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Négociations commerciales UE/USA : la France de nouveau isolée
Bruxelles a donc donné son feu vert à l'ouverture de négociations commerciales avec les États-Unis, dans l'espoir de trouver un accord d'ici la fin du mandat de l'actuelle Commission, c'est-à-dire le 31 octobre prochain. Les gouvernements de l'UE ont voté à une écrasante majorité lundi soir, et si la Belgique s'est abstenue, seule la France s'est prononcée contre la proposition. C'est donc la seconde fois en moins d'une semaine que l'Hexagone adopte une position isolée au sein de l'UE et surtout différente de celle de l'Allemagne.
Mercredi soir dernier, le président Emmanuel Macron a ainsi refusé d'accorder un an de délai aux Britanniques pour sortir de l'UE et obtenu que seuls six mois supplémentaires leur soient offerts. Il l'a alors emporté, malgré le mécontentement de plusieurs États, la décision du report de l'article 50 devant être prise à l'unanimité pour être adoptée. Hier en revanche, le 27 ont passé outre le point de vue français.
Pour quels motifs le président français a-t-il refusé de suivre le consensus européen ? Dans les deux cas, sa position a consisté à vouloir préserver l'intégrité des idées européennes et la capacité de l'UE à prendre des décisions stratégiques pour le futur. En contraignant les Britanniques à trouver un compromis avant le premier jour de l'entrée en fonction de la nouvelle Commission, Emmanuel Macron s'est assuré que les "Brexiters" n'auront pas la possibilité de bloquer les futures discussions sur l'avenir de l'Europe ou sur le budget. Dans le cas des négociations commerciales avec les Etats-Unis, le président français a estimé qu'il n'était pas possible de discuter avec un pays désengagé de l'Accord de Paris. La défense de l'environnement faisant selon lui partie intégrante de l'identité européenne.
L'isolement de la France est d'autant plus marquant qu'il survient "au moment où ailleurs en Europe, on cherche plutôt à s'adapter au changement de la politique américaine et au retour de sentiments nationaux fortement exprimés", explique Édouard Husson, professeur à l'Institut Franco-Allemand d'Études Européennes, et cité par Atlantico. Surtout, l'isolement français tranche avec l'unité de vue franco-allemande souhaitée par le président et symbolisée par la signature du traité d'Aix la Chapelle début janvier, puis par la tenue de la première assemblée parlementaire franco-allemande fin mars.
Un décalage diplomatique entre les deux pays qui résulte peut être de la difficile situation économique que traverse l'Allemagne depuis plusieurs mois. Alors que la croissance de l'Hexagone devrait atteindre 1,3 % cette année, celle de sa voisine outre-Rhin pourrait ne pas dépasser les 0,5 %. Dans ce contexte de ralentissement, le pays a sans doute davantage dû prendre en compte ses intérêts économiques qu'une certaine vision de l'Europe, au moment de se prononcer sur le Brexit ou sur les négociations commerciales. Avec l'espoir non avoué que les intérêts économiques de l'Europe (et les siens) seraient préservés. Car pour un pays en plein ralentissement et dont les exportations représentent 44 % du PIB, il était plus que nécessaire de tout faire pour éviter une sortie britannique sans accord, et une guerre commerciale ouverte avec les États-Unis.
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