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Le football professionnel commet une faute en excluant Canal+ des droits de diffusion

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Le football professionnel commet une faute en excluant Canal + des droits de diffusion

La Ligue française de football professionnel a attribué vendredi la quasi-totalité des droits de diffusion des matchs de Ligue 1 et de la Ligue 2 pour la période 2021-2024 à Amazon, suscitant la colère de son partenaire historique Canal +, qui a annoncé dans la foulée se retirer de la Ligue 1. La justice pourrait être saisie.

 

Il n’y a pas besoin d’être un latiniste distingué pour connaître l’adage qu’utilisaient les romains : "Errare humanum est, perseverare diabolicum". Autrement dit. Il est humain de commettre une erreur. Mais il est diabolique de renouveler cette même erreur. Le football français, que dirige hélas Vincent Labrune, l’ex-patron de l’Olympique de Marseille, qui n’a pas laissé de glorieux souvenirs sur le Vieux Port, est obsédé par l’argent. Et surtout par l’argent des droits de diffusion des matchs qui sont négociés par la Ligue de Football Professionnel et qui doit ensuite ruisseler jusqu’aux clubs.

Le problème, c’est qu’en France en dehors de trois à quatre équipes, il n’y a pas suffisamment de grands clubs pour attirer des millions de téléspectateurs comme c’est le cas en Espagne, en Italie, en Allemagne ou en Angleterre. Voire simplement des spectateurs. Les recettes de billetterie sont déclinantes partout, sauf dans les trois clubs vedettes. Et c’est l’argent des droits audiovisuels qui boucle les fins de mois des clubs et assure les salaires exorbitants des joueurs. Lorsqu’on ajoute à cela une crise sanitaire qui a obligé les clubs à jouer à huis clos pendant des mois et maintenant à jouer devant un nombre réduit de spectateurs, cela pousse certains dirigeants de clubs à exiger que les droits soient vendus sur le seul critère du prix le plus élevé.

Dans ces conditions, le conseil d'administration de la LFP a décidé d'attribuer la plus grande partie des droits de diffusion au géant américain Amazon qui cherche à entrer sur le marché européen du streaming audiovisuel. Le groupe de Jeff Bezos s’est donc engagé à diffuser 304 matchs de Ligue 1 - dont les dix meilleures affiches - et 304 matchs de Ligue 2 par saison, pour les trois saisons à venir. La ligue a laissé à Canal + la portion congrue : soit les droits de 76 matchs de Ligue 1 - dont notamment 28 affiches de choix, tandis que l'exploitation des "deux meilleures affiches de la Ligue 2" est restée entre les mains du groupe beIN Sports. Avec l’arrivée du carnet de chèques d’Amazon la Ligue Française de Football devrait donc empocher 663 millions d'euros par an.

Il y a trois ans, avec Didier Quillot alors en charge de ces questions à la ligue, le football français s’était vendu à un inconnu espagnol Mediapro pour 1,15 milliard d’euros. Le problème, c’est que cette société sans historique, sans connaissance du football français et finalement sans argent, une fois que son actionnaire Chinois se fût retiré a été obligé de renoncer à la diffusion des matchs du championnat français. Et c’est Canal + qui assure cette vocation depuis 37 ans, avec des infrastructures dans tous les stades, des commentateurs aguerris, et des millions d’abonnés qui se passionnent pour les clubs français, qui est venu au secours.
Six mois après avoir appelé la chaîne cryptée à assurer la diffusion des matchs du football français, les pontes du football professionnel ont préféré le gros chèque d’Amazon, qui n’a pas d’abonnés, pas d’infrastructures, pas de personnel, et pas d’historique. Comme si seul les intéressait l’argent, au détriment de la diffusion et de la notoriété. Faut-il ne pas aimer le football pour agir ainsi et se comporter comme Gribouille, qui pour ne pas être mouillé par la pluie, préféra plonger habillé dans un étang ?

Il est fort probable que l’affaire n’en reste pas là et que Canal + avec le soutien de son actionnaire Vivendi poursuive cette affaire en justice. Avec le plus solide des arguments : c’est que pour grandir – à tous points de vue – le football français doit être bien retransmis et auprès du plus grand nombre. Ce qui sera le contraire avec Amazon comme on l’a vu la semaine passée avec les matchs en nocturne de Roland-Garros. On dit que la télé rend fou. Mais dans les clubs de foot, c’est l’argent qui rend fou, qui pervertit ce sport, et qui le menace dangereusement.

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