Politique monétaire / BCE / Taux directeurs / revue stratégique
Politique monétaire
BCE / Taux directeurs / revue stratégique
Les Européens sceptiques à l'égard de la BCE
Le timing tombe mal : la BCE a dû reporter de six mois au moins la publication de sa revue stratégique, en raison de l’épidémie de coronavirus. Revue qui doit lui permettre d’explorer de fond en comble sa stratégie monétaire, sa façon de la communiquer et ses objectifs plus larges en tant que banquier central, exercice qu’elle n’avait pas pratiqué depuis 2003. Or, cet état des lieux monétaire est très attendu, non seulement parce que le monde financier espère un éclaircissement du mandat de Francfort concernant la stabilité des prix, mais aussi parce qu’il devrait permettre de mieux faire connaître son action auprès du grand public. Ce qui est visiblement nécessaire, vu le peu de soutien des Européens auprès de la BCE.
Ainsi, selon une étude publiée aujourd’hui sur le site de la Banque de Francfort, la confiance des Européens dans la BCE a sensiblement chuté depuis la crise de la dette en 2012 : à l’automne 2019, seuls 42% des Européens interrogés à l’occasion du Standard Eurobaromètre réalisé deux fois par an, ont répondu avoir confiance en la BCE, quand 44% ont déclaré le contraire. "La confiance nette dans la BCE reste négative, tandis que le soutien net à l'euro augmente régulièrement depuis 2013 et a atteint un niveau record à l'automne 2019", expliquent ainsi les auteurs de l’étude. Un constat intéressant qui montre que l’on peut soutenir la monnaie unique et le projet européen sans pour autant faire confiance à la banque des banques. "Ces résultats soulignent que l’adhésion à la monnaie unique est plus résiliente en cas d’expérience négative telles que les crises, tandis que la baisse de confiance dans la BCE de 2008 à 2013 montre au contraire que le soutien à celle-ci dépend notamment des performances économiques de la zone euro", poursuivent les auteurs.
Le détail de l’enquête par nationalité permet toutefois de nuancer le tableau : à la fin 2019, tous les États sauf l’Allemagne, le Luxembourg et l’Autriche faisaient confiance à la BCE. À noter également qu’à part à Chypre, la confiance des Européens vis-à-vis de la BCE s’est toutefois sensiblement dégradée dans l’ensemble des pays de la zone euro depuis 2009 (chute de 7 à 37 points selon les pays). Preuve que les deux crises économiques subies par le Vieux Continent ont affecté la crédibilité de Francfort.
L’enquête souligne aussi comment le degré d’éducation peut influencer le soutien ou non au projet européen et à la Banque centrale chargée de mener la politique monétaire de la zone euro : ainsi 30% des personnes ayant arrêté leurs études à 15% soutiennent l’intégration de la zone euro, contre 40% de celles qui ont été jusqu’au bac (ou l’équivalent dans les autres pays de l’UE) et 50% pour celles ayant suivi des études au-delà de 20 ans. En termes de catégories socioprofessionnelles, les chômeurs, travailleurs manuels et personnes à domicile sont aussi 10% à 20% plus susceptibles de ne pas soutenir la zone euro que les autres.
Par ailleurs ceux qui soutiennent la BCE sont aussi ceux qui ont une vision générale de l’économie de la zone euro plutôt positive, ce qui souligne une fois de plus que les Européens associent la santé économique de l’union de la zone euro avec l’action menée par la BCE, même s’ils ne connaissent pas précisément les tenants et aboutissants de la politique monétaire, précise l’étude. Par ailleurs, les personnes les plus aisées ou qui du moins qui se déclarent satisfaites de leur situation personnelle sont aussi celles qui soutiennent le plus massivement la politique de la BCE.
Restaurer la confiance des citoyens dans la BCE est crucial pour Francfort : en effet le mandat principal de la banque centrale est de maintenir les prix à un niveau inférieur mais proche de 2%. Or le pilotage des anticipations d’inflation par les équipes de Francfort dépend en partie de la confiance des citoyens en sa capacité à faire remonter les prix (ou les faire baisser en période de forte inflation) vers son objectif. "Un niveau élevé de confiance dans la capacité de la banque centrale à remplir son mandat facilite sa tâche d’ancrage des anticipations d’inflation, ce qui accroît l’efficacité des mesures de politique monétaire. À l’inverse, moins le public a confiance dans la capacité de la BCE à rétablir les prix, plus cette dernière sera vulnérable aux pressions politiques, au risque de nuire à son indépendance".
Il est donc essentiel que la BCE fasse un effort supplémentaire pour améliorer sa communication et la rende plus lisible auprès des citoyens. D’autant plus qu'elle vient de mettre en place une politique de soutien à l'économie sans précédent, qui devrait largement permettre de compenser le choc lié au coronavirus dans le Vieux Continent. Il serait donc regrettable que le grand public ne prenne pas conscience de son implication depuis le début de la crise sanitaire. La BCE devra donner "davantage d’informations sur ses missions et ses objectifs, tout en poursuivant son mandat de maintien de la stabilité des prix, préservant ainsi le pouvoir d'achat des citoyens", expliquent ainsi les chercheurs. Une communication plus inclusive et des efforts visant à améliorer la compréhension générale du mandat et des missions de la BCE devraient contribuer à renforcer la confiance dans la BCE.
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