Dirigeants, gouvernance / Lagardère / Vivendi / Bolloré / Amber / Bernard Arnault
Dirigeants, gouvernance
Lagardère / Vivendi / Bolloré / Amber / Bernard Arnault
Lagardère : suspense sans suspense
Le feuilleton Lagardère pourrait ressembler à une fable de La Fontaine. Un paon qui, parce qu’il était le fils de Jean-Luc Lagardère et qu’il dirigeait une société en commandite, se croyait à l’abri de tous ceux qui se gaussaient de ses piètres résultats. Mais face au danger constitué l’an passé par l’arrivée comme premier actionnaire du fonds activiste Amber, il appela au secours tous les anciens amis de son père.
D’abord Marc de Lacharrière, qui le connaissait pour l’avoir eu comme administrateur et qui se contenta de faire un très beau coup de bourse. Ensuite Vincent Bolloré qui très vite passa de 5 à 10, puis à 20 puis à 29 % du capital. Surtout lorsqu’il découvrit le peu de gratitude d’Arnaud Lagardère à l’égard de son geste de secours. Et enfin Bernard Arnault qui crut griller tout le monde au poteau en prenant une part d’un quart dans la société qui exerce la commandite. Ce qui permit d’apporter 80 millions d’euros à un Arnaud Lagardère endetté de toutes parts.
Ce "coup de Jarnac" plut assez peu à Vincent Bolloré qui avait cru jouer le bon samaritain. Il demanda donc sans succès ainsi qu’Amber à être représenté au conseil. Sans succès. Du coup, depuis presque un an maintenant il ne cesse d’exiger la transformation de cette société en commandite en une société anonyme classique.
Après avoir fait fuiter pendant tout le week-end dernier qu’un accord avait été trouvé le clan Lagardère a été contraint de reconnaître assez piteusement ce matin avant l’ouverture des marchés "qu’il n’y a pas de certitude quant à l’aboutissement des discussions en cours" et qu’il "communiquera en temps voulu conformément à la réglementation en vigueur". Il a juste oublié qu’il n’est plus le maître du jeu et que depuis qu’il a appelé le microcosme parisien à son secours, il est entièrement ballotté entre leurs intérêts contradictoires.
Des informations de presse émanant de Lagardère assuraient qu’il resterait Président Directeur Général au moins quatre ans et que le nouveau conseil serait constitué de trois administrateurs pour Vivendi, de trois administrateurs pour le clan Lagardère, d’un seul pour le groupe Arnault, d’un aussi pour Amber et d’un pour le Qatar.
Le problème, c’est de savoir quelle gouvernance ce groupe a besoin alors que sa destinée est d’être vendu par appartement. Avec l’édition, Europe 1 et peut-être la presse pour Vivendi et avec le travel retail pour le groupe Arnault. D’autant que le groupe est dans une situation financière désastreuse après une année de pertes records au titre de l’année 2020.
Le temps presse. Car l’assemblée des actionnaires est prévue le 14 juin, et c’est à elle qu’il reviendra de changer les statuts. Or l’ordre du jour doit être publié 35 jours plus tôt. On dit que le football est à sport qui se joue avec deux équipes de onze joueurs et qu’à la fin c’est l’Allemagne qui gagne. Les batailles boursières, quelles que soient les protagonistes se terminent toujours par une victoire de Vincent Bolloré (en l’occurrence Vivendi). Une fois la société devenue anonyme il peut à tout moment lancer une OPA. Ce qui rendra le dépeçage plus facile. C’est cette question qui est en train d’être réglée. Mais peu importe qu’il y ait du suspense. L’industriel breton a montré que face à des groupes familiaux (Delmas, Rivaud, SCAC, Bouygues, Pathé, Rue Impériale, Guillemot) il savait attendre le bon moment pour faire sa récolte.
Il y a tout de même une morale dans le capitalisme : celui qui a divisé par cinq en quinze ans l'héritage familial doit finir par partir.
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