensemble des chefs d'États de l'UE s'est d'ailleurs exprimé en ce sens, et la Première ministre britannique aura donc très peu de marge de manœuvre pour faire passer le texte auprès de ses députés.
Or, il est peu probable qu'elle parviendra à convaincre suffisamment de MPs pour obtenir le feu vert de Westminster sur l'accord. Elle dispose à présent d'un peu plus de deux semaines avant le "meaningful vote", au cours duquel la Chambre des communes se prononcera sur l'accord. Theresa May, qui doit se réunir ce matin avec son gouvernement, prendra la parole devant le Parlement cet après-midi, et devrait également leur annoncer que le deal qu'elle a rapporté de Bruxelles est la seule option possible. "Nous avons le choix entre soutenir ce deal, et ainsi délivrer ce que les électeurs ont demandé lors du référendum, en permettant à notre pays d'avoir un meilleur futur, et d'assurer la prospérité pour le plus grand nombre. Ou vous pouvez décider de rejeter le texte et faire revenir notre pays à la case départ. Ce serait la porte ouverte à encore plus de divisions avec tous les risques que cela entraînerait", devrait ainsi déclarer la Première ministre cet après-midi, selon le texte du discours envoyé en avant première aux médias du pays.
Le combat de Theresa May risque d'être très compliqué. Le parti unioniste irlandais DUP, grâce auquel la Première ministre dispose d'une courte majorité, a déjà déclaré que l'accord était encore pire qu'un no deal ou que si le pays était resté dans l'UE. Tandis que le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn a affirmé que l'accord obtenu à Bruxelles était le résultat de négociations médiocres qui laissait au pays "le pire des deux mondes". "Le vrai challenge pour la Première ministre quand elle reviendra à Londres est quand elle essayera de présenter l'accord à la Chambre de communes", a ainsi déclaré Henry Newman, directeur du think tank Open Europe. "Il est quasiment certain que les MPs le rejetteront", poursuit le directeur.
Quels sont les scénarios possibles si Theresa May ne parvient pas à obtenir le nombre de voix suffisantes d'ici à mi-décembre ? En cas d'un premier vote négatif, les marchés pourraient réagir très négativement, ce qui pourrait inquiéter les législateurs britanniques et les inciter à mettre de l'eau dans leur vin, lors d'un second vote. Tel est l'avis de Simon Fraser, ancien représentant britannique de l'Otan à Bruxelles interrogé par Amundi lors d'une conférence sur le Brexit jeudi dernier. "Si la Première ministre n'obtient pas le feu vert du premier coup, elle pourrait proposer un second vote quelques semaines plus tard et miser sur la panique des marchés et l'inquiétude des députés pour obtenir leur assentiment", explique ainsi l'ancien diplomate. Si les députés rejettent une seconde fois le texte de l'accord, la Première ministre n'aura plus d'autre choix que de retourner à la table des négociations. Une option possible, selon Henry Newman, d'Open Europe. "Il n'y a aucun intérêt à s'entendre sur un deal avec Bruxelles lors d'un sommet si c'est pour qu'il soit ensuite rejeté par les députés anglais. Même s'ils sont très réticents à le faire, les dirigeants de l'UE vont peut-être devoir rouvrir les négociations", estime-t-il.
Selon Sir Simon Fraser tout comme Didier Borowski, chef économiste chez Amundi, le scénario le plus probable est qu'un accord soit trouvé au Parlement même si le calendrier est décalé et que le processus prend un peu plus de temps que prévu. Certes, beaucoup d'autres cas de figure sont envisageables, du remplacement de Theresa May à la tête des conservateurs, à l'organisation d'élections anticipées si les députés votaient une motion de défiance. Mais les analystes misent encore sur la possibilité d'un deal in extremis à Westminster.
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