Macro-économie / Taux / BCE / Inflation / revue stratégique
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BCE / Inflation / revue stratégique
La BCE doit faire un effort de pédagogie
Les attentes vis-à-vis des banques centrales ont énormément évolué depuis leur création, où la stabilité des prix était au cœur des préoccupations. Mais depuis une quinzaine d'années, les prix sont au plancher et les jeunes générations sont davantage préoccupées par les questions d'emploi et plus récemment d'environnement que par les risques de flambée des prix. D'où la nécessité pour les banquiers centraux et notamment la BCE de repenser leur stratégie. Ce qui explique que Francfort ait décidé de mener une revue stratégique, dont les conclusions seront rendues à l'automne prochain. Dans un discours prononcé cette semaine, Isabel Schnabel est ainsi revenue sur la responsabilité sociale des banques centrales lors d'une conférence organisée par le forum de la nouvelle économie. "Les jeunes générations ont généralement des préoccupations et des inquiétudes autres que la stabilité des prix : les enquêtes montrent qu'elles se préoccupent du changement climatique et qu'elles craignent l'incertitude de l'emploi, ayant vécu des années de crise et devant maintenant faire face aux bouleversements de la quatrième révolution industrielle", a ainsi expliqué ainsi la membre du directoire en introduction.
Et la membre du directoire de citer l'enquête menée auprès de plusieurs milliers de citoyens de l'UE en février dernier, afin d'obtenir leur commentaire sur la politique monétaire en amont de la revue stratégique : selon ce sondage, si 1/4 des personnes ont répondu que la BCE devait strictement se limiter au maintien de la stabilité des prix, une grande partie des autres répondants ont estimé qu'elle devrait davantage mettre l'accent sur d'autres enjeux sociaux, le changement climatique arrivant en première place, suivi par l'emploi et la croissance. "Pour la plupart des gens, l'inflation aujourd'hui concerne principalement celle du prix des actifs plutôt que celle des biens de consommation. Notre sondage a tout de même souligné que de nombreuses personnes sont inquiètes des prix de l'immobilier, qui ne font justement pas partie du panier de biens que nous prenons en compte lorsque nous mettons en place notre stratégie monétaire", note encore la gouverneur. Le sujet devrait d'ailleurs être discuté lors de la revue stratégique de la BCE.
Un devoir de pédagogie
Mais si la BCE veut pouvoir conserver son crédit auprès de citoyens dans ce contexte de faible inflation et de nouvelles attentes de la part du public, elle devra pour cela s'efforcer de mieux faire comprendre son mandat et sa stratégie. "Autant Volcker a mis en garde de manière répétée et inlassable contre les risques d'une inflation trop élevée, autant les Banques centrales doivent aujourd'hui expliquer, encore et encore, pourquoi de longues périodes d'inflation trop faible sont tout autant un problème pour la société. Si une grande partie de la société a tendance à sous-estimer les dangers d'une faible inflation, le risque existe alors de perdre progressivement le soutien, la confiance et la foi dans les actions des banques centrales", met en garde Isabel Schnabel.
Ce risque est d'autant plus grand que les Banques centrales ont mis en place des politiques non conventionnelles complexes et plus difficiles à comprendre depuis la crise de 2008. Les programmes de rachats de la BCE, les indications prospectives, les opérations de refinancement de long terme pour les banques sont autant d'opérations novatrices de la part de Francfort qui ont largement permis d'amortir les effets de la crise. Sans pour autant que le grand public en ait conscience, déplore la gouverneure. "Or si les personnes ne comprennent pas ce que nous faisons, ils n'auront pas confiance dans le fait que nous prenons les bonnes mesures". Ce dont témoigne d'ailleurs l'évolution de l'eurobaromètre depuis 2008, avec une baisse progressive du soutien des citoyens de l'UE dans la BCE, même si la tendance s'améliore depuis 2017.
L'indépendance des Banques centrales requiert que celles-ci prennent en compte les préoccupations des citoyens qui auront sinon l'impression que leurs inquiétudes sont ignorées d'autorités qu'ils n'ont même pas élues. "L'indépendance implique donc une grande responsabilité. Et les Banques centrales prennent cette responsabilité au sérieux". D'où la nécessité pour la BCE de prendre en compte l'enjeu climatique dans sa stratégie monétaire selon Isabel Schnabel, puisque celui-ci fait non seulement partie des préoccupations des citoyens mais qu'il est devenu un sujet susceptible d'influencer la stabilité des prix, rejoignant de ce fait le mandat de l'institution. Francfort étudie ainsi la possibilité d'avoir une politique d'exclusion dans le cadre de ses achats de titres, et de ne plus acquérir ceux considérés comme trop néfastes pour l'environnement.
Isabel Schnabel a donc dressé les grandes lignes de ce qui pourrait être dévoilé en septembre lors de sa revue stratégique, tout en s'abstenant de prendre position pour l'instant. Mais, en affirmant que la BCE devra mieux prendre en compte les préoccupations des citoyens, afin d'améliorer son crédit auprès de l'opinion, elle laisse entendre qu'une part importante de la revue sera accordée à la définition de l'inflation (pris en compte de l'immobilier ?), au soutien de l'emploi et au climat.
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