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CMA CGM / Rodolphe Saadé
CMA CGM, en première ligne du rebond économique
L'inattendu blocage du canal de Suez fin mars et les tensions dans les chaînes d'approvisionnement, le tout dans le contexte de reprise croissante de la demande depuis la fin des confinements stricts au second semestre 2020, ont eu, entre autres conséquences, de faire monter le prix du transport maritime - pour le plus grand bonheur du français CMA CGM, l'un des cinq plus grands transporteurs maritimes mondiaux.
Le groupe familial dirigé par Rodolphe Saadé, qui n'est toujours pas coté, a confirmé pour le premier trimestre le redressement de ses comptes observé à la deuxième moitié de l'année dernière. Mieux, alors que la base de comparaison est évidemment extrêmement flatteuse par rapport à un premier trimestre 2020 frappé par les restrictions sanitaires (qui l'ont poussé à souscrire à un Prêt garanti par l'Etat d'un peu plus d'un milliard d'euros en mai), ses comptes marquent un tournant après une décennie 2010 difficile : le secteur sortait d'années de crise, faisant plonger CMA CGM dans le rouge et le poussant à lancer un programme draconien de rationalisation de ses coûts (1,5 milliard de dollars), tout en réalisant des acquisitions d'envergure (le singapourien NOL en 2016 pour 2,4 milliards de dollars et le suisse Ceva Logistics début 2019 pour 1,5 milliard de francs suisses).
Son bénéfice net s'est ainsi élevé à 2,08 milliards de dollars (1,72 milliard d'euros) entre les mois de janvier et mars cette année, contre 48 millions un an plus tôt et une perte de 43 millions début 2019. Le chiffre d'affaires a rebondi de 49% par rapport au premier trimestre 2020 (à 10,7 milliards de dollars) et l'Ebitda de 227% pour atteindre 3,18 milliards, faisant décoller la marge à près de 30% (contre 13,5% un an plus tôt). Au premier trimestre 2019, le chiffre d'affaires atteignait 7,41 milliards de dollars et l'Ebitda 779 millions, faisant ressortir une marge de 10,5%.
Le reste de l'année devrait, sauf accident, être à l'avenant. "La demande soutenue de transport maritime de biens de consommation observée depuis l'été 2020 devrait se poursuivre au deuxième semestre 2021", indique CMA CGM. La demande de marchandises continue d'être bien orientée à travers le monde et les difficultés d'approvisionnement qu'elle provoque (comme l'illustre la pénurie de semi-conducteurs) font grimper la rentabilité des transporteurs maritimes. Au premier trimestre 2021, les volumes transportés de la compagnie française ont ainsi enregistré une hausse de 10,7%. Pour assurer la demande, elle a commandé 22 navires, dont 12 au GNL, énergie la moins émettrice de d'oxydes de soufre et d'azote, comme de particules fines. Sa flotte de conteneurs a augmenté de 8% au cours du premier trimestre depuis la fin de l'année dernière. Moins écologique, CMA CGM a également lancé en mars une division dédiée au fret aérien, CMA CGM Air Cargo, "afin de proposer des solutions de transport complètes à ses clients", indique-t-elle, précisant qu'elle étend sa couverture face à la demande (d'ici à l'été, Dubaï, Beyrouth et Istanbul s'ajouteront à Liège, Chicago, New York et Atlanta).
Après avoir frôlé la faillite en 2009 et avoir vu sa dette s'envoler au cours de la décennie suivante, CMA CGM a poursuivi l'assainissement de sa situation financière en remboursant par anticipation plusieurs emprunts à hauteur de 1,7 milliard de dollars, dont le PGE. En définitive, son endettement net - qui reste imposant - a été réduit de 1,2 milliard depuis le 31 décembre 2020, pour atteindre 15,7 milliards de dollars le 31 mars dernier.
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