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Politique européenne / Brexit / Boris Johnson / Négociations

Politique européenne
Brexit / Boris Johnson / Négociations

Brexit : Johnson veut-il vraiment repartir au combat ?

Alors que les négociations commerciales entre la Grande-Bretagne et les 27 devraient commencer le 1er février, le chancelier de l'Échiquier a prévenu qu'il ne comptait pas respecter les règles de l'UE une fois son pays sorti. Une posture tactique qu'il devrait rapidement abandonner, vu le peu de temps imparti pour conclure un accord.
Boris Johnson (Crédits : DR)
Boris Johnson (Crédits : DR)

La Grande-Bretagne affûte ses armes, alors que les négociations commerciales avec l'UE doivent commencer le 1er février prochain, dès que le pays sera officiellement sorti de l'Union. "Il n'y aura pas d'alignement, nous ne suivrons pas les règles de Bruxelles, nous ne serons pas dans le marché unique et nous ne serons pas dans l'union douanière - et nous le ferons d'ici la fin de l'année", a ainsi déclaré le chancelier de l'échiquier britannique Sajid David vendredi, dans une interview coup de poing au Financial Times. Le Chancelier de l'Échiquier a par ailleurs estimé que les entreprises britanniques avaient eu trois ans pour se préparer au changement de normes et qu'elles allaient encore bénéficier d'un peu moins d'un an pour finir de s'adapter : rappelons en effet que les règles européennes continueront de s'appliquer pendant toute la période de transition, qui durera jusqu’à fin décembre 2020. À cette date, Anglais et Européens devront avoir trouvé un accord commercial. Faute de quoi, ce sont les règles de l'OMC qui régiront les relations entre les deux anciens partenaires.

La présidente de la Commission a déjà expliqué, lors d'une visite à Londres il y a deux semaines, que l'UE et la Grande-Bretagne ne parviendraient jamais à trouver un compromis sur tous les sujets commerciaux d'ici l'échéance du 31 décembre 2020, et incité Boris Johnson à demander une prolongation de la période de transition. Mais le Premier ministre a fermement rejeté cette possibilité, et répété que son pays ne serait plus tenu aux règles européennes en 2021.

Les déclarations du chancelier de l'Échiquier britannique, volontairement provocantes, n'ont pas manqué de faire réagir les responsables de Bruxelles. Plusieurs représentants ont déclaré qu'une telle posture entraînerait un blocage des négociations et in fine nuirait à l'ensemble de l'économie britannique. Les responsables de l'industrie automobile de Grande-Bretagne ont d'ailleurs également fait part de leur inquiétude à la suite des propos de Sajid David : selon eux, si le pays décide de diverger des règles européennes, tout le secteur automobile en pâtira.

Le ministre anglais en est tout à fait conscient. Et ses propos ne sont en réalité qu'une posture, destinée à montrer les dents avant le début des discussions. Une technique classique de négociations, mais qui ne devrait pas durer lorsque le dialogue aura réellement commencé. Car il n'est pas du tout dans l'intérêt économique du pays d'aller à la confrontation avec l'UE, alors que les délais sont on ne peut plus serrés, et que l'avenir des services financiers britanniques, qui constituent l'un des premiers contributeurs au PIB du pays, dépend en grande partie de l'accord que les deux blocs parviendront à trouver. Alors que la Grande-Bretagne souhaite obtenir un régime d'équivalence pour ses services financiers, l'Europe pourrait menacer de ne pas l'accorder, si le pays décide par ailleurs de faire cavalier seul en termes de normes. "Je ne crois pas du tout dans le scenario d'un Singapour sur Tamise", estime ainsi Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Natixis. Car selon lui, le reste de la communauté internationale n'acceptera pas de laisser la Grande-Bretagne totalement déréguler ses services financiers. Par ailleurs la Grande-Bretagne aurait tout à perdre d'un point de vue commercial de ne plus respecter les règles européennes, alors que 70% de ses exportations sont à destinations du Vieux Continent, et que tous ses produits sont sont normés pour correspondre aux critères européens. 

Enfin, ces propos du chancelier sont totalement contradictoires avec la position initiale adoptée par la Grande-Bretagne au sujet de la phase deux des négociations telles qu'elle est décrite dans la déclaration politique signée en octobre en annexe de l'accord dit de retrait. Selon cette déclaration, le Royaume-Uni et les 27 prévoient de maintenir "les normes communes élevées" actuellement applicables de part et d'autre de la Manche, dans les domaines des aides d'État, de la concurrence, des normes sociales et de l'emploi, de l'environnement, du changement climatique et de la fiscalité. Une façon pour l'UE de s'assurer que la Grande-Bretagne conservera une égalité des conditions de concurrence et demeurera un partenaire commercial prioritaire. Certes, il ne s'agit que d'une déclaration d'intention, nullement contraignante pour l'UE ou pour la Grande-Bretagne. Mais les grandes lignes fixées dans cette déclaration devaient constituer le fil rouge des négociations et ainsi permettre aux deux blocs de trouver le plus rapidement possible des accords sectoriels dans les très nombreux domaines qui devront être régis, de la pêche, à l'agriculture, en passant par les services financiers donc.

Il reste qu'en attendant que les discussions ne commencent réellement, les responsables britanniques, à commencer par Boris Johnson ne devraient pas manquer d'adopter une posture agressive, et de le faire savoir par voie de presse. C'est tout le jeu des négociations commerciales. Michel Barnier devrait d'ailleurs lui aussi frapper du poing sur la table, et montrer que les discussions devront être pragmatiques, afin d'éviter que la phase deux des négociations ne s'embourbe pendant des mois. Mais le Premier ministre britannique, qui a réussi son coup de poker en emportant une belle majorité à Westminster, a sans doute lui aussi intérêt à ce que les discussions avancent vite et bien. Il risque sinon de lasser son électorat, qui a déjà subi trois années de chaos politique, et en a certainement assez que le Brexit soit devenu l'unique préoccupation des représentants du pays.

 

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