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Brexit : le maire de Londres négocie de son côté avec Bruxelles
"Londres est ouverte et le restera." Tel est le slogan de la campagne lancée par le maire de la capitale britannique Sadiq Khan, afin de promouvoir la diversité de sa ville et rassurer les quelques 1,2 million de citoyens de l'Union résidant à Londres (soit un tiers des Européens vivant dans le pays). Car à moins de six mois de la sortie du Royaume-Uni de l'UE, de plus en plus d'Européens de Londres redoutent d'être bientôt confrontés à de nouvelles règles en matière de résidence et de devoir justifier de leur situation, sous peine d'être renvoyés dans leur pays post-30 mars 2019.
Dans les faits, lors de l'accord provisoire négocié avec Bruxelles en décembre 2017, la Grande-Bretagne s'est bien engagée à conférer un droit de séjour pouvant aller jusqu’à cinq ans aux personnes de l'UE travaillant sur le sol britannique ou ayant suffisamment de ressources, et à conférer un droit de séjour permanent aux personnes ayant séjourné légalement en Grande-Bretagne pendant une période de cinq ans. Mais, comme le précise le site de l'ambassade de France à Londres, à ce jour, les documents nécessaires à la demande de statut de résident ne sont toujours pas précisément connus. Et l'ambassade invite donc les Français du Royaume-Uni à conserver précieusement tout document attestant de la durée de résidence dans le pays. Sachant que le document de décembre n'est pas un texte contraignant, et que seul l'accord final entre l'UE et la Grande-Bretagne aura valeur légale.
On comprend dans ces conditions la démarche du maire de Londres, soucieux de faire avancer les discussions de son côté, à défaut de voir son gouvernement débloquer la situation. 70 % des Londoniens sont inquiets du risque de voir des travailleurs qualifiés quitter Londres après le Brexit, et 50 % des habitants de la capitale redoutent l'impact de ces départs pour la ville, révèle ainsi le communiqué publié par la mairie de Londres pour justifier la campagne de communication de leur représentant.
Certes, selon un document de la chambre des communes britanniques publié au deuxième trimestre de cette année, une majorité d'Européens travaille dans des secteurs employant une main-d’œuvre moins qualifiée : le commerce de gros et l'automobile sont ceux qui emploient le plus d'Européens, suivi du secteur manufacturier, de la santé et de la restauration sur les 2,3 millions d'Européens travaillant en Grande-Bretagne. Mais si le secteur hautement qualifié de la finance n'arrive qu'en onzième position (77.000 personnes de l'UE), il est surreprésenté dans la capitale britannique. En 2016, un salarié sur cinq de la City était d'origine européenne, selon les chiffres de la City of London Corporation.
Sachant que les effets du Brexit sur l'immigration ont déjà commencé : en août 2018, le nombre d'immigrants en provenance de l'UE était à son plus bas niveau depuis 2013. Et selon une étude du cabinet Deloitte de 2017, un peu moins de la moitié des employés qualifiés non britanniques envisagent de quitter le Royaume-Uni dans les 5 prochaines années.
Dans ces conditions, que peut espérer négocier Sadiq Khan auprès de Bruxelles, et quel est le but de son tour des grandes capitales européennes la semaine prochaine ? Le maire se rendra en effet à Paris, Berlin et Dublin où il rencontrera les principaux représentants politiques et économiques des pays. "La mission de Sadiq Khan est de protéger l'économie de la capitale des effets négatifs du Brexit et de répéter que notre ville demeure ouverte aux touristes, aux investisseurs, aux talents et aux idées", explique le communiqué.
D'un point de vue concret, certains estiment que le maire pourrait également défendre les intérêts de la City, qui possède un statut juridique à part au sein de la ville, avec une propre juridiction et ses propres forces de l'ordre. En novembre 2017 déjà, le secrétaire d'État au Brexit David Davis s'était engagé à négocier un régime aérien spécial pour les financiers de la City voyageant très fréquemment dans l'UE. Une promesse qui n'a depuis pas abouti, vu l'enlisement des négociations. Si Sadiq Khan revient bredouille de Bruxelles, son déplacement aura en tout cas servi à faire la promotion de sa ville dans l'UE. Et aura rappelé l'importance pour les États membres de trouver un accord avec le pays, afin de préserver les nombreux travailleurs européens de Londres.
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