Macro-économie / Taux / BCE / Christine Lagarde / revue stratégique
Macro-économie / Taux
BCE / Christine Lagarde / revue stratégique
La Banque centrale européenne entre dans le monde d'après
Le Conseil des gouverneurs étant parvenu à un accord sur les fondamentaux qui devront jalonner la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), les conclusions de la revue stratégique amorcée il y a dix-huit mois viennent d’être rendues publiques. C’est en 2003 que la BCE s’est livrée pour la dernière fois à ce type d’exercice. Il en était alors ressorti que pour garantir la stabilité des prix, elle se devait de viser une inflation "inférieure à, mais proche de 2 % l’an" ; une formulation longtemps critiquée car jugée ambiguë puisque laissant l’impression que la BCE se montrait plus complaisante avec les écarts à la baisse qu'à la hausse (par rapport à la cible), ce qui influe négativement sur les anticipations d’inflation des agents économiques.
Une vision amendée de la stabilité des prix
L’institution de Francfort a pris ces éléments en compte et considère désormais que le meilleur moyen de préserver la stabilité des prix est de viser un objectif d’inflation de 2 % par an à moyen terme. Un objectif qu’elle définit comme symétrique en ce sens que les écarts à la hausse et à la baisse par rapport à la cible seront également accueillis. Attention, la BCE précise que dans certaines circonstances, c’est-à-dire, lorsque les taux d’intérêt directeurs sont à un très faible niveau (comme aujourd’hui), alors, "une politique monétaire particulièrement vigoureuse et ancrée dans la durée est nécessaire pour éviter les écarts négatifs par rapport à l’objectif d’inflation", ce qui peut impliquer, "une période transitoire pendant laquelle l'inflation est modérément supérieure à l'objectif", a reconnu Christine Lagarde, présidente de la BCE, pendant sa conférence de presse. Un comportement proche de celui adopté par la Réserve fédérale américaine depuis sa revue stratégique de l'été dernier bien que la Française l'ait nié.
Autre changement : le mode de calcul de l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Absents jusqu’alors, les prix de l’immobilier (les coûts des logements occupés par leur propriétaire) vont faire leur entrée dans l’indice mais "plusieurs années seront nécessaires pour ce faire", précise l’institut d’émission. D’ici là, le Conseil des gouverneurs mobilisera "des mesures de l’inflation qui intègrent des estimations préliminaires du coût des logements occupés par leur propriétaire pour compléter sa panoplie de mesures plus larges de l’inflation". Un débat existe depuis longtemps entre économistes quant à la pertinence de prendre en compte les prix de l’immobilier, notamment car les dépenses y afférent (les crédits remboursés tous les mois par les ménages) ont trait à l’investissement et non à la consommation. Plusieurs études mettent en évidence que la prise en compte de ces prix ne jouerait qu'à la marge sur la dynamique de l'inflation en zone euro - quelques dizaines de points de base sont évoquées.
La BCE se met au vert
Par ailleurs, le Conseil des gouverneurs a décidé de "tenir compte explicitement des implications du changement climatique et de la transition carbone dans notre nouvelle stratégie", a déclaré Christine Lagarde. Sa politique monétaire sera donc menée à l'aune de ce phénomène, entre autres, en matière d'évaluation des risques et de transparence mais aussi d'éligibilité des collatéraux apportés par les banques lorsque ces dernières désirent se refinancer auprès de la Banque centrale et lors... de ses achats de dette d'entreprise sur les marchés financiers. Pour rappel, la BCE détient 282,4 milliards d'euros d'obligations d'entreprise (au titre du CSPP mais PEPP exclu), soit 3,6 % de son bilan. Pour conduire ses achats de titres, elle s'appuiera à l'avenir, au minimum, sur "le respect par les émetteurs de la législation européenne mettant en œuvre l’accord de Paris, grâce à des indicateurs liés au changement climatique ou à leur engagement vis-à-vis de ces objectifs". La BCE publiera des informations relatives au climat dans le cadre du programme d’achats de titres du secteur des entreprises (corporate sector purchase programme, CSPP) dès le premier trimestre 2023 au plus tard.
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