WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Le retour d’Édouard Philippe
par Yves de Kerdrel

À la fin de la semaine prochaine l’ancien Premier Ministre lancera son grand parti destiné à enterrer le théâtre d’ombres qu’est devenue La République En Marche. Un parti résolument à droite. Avec le danger, pour Emmanuel Macron, c’est qu’il s’impose comme le patron d’une future majorité gouvernementale, si son pari réussit.

03/10/2021 - 06:30 Temps Lecture 17 mn.

 

Au lendemain des Ateliers de la République des maires au Havre, Édouard Philippe lancera officiellement son mouvement, samedi prochain, au sein de "la cité Océane". "Pour une nouvelle offre politique", voilà le nom de l’événement organisé à partir de 10 h 30, au Carré des Docks, pour lequel une billetterie en ligne a été lancée.

L’ancien Premier ministre espère rassembler des personnalités de la droite et du centre et, plus globalement, "celles et ceux qui partagent l’ambition de raffermir la puissance de la France, la cohésion de notre société et la compétitivité de notre économie", invitant à "voir loin pour faire bien".

 

Un parti résolument de droite

 

Dans une interview accordée à TF1, le 12 septembre dernier, le maire du Havre avait affirmé son soutien à Emmanuel Macron pour le prochain scrutin présidentiel. Mais ce parti pourrait servir de rampe de lancement à Édouard Philippe pour l’élection présidentielle de 2027. Et, avant cela, lui permettre de présenter des candidats, aux couleurs de son mouvement, aux législatives de 2022.

Selon ses proches, le futur parti – même si les intéressés ne parlent que d’un mouvement – sera résolument de droite. De droite comme l’a toujours été Édouard Philippe. C’est-à-dire assez chiraquienne. Mais plus libérale sur le plan économique et sociétal, plus européenne, et moins focalisée que les actuels partis de droite sur les questions d’immigration.

 

Un soutien d’Emmanuel Macron

 

À cause des velléités d’Édouard Philippe, Emmanuel Macron a été obligé d’apparaître comme un candidat putatif bien plus tôt qu’il ne l’espérait. Ce qui prive a priori, le Maire du Havre d’une possibilité de jouer le supplétif dans la course à l’Élysée. De fait, il a bien compris que compte tenu de l’éclatement de la droite de gouvernement entre ceux qui seraient capables de se rallier à Zemmour et ceux qui aimeraient gouverner simplement à droite, et tous ceux qui au centre ou chez LaRem ne savent plus à quel saint se vouer, il y a un rôle à jouer.

Édouard Philippe veut donc être à terme le gardien de la Maison Commune dans laquelle viendront habiter tous ceux qui seront obligés bon gré mal gré de soutenir Emmanuel Macron dans l’hypothèse où il se retrouve au second tour face à une extrême droite qui n’a rien appris et rien oublié.

 

Une nouvelle Maison Commune de la droite et du centre

 

C’est pour bien acter que cette "Maison Commune" serait installée clairement à droite qu’Édouard Philippe a expliqué dans Challenges qu’il fallait d’ores et déjà réfléchir à une retraite à 65, 66 ou 67 ans… allant bien plus loin que la Droite traditionnelle sur ce sujet. Et qu’il fallait des comptes publics mieux gérés, pointant du doigt la dette de près de 3 000 milliards d’euros laissée par Emmanuel Macron.

Ces sujets l’intéressent clairement bien plus que la transition écologique, même s’il ne l’écarte pas. Il veut se poser en un mélange d’Antoine Pinay et de Pierre Mendès-France dans un pays qui revient progressivement au régime des partis avec un émiettement des forces politiques et une "archipélisation" des "communautés" sociales.

 

L’ambition mystérieuse d’Édouard Philippe

 

Au cas où sa tentative de créer un nouveau parti "de droite", dans une France aux deux tiers à droite réussirait, Édouard Philippe serait incontournable pour les prochaines législatives. Cela ne signifie pas qu’il ait envie de revenir à Matignon. Mais au moins de faire le programme de gouvernement du nouveau quinquennat d’Emmanuel Macron si ce dernier est réélu.

Pour l’heure, Emmanuel Macron et Marine Le Pen restent largement en tête des intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle, quelles que soient les hypothèses de concurrence à droite, selon un sondage Opinionway publié jeudi, pour Les Échos, Cnews et Radio Classique. Selon cette enquête, l'actuel chef de l'État recueillerait entre 24 et 28 % des suffrages si le premier tour avait lieu dimanche. Et il remporterait un deuxième tour face à Marine Le Pen, avec 58 % des voix.

 

Emmanuel Macron intouchable en tête

 

Un autre sondage Harris Interactive pour Challenges, publié mardi dernier, crédite la candidate du Rassemblement national de 16% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2022, contre 24% un mois plus tôt. De son côté, le journaliste du Figaro Éric Zemmour, qui n'a pas déclaré sa candidature, recueillerait 13 à 14 % des voix, contre 7 % début septembre.

À droite, Xavier Bertrand est le candidat qui obtiendrait le plus de votes (14 %), davantage que dans la configuration où les sondés pouvaient choisir Valérie Pécresse (12 %) ou celle où le nom retenu était Michel Barnier (8 %). Emmanuel Macron obtient entre 23 et 26 % des intentions de vote selon les configurations. À gauche, Jean-Luc Mélenchon obtiendrait 13 % des voix, la socialiste Anne Hidalgo 7 % et l'écologiste Yannick Jadot 6 %, loin devant Arnaud Montebourg (2 %). Au second tour, Emmanuel Macron serait réélu avec 54 % des voix.

 

Xavier Bertrand peine à rassembler

 

Du côté des Républicains qui ont officiellement décidé d’un Congrès fixé le 4 décembre prochain afin d’adouber le candidat de la famille politique, les choses se compliquent à nouveau. Interviewé jeudi soir sur France 2, Xavier Bertrand a joué cartes sur table. Il a appelé Valérie Pécresse, Éric Ciotti, Michel Barnier et Philippe Juvin à se retirer... à son profit. L'ex-ministre du Travail a déclaré jeudi soir que ce Congrès qui devrait voir s'affronter 4 concurrents ne serait qu'une autre sorte de "primaire déguisée".

Comme alternative il a donc lancé un appel au rassemblement de tous les candidats derrière son nom, tous les sondages ayant montré qu’il était le seul à pouvoir battre Emmanuel Macron dans la configuration d’un second tour. Son appel semble pour l'instant peu entendu. Ni Valérie Pécresse ni Michel Barnier ne donnent le moindre signe de vouloir s'effacer derrière sa candidature. Le patron de la région Hauts-de-France devrait rencontrer ses adversaires internes dans les prochains jours. Il y a urgence à se mettre d'accord - les LR sont le dernier grand parti à ne pas avoir encore de candidat identifié.

 

Le drôle de bouclier énergétique

 

Les prix de l’énergie s’invitent dans la campagne. Et c’est normal pour deux raisons. D’une part, selon le sondage Elabe sur les préoccupations des Français pour la présidentielle, le pouvoir d’achat arrive loin devant la sécurité avec un écart de vingt points. Alors qu’aucun candidat ne fait de propositions dans ce domaine, si ce n’est la prime au travail de Xavier Bertrand, ressemblant à l’impôt négatif des Britanniques.

D’autre part, car Jean Castex est venu présenter au 20 heures de TF1 un "bouclier énergétique" qui permettrait de limiter les périodes de forte hausse des prix à venir. En revanche, les Français concernés ne profiteraient pas des baisses de prix envisagées par les experts à partir du mois d’avril. Mais c’est exactement le moment de la présidentielle…

 

Éric Zemmour fait chuter Marine Le Pen

 

Il n’est pas sûr que cette mesure calme les ardeurs de nouveaux mouvements de type "gilets jaunes". C’est la principale préoccupation du Château, comme de Matignon, qui redoutent une mainmise des candidats populistes sur cette partie de la population que l’on estime autour de 6 millions de foyers.

S’agissant des populistes le torchon brûle très fort entre Marine Le Pen, dont la cote n’en finit pas de descendre et Éric Zemmour, le journaliste du Figaro qui est maintenant sondé à 15 %. Celui-ci ne semble pas avoir envie de revenir en arrière. Il aurait loué, selon nos informations, un local de 400 mètres carrés rue Jean Goujon sur rue et sur cour pour en faire son quartier général, avec l’aide financière de Pierre Éric Stérin, exilé à Bruxelles avec une fortune de plus de 120 millions d’euros. Par ailleurs son état-major s’étoffe de Jean-Yves Le Gallou, ancien député européen du Front National, qui est l'époux d'Anne-Laure Blanc, fille de l'ancien Waffen-SS Robert Blanc.

 

Les propositions des Gracques

 

À l’opposé des populistes, les Gracques présenteront demain leur livre avec le mode d’emploi pour redresser la France. La présentation sera faite par Bernard Spitz naturellement, mais aussi par Erik Orsenna, ancienne plume de François Mitterrand et par Philippe Crouzet, ancien patron de Vallourec. Tous les trois sont issus du Conseil d’État.

Le titre de cet ouvrage publié par Albin-Michel est "le manifeste de la dernière chance – Présidentielles 2022 – nos propositions pour donner confiance". Le but est de porter des idées qui alimenteront la campagne. Quitte à ce que certaines idées soient reprises par des candidats. Ce qui permettra de créer un contrepied aux populistes.

 

La BCE tente de rassurer sur l’inflation

 

S’agissant de l’économie, Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, a relativisé les risques inflationnistes mardi dernier et promis que la BCE ferait preuve de patience avant de resserrer sa politique monétaire, afin d'éviter une réaction exagérée à ce qu'elle considère toujours comme une hausse temporaire des prix. La montée régulière des tensions inflationnistes, alimentées par la hausse des prix de l'énergie et des difficultés d'approvisionnement dans plusieurs secteurs, a favorisé la hausse des coûts du crédit ces dernières semaines dans la zone euro, les investisseurs revoyant à la hausse leurs prévisions de prix.

Le principal défi est d'assurer que nous ne sur-réagissons pas à des chocs d'offre transitoires qui n’exercent aucune influence sur le moyen terme, tout en favorisant les forces de demande positive qui peuvent durablement porter l'inflation vers notre objectif de 2%, a dit Christine Lagarde en ouverture du Forum des banques centrales organisé par la BCE. Nous ne réagirons à une amélioration de l'inflation globale que si nous sommes confiants dans le fait qu'elle est durable et reflétée dans la dynamique de l'inflation sous-jacente, a-t-elle ajouté.

 

Les marchés intègrent une hausse des taux

 

Les swaps de taux d'intérêt intègrent désormais une hausse des taux de dix points de base à un horizon de trois ans seulement, contre cinq à six ans fin août. L'inflation dans la zone euro pourrait atteindre 4 % d'ici la fin de l'année, soit le double de l'objectif que s'est fixé la BCE, mais Christine Lagarde a souligné qu'elle devrait rapidement refluer sous cet objectif de 2 % puis rester inférieure à celui-ci pendant plusieurs années encore.

Le fait que l'inflation puisse modérément dépasser l'objectif pendant une période transitoire nous permet d'être patients en matière de resserrement de notre politique, jusqu'à ce que nous soyons certains qu'une amélioration sera durable", a-t-elle dit. "Nous avons encore besoin d'une politique monétaire accommodante afin de sortir de la pandémie de manière sûre et de ramener l'inflation durablement à 2 %", a-t-elle précisé. La BCE peut s'appuyer entre autres sur le fait que l'évolution des salaires dans la zone euro reste contenue et sur la persistance d'un chômage relativement élevé, qui ne devrait pas revenir avant le deuxième trimestre 2023 à son niveau d'avant la pandémie.

 

À nouveau un choc d’offre en France

 

En ce qui concerne la conjoncture hexagonale, la croissance de l'activité manufacturière en France a ralenti un peu plus nettement qu'initialement estimé en septembre, pénalisée par les difficultés dans la chaîne d'approvisionnement. L'indice PMI calculé par IHS Markit auprès des directeurs d'achats pour le secteur manufacturier a reculé à 55,0 le mois dernier contre 57,5 en août et une première estimation "flash" à 55,2.

Les données de l'enquête de septembre montrent que les déséquilibres intenses du côté de l'offre commencent maintenant à entraver sérieusement le secteur manufacturier français et affectent même la demande. Il est clair que la croissance de l'industrie manufacturière ralentit, et il y a peu de signes indiquant que la situation va s'améliorer dans un avenir immédiat".

 

Quelle gouvernance pour le "Suez bis" ?

 

En matière de business, le moral des financiers est un peu affecté par les aléas du marché boursier. Ce qui a conduit Icade Santé à renoncer à son projet de cotation. Malgré tout Patrick Drahi a continué d’animer le secteur de la Tech en proposant une offre de rachat aux administrateurs d’Eutelsat qui l’ont refusée. Mais pour les spécialistes du secteur, un accord de prix devrait être trouvé permettant au patron d’Altice de mettre la main sur la constellation de satellites du groupe français.

L’autre sujet chaud concerne la gouvernance du futur "nouveau Suez". Les noms de Laurent Guillot (Saint-Gobain) Sylvie Jéhanno, (la patronne de Dalkia), Pierre Vanstoflegatte (Bouygues) ou Sabrina Soussan (ex-Siemens). Les jours qui viennent devraient éclaircir ce sujet, géré notamment par la Caisse des Dépôts.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Les populistes font bouger les lignes de la Présidentielle

26/09/2021 - 06:30

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Macron invente le nouveau "quoiqu’il en coûte"

19/09/2021 - 06:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Les couches-culottes sont-elles plus stratégiques que les satellites ?

01/10/2021 - 10:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Il y en a assez du « Total bashing » !

24/09/2021 - 10:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Comment Lagardère a tué Lagardère

17/09/2021 - 10:00

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Allemagne : Rendez-vous avec Angela !

14/09/2021 - 09:00

Chronique /

Chronique / 3 minutes de philo pour une pause

27/08/2021 - 18:00

Chronique /

Chronique / 3 minutes de philo pour une pause

26/08/2021 - 18:00

Chronique /

Chronique / 3 minutes de philo pour une pause

25/08/2021 - 18:00