Feuilleton de l'été / Nicolas Brien / Euratechnologies / France Digitale / Sciences Po Paris / Howard University / Columbia University / carrière / IHS / Najat Vallaud-Belkacem / Porte-Parolat du Gouvernement / cabinet / Kantar / Polytechnique / startups / tech / Digital / Roger Southon / Eric de Montgolfier / Bernard Lesterlin / Ségolène Royal / Parti Socialiste
Feuilleton de l'été
Nicolas Brien / Euratechnologies / France Digitale / Sciences Po Paris / Howard University / Columbia University / carrière / IHS / Najat Vallaud-Belkacem / Porte-Parolat du Gouvernement / cabinet / Kantar / Polytechnique / startups / tech / Digital / Roger Southon / Eric de Montgolfier / Bernard Lesterlin / Ségolène Royal / Parti Socialiste
Ils et elles feront le monde d'après - Nicolas Brien
“Ma professeure principale de terminale est venue me voir et m’a demandé si j’étais bien sûr de vouloir aller dans une fac d’histoire avant de me conseiller de tenter ma chance au concours de Sciences Po. L’IEP de Lille m’a refusé, Paris m’a accepté. Comme quoi le hasard est capricieux". “C’est à ce moment précis que j’ai compris que pour une partie de l’élite française, les études se résument au prestige du diplôme. C’est dommage d’apporter autant d’importance à une étiquette”. Et un parcours d’étude prestigieux, Nicolas Brien en a pourtant connu un. En parallèle de Sciences Po Paris, qu’il a intégré en 2006 pour son programme comprenant de l’histoire, l’homme de 31 ans explique qu’il a été très marqué par la crise financière de 2008 alors qu’il était en échange à Howard University à Washington : “Et ça me dérangeait de ne rien comprendre à ce qui était en train de se passer sous mes yeux. J’ai donc décidé de prendre des cours de Finance à Columbia University à New York en 2010”. Une expérience à l’étranger “fascinante” durant laquelle il comprend la réalité de la citation américaine : "School is not education". Il découvre dans cette université que “ce qui compte le plus n’est pas forcément le contenu des manuels scolaires, mais ce qu’il y a autour : les activités associatives, sportives, culturelles… et l’importance du sacro-saint "network"”. Pour lui, cela en dit long sur la vision des études et du monde véhiculée en France quand on prend conscience que “l’endroit le plus valorisé aux États-Unis c’est le Campus. L’endroit le plus valorisé en France c’est un amphithéâtre".
Nicolas Brien, qui a toujours fait attention à élargir ses horizons, a connu d’autres expériences à l’étranger avant de rentrer en France : une expérience professionnelle au sein d’IHS, une boîte d’analyse risques-pays basée à Londres puis plusieurs postes en Afrique (Cameroun et Congo), le jeune homme se dirigeait plutôt vers des postes à l’international quand "Finalement, le hasard a fait que je me suis fait “attrapé” par la campagne présidentielle de 2012. J’avais intégré bénévolement l’équipe du candidat socialiste en travaillant auprès de Najat Vallaud-Belkacem. À la fin de la campagne, elle est devenue Ministre et m’a demandé de rejoindre son cabinet. Ce n’était pas dans mes plans, j’ai même refusé dans un premier temps. Avant de me dire que je n’avais qu’une seule vie et que c’était une aventure à tenter au moins une fois dans sa vie.” se rappelle-t-il. Alors qu'il n'était pas du tout préparé à cela, Nicolas Brien intègre alors le cabinet du Porte-Parolat du Gouvernement qu'il qualifie de “véritable lessiveuse” avec un rythme “extrêmement intense”. Au bout de deux ans, le jeune homme de 25 ans à cette période, confie s'être senti très fatigué et par conséquent vouloir rebasculer dans le secteur privé. Il met donc fin à cette expérience de dix-huit mois en cabinet et devient par la suite directeur des études de Kantar avant de basculer à nouveau sur une mission de levée de fonds pour l’école Polytechnique. “Cela m’a beaucoup plu, j'étais directeur Amérique-Asie de la Fondation de l’école Polytechnique et j’ai réellement découvert à ce moment-là le monde des start-up et de la tech.” a-t-il confié. Enfin, encore une fois, le hasard fait bien les choses quand le directeur général de France Digital, à l’époque, l’appelle en lui demandant simplement s’il serait partant pour rejoindre l’association afin de lui succéder. En 2016, Nicolas Brien prend donc les rênes de la première association de start-up en Europe et accomplit “une belle trajectoire” pendant 5 ans aux commandes. Le lobby français a notamment connu un “immense coup d'accélérateur" suite à la crise sanitaire qui “a plongé l’humanité dans un grand bond en avant digital. La totalité de nos interactions sociales a dû basculer en l’espace de 15 jours dans la sphère numérique. Certaines start-up, comme Doctolib ou Openclassrooms ont pu prouver leur utilité sociale en apportant rapidement des solutions à des besoins vitaux.” ajoute-t-il.
En poste depuis seulement quelques jours à la tête d’Euratechnologies - pôle d'excellence et d'innovation dédié au numérique de la Métropole européenne de Lille - l’ancien directeur général de France Digital avoue que ce qu’il préfère au sein de cet incubateur de start-up c’est “apprendre avec humilité”. Au contact de ses collègues, “chaque minute j’apprends plus.” a-t-il ajouté. Des inspirations pour sa carrière ? Pour répondre à cette question, Nicolas Brien cite deux personnalités marquantes de sa vie : l’un, lui a transmis l’importance de l’éthique lorsque l’on entreprend quelque chose, Eric de Montgolfier. L’autre, Roger Southon qui était son mentor local, lui a appris le sens de la mesure. “Quand vous êtes jeune et que vous démarrez un projet, vous avez tendance à vouloir tout changer tout de suite. Avec l’expérience, on apprend le sens de la mesure. Toute entreprise humaine a son rythme, qu’il faut prendre le temps de trouver. J’ai découvert que l’humilité était une force : quand on se place dans une posture d’apprenti, on pose des questions au lieu de donner des ordres. Je crois beaucoup à la force du questionnement, car je n’ai encore jamais croisé un être humain qui n’ait pas quelque chose à m’apprendre”.
De cette ascension fulgurante, Nicolas Brien revient sur ses engagements politiques qu’il insiste ne pas vouloir qualifier de “carrière” : “Je n’ai jamais considéré la politique comme un métier. Je n’ai jamais perçu un euro d’indemnité durant mes 10 ans de mandats politiques et c’est très bien comme ça. La politique n'aurait jamais dû cesser d’être un engagement bénévole et le concept de carrière en politique m’est totalement étranger". En commençant à être engagé très jeune dans la politique au sein du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem qu'il avait rencontrée lors de la campagne pour la primaire présidentielle de Ségolène Royal puis élu député-suppléant de Bernard Lesterlin à Montluçon en 2012 avant d’être enfin conseiller municipal en 2014. À partir de 2015, il dirige la Fédération du Parti Socialiste de l'Allier et est élu la même année au Bureau National du Parti Socialiste. C’est en janvier 2018 qu’il annonce mettre fin à ses activités politiques car “la politique ne peut pas être un engagement à vie. Il faut savoir prendre son risque et explorer d’autres mondes.” considère-t-il. Il poursuit en expliquant qu' “aujourd'hui, ma génération découvre que l'on peut servir l'intérêt général sans nécessairement faire de la politique ou rejoindre la haute administration. Il existe mille autres chemins, par exemple en créant une association, ou en orientant l’action d’une entreprise vers le bien commun”. Maintenant, que ce soit à France Digital ou à Euratechnologies, Nicolas Brien est persuadé d’avoir au moins autant d'impact que lorsqu'il faisait de la politique.
Servir et penser à l'intérêt général, c’est ce qui a permis à Nicolas Brien de prendre des risques et de repousser ses limites sans subir trop de pression, bien qu’il puisse sembler plutôt jeune pour endosser des postes à hautes responsabilités. Le directeur général est convaincu qu’”on est toujours plus intelligent à plusieurs". Pour lui, "si on se lève le matin avec l'intérêt général pour seul horizon alors la pression n’existe plus. La puissance d’une idée portée par un collectif, c’est fabuleux. On ne tue pas une idée. On peut prendre des risques, se mettre en danger pour servir à l'intérêt général. Quelqu'un qui pense uniquement à sa carrière ne prendra jamais autant de risques et n’obtiendra jamais autant de résultats que quelqu'un qui pense à l'intérêt général”.
“Un père épanoui qui se lève le matin au service d’une belle mission.”. Voilà où se voit Nicolas Brien dans 10 ans. Tout en espérant que “les inégalités qui m’ont fait entrer en politique soient résolues.” ajoute-t-il. En attendant, il profite de son fils de 10 mois et de sa femme, avec qui il a partagé le confinement. Même si son métier lui prend beaucoup de temps, le père de famille n’oublie pas l'ordre des priorités. “Qu’est-ce qu’il y a de plus important que vos enfants dans la vie ?". Parfois, “il faut savoir s'asseoir et réfléchir à ses priorités.” conseille-t-il. "Est-ce que votre carrière vaut vraiment plus que vos enfants ? Moi je réponds tranquillement : Non, mon fils vaut mille fois plus que ma carrière". Selon lui, on peut s’investir à l’infini dans son travail mais “quelqu'un qui est investi essentiellement et à 150 % dans son boulot finit en burn-out” . “Si on ne trouve pas une harmonie avec d’autres sphères dans sa vie alors on se met en danger”. Cette harmonie, Nicolas Brien l’a trouvée et peut donc penser sereinement à son futur professionnel qui est de "faire rayonner Euratechnologies sur tout le continent Européen. Quand on y pense, il est tout de même extraordinaire que le premier lieu d’innovation en Europe ne soit ni à Stockholm, ni à Berlin, ni à Paris, mais bel et bien à Lille.”
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