Politique monétaire / BCE / revue stratégique
Politique monétaire
BCE / revue stratégique
La BCE peut-elle améliorer sa communication auprès du quidam ?
La revue stratégique de la BCE est lancée et Francfort n’a pas lésiné sur les moyens de communiquer sur le sujet. Une section entière de son site lui est désormais dédiée, détaillant l’agenda des consultations qui auront lieu cette année, les différents discours des gouverneurs sur le sujet ou encore les thématiques qui seront abordées à l’occasion de cette vaste refonte de sa politique. Or, au cours de cette évaluation, la BCE a notamment annoncé qu’elle recueillerait l’avis non seulement d’universitaires, ou de membres du Parlement européen, mais aussi de citoyens du Vieux Continent. A l’occasion de cette consultation ouverte à la société civile et intitulée "la BCE à votre écoute", un questionnaire en ligne a été mis en place, dont les réponses seront récoltées puis discutées lors d'une rencontre du 26 mars à Bruxelles.
Un questionnaire adressé aux citoyens de l'UE
Des questions très éclairantes sur la façon de communiquer de Francfort et sur l’évolution probable de sa stratégie. Ainsi, les citoyens européens sont interrogés tout d’abord sur leur compréhension de l’inflation, la stabilité des prix étant "la principale contribution que les banques centrales peuvent apporter à l’amélioration du bien-être général", peut-on ainsi lire dans le formulaire en ligne. "Comment les variations du niveau général des prix vous affectent-elles ?", interroge ainsi l’institution. Laquelle s’inquiète également de savoir si les citoyens sont préoccupés du risque de déflation ou au contraire d’inflation trop forte.
Autre question éclairante, celle concernant l’intégration des prix de l’immobilier dans le calcul de l’inflation : "quand vous pensez à l’inflation, dans quelle mesure trouvez-vous la hausse du coût du logement pertinente ?". Rappelons que le coût du logement pour les propriétaires occupants est pour le moment exclu du calcul de l’évolution des prix dans la zone euro, un achat immobilier étant considéré comme un investissement et non comme une dépense de consommation. Mais le sujet fait débat au sein des gouverneur, la présidente Christine Lagarde considérant par exemple que le fait de ne pas prendre en compte le coût du logement rend le calcul de l’inflation trop imprécis. La question a en tout cas été posée aux citoyens de la zone euro et sera certainement discutée lors de la consultation.
L'environnement bientôt pris en compte dans la stratégie de la BCE ?
La BCE a également demandé aux citoyens de nommer leurs principales préoccupations économiques, sa mission consistant non seulement à "faire en sorte que l’euro maintienne sa valeur dans le temps", mais aussi "à soutenir les politiques économiques générales de l’UE". Et de citer notamment le développement durable de l’Europe, "fondé sur une croissance économique équilibrée, une économie sociale de marché hautement compétente, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement". Parmi les onze groupes de travail qui seront chargés de réfléchir à des thématiques particulières lors de la revue stratégique, le premier cité sur le site de la BCE est d’ailleurs celui sur l’environnement. En décembre dernier, Christine Lagarde avait déjà évoqué devant le Parlement européen l’idée de faire de la lutte contre le réchauffement climatique "un élément fondateur " de son institution. "Comment le changement climatique aura-t-il une incidence sur votre organisation, vos membres et l’économie ?", interroge à ce sujet la BCE dans son formulaire.
Mieux communiquer auprès des citoyens
Enfin, la BCE a consacré la dernière partie de ses questions à la façon dont elle pourrait améliorer sa communication : "nous savons que comprendre le fonctionnement de la politique monétaire aide à prendre des décisions en matière de dépenses, d’épargne, de placement et d’emprunts. Nous voudrions apprendre si nous avons réussi à expliquer ce que nous faisons et pourquoi". Et Francfort de demander dans quelle mesure le citoyen se sent bien informé à propos de la BCE et comment l’Eurosystème pourrait améliorer les explications des bienfaits de la stabilité de ses prix et des risques associés tant à une inflation trop forte que trop basse. Un groupe de travail est également dédié à la communication relative à la politique monétaire de la BCE.
La consultation du 26 mars sera ouverte à tous les acteurs de la vie civile et sera l'occasion pour la présidente de la BCE d'échanger de vive voix sur la mission de son institution. Un exercice que les représentants de Francfort ont finalement peu l'occasion de pratiquer, étant généralement confinés aux hautes sphères de la vie publique. Il faudra cependant plus qu'une simple rencontre pour permettre de rendre la politique monétaire plus accessible aux citoyens de l'UE. Ce sera l'un des principaux enjeux de la revue stratégique : il est bien souvent reproché à Francfort de mener une politique obscure qui a pourtant un impact décisif sur la vie de tous les jours des citoyens.
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