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"La BCE à votre écoute" : quand Francfort fait de la pédagogie
Il y a un an déjà, Francfort lançait son portail "La BCE à votre écoute" dans le cadre du réexamen de sa stratégie, afin de mieux connaître le sentiment du grand public sur un certain nombre de thématiques clefs pour sa politique monétaire. Les participants ont été très nombreux à répondre aux treize questions que leur posait la BCE, organisées autour de quatre angles différents, la stabilité des prix, la communication de la BCE, les sujets économiques et toutes autres thématiques en lien avec l'institution. "Je tiens à remercier les quelque 4 000 citoyens qui ont répondu à notre consultation et qui ont fait part de leurs préoccupations concernant l'évolution de l'inflation, la crise économique actuelle et l'impact du changement climatique", a ainsi déclaré la présidente Christine Lagarde lors de la présentation des résultats de cette enquête devant le Parlement européen mardi soir. Et il est vrai que les réponses des citoyens européens sont fort éclairantes à la fois sur la façon dont Francfort devra améliorer sa communication grand public. Et sur la façon dont les Européens perçoivent l'évolution du coût de la vie.
Tous les sondés ont considéré que les prix augmentaient
Premier constat, presque tous les répondants ont considéré que le niveau général des prix avait augmenté : plus de 45% d'entre eux ont mentionné une baisse de leur pouvoir d'achat et déploré que leurs salaires et retraites ne soient pas indexés sur l'inflation. Une autre proportion non négligeable des sondés a mis en évidence la hausse des prix du logement, qui a d'ailleurs constitué l'un des thèmes récurrents de l'enquête. Une majorité de citoyens a répondu que c'était sur le prix d'achat du logement ou le coût de leur loyer que les effets de variation de prix étaient pour eux les plus perceptibles.
Autre aspect très instructif du sondage, le fait que plus de 50% des interrogés ont estimé que le poste logement était pertinent pour calculer l'inflation. "Nombre d'entre eux ont déclaré qu'il devait être inclus de manière plus adéquate dans l'indice des prix à la consommation harmonisée", explique la BCE. Rappelons que le sujet fait débat depuis plusieurs années : le coût du logement pour les propriétaires occupants était jusqu'à présent exclu du calcul de l’évolution des prix dans la zone euro, un achat immobilier étant considéré comme un investissement et non comme une dépense de consommation. Mais la présidente de la BCE avait fait savoir lors de son arrivée à Francfort qu'elle souhaitait que ce paramètre soit modifié, afin de mieux prendre en compte le coût de la vie des Européens dans le calcul de l'HICP.
Détérioration de l'épargne et des pensions
Au chapitre des préoccupations économiques, la détérioration de l'épargne et des pensions de retraite, causée par la faiblesse des taux d'intérêt a constitué l'une des réponses les plus fréquemment apportées par les personnes interrogées (un tiers d'entre elles)."Au moins la moitié des contributions se montrent critiques à l'égard de la politique de bas taux d'intérêt de la BCE", explique Francfort, et beaucoup ont estimé que cette situation les obligeait "à prendre davantage de risques et à investir par exemple sur le marché boursier". Les perspectives économiques constituent la préoccupation suivante la plus souvent citée, une réponse assez normale le sondage ayant été conduit en pleine pandémie mondiale. La crise économique actuelle causée par la Covid 19 et la possibilité de nouvelles crises dans un avenir proche ont d'ailleurs représenté le quart des contributions. Enfin, environ un quart des interrogés ont déclaré que la précarité de l'emploi et le chômage étaient aussi une source importante de préoccupation pour eux.
Les sondés ont aussi été prolixes sur ce que devrait faire la BCE selon eux: ainsi, un nombre significatif de sondés a déclaré que la BCE devrait jouer un rôle plus actif dans le soutien de la croissance économique, l'accroissement de l'emploi, la lutte contre le changement climatique, la promotion de l'intégration européenne et la lutte contre la pauvreté et les inégalités ! Une minorité seulement a souhaité que la BCE se concentre uniquement sur la stabilité des prix et qu'elle laisse les autres questions aux organes politiques. Un enseignement intéressant alors que le verdissement de la stratégie de la BCE défendu par Christine Lagarde a fait couler beaucoup d'encre, certains estimant qu'il ne s'agissait pas des prérogatives d'une banque centrale.
Rendre la communication de la BCE plus didactique
Les sondés enfin ont déploré l'utilisation d'un jargon économique difficile d'accès pour le grand public et l'absence de communication facilement compréhensible pour tout un chacun. "Un langage simple et des exemples concrets sont souvent suggérés comme des moyens d'améliorer la communication de la BCE", explique Francfort. Nombre d'entre eux ont expliqué qu'ils aimeraient recevoir des explications plus transparentes sur les décisions de la BCE, accompagnées du raisonnement qui les sous-tend et d'une analyse de l'incidence de ses politiques. Des suggestions que Christine Lagarde prendra certainement en compte lors de ses prochaines conférences de politique monétaire, elle qui s'efforce de faire davantage de pédagogie depuis le début de son mandat.
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