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Start-up / France Digitale / EY

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France Digitale / EY

Ce qui se trouve derrière l’apparente stabilité du financement des start-ups françaises / Qu'en est-il de leurs investisseurs ?

La French Tech aurait pu ressortir plus mal en point d’une année 2023 qui n’aura pas été propice à son financement. Activité, rentabilité, emplois… le dernier baromètre de France Digitale et EY pose un constat plutôt encourageant à propos de la santé financière des start-ups françaises. Mais si les montants levés par ces dernières ont cessé de se réduire au premier semestre, certaines dynamiques contraires restent à relever. D’autant que la question de la disponibilité des liquidités du côté des fonds de capital-risque et de leur propension à soutenir de nouvelles jeunes pousses se pose.
 (Photo by PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP)
(Photo by PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP)

Un bilan de santé avant le rendez-vous annuel. Alors que se tiendra mercredi prochain le "France Digitale Day", traditionnelle réunion des start-ups et des fonds de capital-risque (VCs) français, l’association éponyme les réunissant vient de publier son baromètre annuel à propos de leurs performances économiques et sociales, en collaboration avec le cabinet EY.

Un tour d’horizon de l’état de la French Tech, qui semble toujours être en convalescence après une rude année 2023. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à grandir : l’Hexagone compte 15 000 start-ups à date, soit une augmentation de 3 500 entreprises en un an. "La French Tech résiste, mais il faudra rester vigilant dans les prochains mois face aux défaillances d’entreprises. L’écosystème VC aussi se renouvelle : un quart des VCs français ont moins de cinq ans", signalent au sein du rapport la directrice générale de France Digitale Maya Noël et l’associé chez EY, Franck Sebag.

Effectivement, malgré le trou d’air traversé en 2023 sur le plan des financements, la French Tech a bien résisté. Les start-ups françaises ont créé plus de 200 000 emplois en un an, en interne, directement ou indirectement. Elles ont généré près de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’année dernière, soit une hausse de près de 30 % depuis 2022. Un record, qui comporte une contribution internationale de 40 %. Et 32 % des start-ups sont déjà rentables, tandis que près de la moité d’entre elles indique pouvoir l’être dans les trois prochaines années. Un objectif, à court ou moyen terme, qui prend d’ailleurs la tête des axes stratégiques priorisés par les jeunes pousses tricolores pour les douze prochains mois. En creux, donc, une adaptation à la plus ample difficulté à lever des fonds. Même si au premier semestre de 2024, le montant levé par les start-ups tricolores, à hauteur de 4,26 milliards d’euros, n’a pas reculé par rapport à l’an passé. 

 

À y regarder de plus près

 

Mais cette stabilité du financement ne serait-elle pas un trompe-l’œil, interroge l’étude ? Il faut dire que le premier semestre de 2024 aura été porté par quelques "méga levées" de fonds. L’on compte parmi ces dernières celles de Mistral AI, Electra, H Company, HysetCo ou encore Pigment. Des opérations d’envergure qui ont fait passer le montant moyen des tours de financement supérieurs à 100 millions d’euros de 138 millions d’euros au premier semestre de 2023, à 214 millions d’euros un an plus tard.

Seulement voilà : "pour les levées en dessous de 100 millions d’euros, la tendance est plus délicate", souligne le rapport. Le montant global des levées à moins de 10 millions d’euros augmente bien, mais le montant moyen a baissé entre les six premiers mois de 2023 et 2024. La dynamique s’affiche aussi à la baisse pour les levées entre 10 millions et 100 millions d’euros, tant sur le plan des montants levés qu’en nombre d’opérations. Pour les start-ups ayant réalisé des tours de table compris dans une fourchette de 50 millions à 100 millions d’euros, ces reculs atteignent même respectivement 33 % et 40 %.

"On constate encore 4 grandes failles de marché dans le financement des start-ups : le financement en amorçage des startups industrielles et des start-ups hardware ; le financement de build-up de petites start-ups déjà rentables ; le financement du growth, toujours, avec peu d’acteurs français réellement présents ; et enfin, le financement de femmes et fondateurs issus de minorités, pour lequel des progrès sont toujours indispensables", remarque également Audrey Soussan, partner chez Ventech, citée dans l'étude. Si les manques à combler sur le marché semblent donc bien identifiés, reste également à savoir si les financements pourront repartir dans les mois à venir.

 

La solution préférée

 

Car les levées de fonds auprès de VCs et de business angels restent l’option de financement favorite des start-ups, rappelle l’étude. Elles n’envisagent d’autres solutions alternatives – l’organisation du rachat de l’entreprise ou d’une opération de consolidation, l’appel à un fonds private equity (LBO) et à de la dette bancaire – qu’après avoir atteint un certain stade de maturité ou lorsqu’elles sont déjà rentables (ou sur le point de l’être). Les introductions en Bourse ne semblent également pas avoir la cote : seule une scale-up, parmi les 550 entreprises interrogées entre mai et juillet 2024 pour les besoins du rapport, indique l’envisager sur les douze prochains mois… sans fermer la porte à d’autres options de financement.

D’autant que la question de la disponibilité de liquidités pour financer les start-ups se pose également. De fait, deux VCs sur trois ont déjà déployé plus de 40 % de leurs actifs sous gestion. Restant à des niveaux fort élevés, ces derniers devraient d’ailleurs plutôt servir aux entreprises déjà en portefeuille des VCs qu’à de nouveaux entrants. Près de la moitié des 40 fonds de capital-risque interrogés indique en effet réserver entre 20 % et 40 % de ses actifs sous gestion au refinancement des start-ups qui y sont installées.

"Le marché semble bloqué : les VCs recherchent des liquidités, à la fois pour rembourser leurs investisseurs et pour déployer de nouveaux fonds. Le dry powder, à savoir le montant des actifs sous gestion restant à déployer, se réduit à mesure que les VCs provisionnent des actifs pour refinancer leurs start-ups déjà en portefeuille", appuient Maya Noël et Franck Sebag. Dans tous les cas, côté start-ups ou côté VCs, le constat est clair : lever des fonds sera le premier des défis à relever dans les douze prochains mois.

 

Penser à l’échelle européenne

 

“L’écosystème a besoin de capitaux,
notamment européens. Parce qu’il ne sera
pas possible de compter sur un accroissement
des dépenses publiques, les investisseurs institutionnels devront être plus actifs dans le financement de l’innovation", ajoute à l'étude Marianne Tordeux Bitker, directrice des affaires publiques de France Digitale, siégeant également au Conseil économique social et environnemental (CESE). Et France Digitale de proposer deux solutions à cet égard.

Tout d’abord, la création au sein du Fonds européen d’investissement (FEI) d’un service qui centraliserait les audits et labelliserait les VCs pourrait permettre de pallier le manque de connaissance du marché par les investisseurs institutionnels, estime l’association. Deuxième suggestion : la création d’un fonds de fonds ad hoc, qui rassemblerait les investissements des institutionnels. Un chantier concernant le financement de l’innovation et de soutien à tout son écosystème qui s’annonce donc d’envergure. "Cela va supposer un portage politique fort : Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, en a fait l’une de ses priorités lors de sa réélection", rappelle Marianne Tordeux Bitker.

 

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