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Faurecia / Automobile / Hella / Elliott / équipementier / pénuries / Omicron
Faurecia cumule les frustrations
La perspective espérée d’un redressement de la filière automobile s’éloigne. En témoigne Faurecia, qui vient d’annoncer un deuxième avertissement sur résultats pour l’ensemble de l’année, après celui dont il a fait part le 23 septembre dernier.
Le premier équipementier français anticipe désormais un chiffre d’affaires situé entre 15 et 15,5 milliards d’euros, soit une surperformance supérieure à 600 points de base (contre une estimation précédente de 15,5 milliards avec la même surperformance), ainsi qu’une marge opérationnelle d’environ 5,5% de son chiffre d’affaires, contre une estimation précédemment comprise entre 6 et 6,2%. L’objectif de flux de trésorerie net a également été réduit : le groupe dirigé par Patrick Koller attend désormais un flux "supérieur à 300 millions d’euros", contre un objectif précédent de 500 millions. Son levier financier devrait également se dégrader par rapport à sa prévision précédente et passer d’inférieur ou égal à 1,5 fois l’Ebitda à environ 1,6 fois l’Ebitda.
Initialement, avant sa première dégradation, Faurecia visait un chiffre d’affaires de 16,5 milliards d’euros, une marge de 7%, un flux de trésorerie "supérieur à 500 millions d’euros" et un multiple de dette strictement inférieur à 1,5 fois l’Ebitda.
L’équipementier subit une double peine. Comme lors de son précédent profit warning, il doit s’adapter à la décision d’IHS Markit de dégrader son anticipation de la production automobile mondiale pour 2021, sur laquelle sont bâties certaines de ses prévisions. Il y a trois semaines, la société d’études économiques a réduit d’environ 1 million d’unités la production de véhicules en Europe au second semestre – elle devrait désormais atteindre 6,8 millions d’unités. Or, l’Europe représente entre 45% et la moitié du chiffre d’affaires de Faurecia.
Pour ne rien arranger, la dépendance de l’équipementier allemand Hella, que l’équipementier français est en voie d’acquérir, à l’égard du marché européen est encore plus forte : le continent pèse près de 60% de son chiffre d’affaires. Comble de malchance, Hella a vu le fonds activiste Elliott porter sa participation à 10,75% au capital du groupe allemand – dans le but d’en monnayer la vente à un prix supérieur aux 60 euros proposés par Faurecia et déjà acceptés par les actionnaires de Hella représentant 80% de son capital. En Allemagne, un retrait de cote nécessite d’atteindre le seuil de 90%. La présence d’un activiste rompu aux négociations dures pourrait rendre la tâche de Patrick Koller plus ardue, rappelant le bon vieux "green mailing" des hedge funds lors des OPA de la décennie 2000. Si le succès de l’OPA ne fait in fine guère de doute, tout retard et toute complication sera particulièrement néfaste au Français dans le contexte actuel.
Victime de la "great resignation" outre-Atlantique
Le groupe, en particulier à travers son résultat opérationnel, subit également une autre conséquence de la pandémie : la pénurie de main-d’œuvre. Elle affecte le lancement de son projet industriel dans les sièges dans l’Etat américain du Michigan, pour lequel Faurecia manque de main-d’œuvre qualifiée et stable – un phénomène persistant aux Etats-Unis appelé "great resignation" ("grande démission"), selon lequel les travailleurs mis au chômage par les conséquences de la crise sanitaire, insatisfaits des conditions qu’on leur propose, retardent leur retour sur le marché de l’emploi. Le Michigan est la place forte historique de l’automobile américaine.
En outre, les constructeurs, confrontés aux mêmes pénuries et engorgements logistiques, enchaînent les arrêts et redémarrages de leurs chaînes d’assemblage, provoquant des à-coups ingérables pour leurs fournisseurs, organisés pour les livraisons en juste-à-temps. La difficulté à planifier et gérer les stocks pèse sur le besoin en fonds de roulement.
Les investisseurs ont mal pris la nouvelle (l’action Faurecia chutait encore de plus de 6% cet après-midi), qui se répercute d’ailleurs sur l’ensemble des valeurs automobiles, en particulier les équipementiers. En septembre, Faurecia avait été le premier de son secteur à émettre un avertissement mais celui-ci avait été paradoxalement bien accueilli, parce qu’il apportait une certaine visibilité.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui étant donné que les nuages s’accumulent au-dessus de l’industrie automobile mondiale. Et l’émergence du nouveau variant "Omicron", réputé plus contagieux et plus résistant, a provoqué les premières fermetures de liaisons internationales et laisse entrevoir de nouveaux blocages, donc à terme de nouveaux goulets d’étranglement et de nouvelles pénuries.
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