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Morgan Stanley / Emmanuel Goldstein
L'année 2022 vue par... Emmanuel Goldstein, responsable pays et directeur général de Morgan Stanley France
Quels ont été les principaux enseignements de l'année 2021 ?
Dans un contexte économique fluctuant impacté par une crise sanitaire sans précédent, le secteur financier a démontré sa résilience et la place de Paris ses grandes qualités pour devenir incontournable en Europe : profondeur et qualité du vivier de professionnels, crédibilité et compétence des régulateurs, relative stabilité fiscale, développement des infrastructures d’accueil, en particulier l’enseignement bilingue.
C’est également une année très dense en matière de fusions-acquisitions, marquée par quelques grandes opérations tentées ou réalisées (Auchan/Carrefour, Equans, rachats des minoritaires de Natixis et de la CNP…) dans des secteurs très variés, particulièrement médiatiques et aux enjeux multiples, alors que les stratégies de croissance externe des grands groupes français se veulent de plus en plus offensives à l’international (Saint-Gobain, Faurecia, CMA CGM…). Dans le private equity, relevons qu’il y a eu une accélération de la vitesse de rotations des actifs détenus par les fonds.
Le marché ECM [marché primaire actions, ndlr] a été actif par à-coups mais il a connu de belles opérations (Aramis Auto, OVH, Antin Infrastructure…), preuve qu’avec la belle histoire, la bonne equity story, les investisseurs répondent présents malgré une sélectivité et des exigences accrues face à une offre abondante.
Enfin, en termes de secteurs d’activité, la tech présente une forte attractivité et des avantages uniques par ses capacités d’innovation et de révolution des marchés sur lesquels elle se positionne (Vestiaire Collective, ManoMano…), ce à quoi il faut ajouter l’environnement, clé pour notre avenir, et bien sûr la santé, dont le caractère intrinsèquement essentiel pour nos sociétés n’est plus à démontrer.
L'évolution de la situation en 2020 et 2021 a-t-elle été conforme à vos scénarios de début de crise ?
La forte volatilité nourrie par les incertitudes inhérentes au contexte sanitaire a rendu difficile l’élaboration de scénarios concrets et a rebattu toutes les cartes existantes. De nombreuses hypothèses ont été émises, mais le niveau d’activité record auquel nous devons faire face n’était pas le scenario privilégié ! Pour autant, nous n’avons jamais freiné les investissements, affichant une grande confiance dans les perspectives du secteur financier français et plus particulièrement de nos métiers.
En parallèle, la crise n’a pas freiné les retombées positives du Brexit pour l’Europe continentale : celles-ci sont de plus en plus visibles en France, en Allemagne, aux Pays-Bas ou encore en Italie, où les places financières se développent.
Comment jugez-vous l'action des pouvoirs publics et de l'UE au cours de cette période ?
D’une part, le gouvernement français reste pro-business : le contexte politique a notoirement changé en quelques années, ce qui a permis de renforcer drastiquement l’attractivité de la place financière de Paris. Les effets vertueux de ces actions positives devraient perdurer.
D’autre part, les enjeux de souveraineté dans certains secteurs stratégiques se font par ailleurs de plus en plus prégnants et le renforcement du contrôle des acquisitions étrangères par l’Union Européenne témoigne de cette prise de conscience renforcée de la nécessité de défendre nos plus belles entreprises et pépites.
Quelles sont vos anticipations majeures pour 2022 ?
Les nouvelles évolutions du contexte sanitaire, les tensions inflationnistes nourries par la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, et le contexte des élections présidentielles appellent à la prudence. Nous nous trouvons de plus dans un plateau haut de cycle (nombre d’opérations record, valorisations et prix particulièrement élevés, environnement de liquidité favorable) et notre métier étant relativement cyclique, des fluctuations sont à anticiper.
Pour autant, les marchés semblent s’être habitués aux nouvelles vagues épidémiques, en témoigne la résilience du CAC 40 et des autres grands indices à travers le monde qui se trouvent désormais à des niveaux record, supérieurs à ceux d’avant-crise 2007. 2021 n’a pas connu non plus d’opérations jumbo de la taille de Veolia-Suez, LVMH-Tiffany’s ou la fusion créant Stellantis. Il est probable que certaines grosses opérations structurantes interviendront en 2022. La stabilité de l’environnement politique et les actions favorables entreprises par le gouvernement français ces dernières années se veulent rassurantes pour les investisseurs étrangers, et devraient continuer à jouer en notre faveur.
Enfin, des marges de manœuvre subsistent pour renforcer encore davantage le pouvoir de la Place Financière de Paris en Europe continentale, il ne tient qu’à nous d’en saisir les opportunités ! Forte attractivité de Paris, qualité de l’enseignement international et de manière générale de la vie, meilleur alignement des fuseaux horaires, fine connaissance des marchés financiers et grande expertise de notre régulateur… nous avons toutes les cartes en main pour nous distinguer. Le prochain gouvernement aura un rôle important à jouer en ce sens.
Comment intégrez-vous les aléas de la pandémie dans vos anticipations et vos projets ?
Les opérations sont de plus en plus complexes du fait de l’environnement actuel, aussi bien en termes de structuration, de négociation que de vélocité et rapidité d’exécution. Chez Morgan Stanley, notre grande expertise dans certains secteurs d’activité comme notre capacité à lire et à comprendre les marchés sont clés dans le conseil et l’accompagnement quotidien de nos clients, qui nous accordent en retour leur confiance sur le long terme.
Il est indispensable de nos jours de faire preuve d’une grande capacité d’adaptation, de flexibilité, d’innovation… mais aussi de patience. La plateforme internationale de Morgan Stanley constitue également un atout certain pour faire face aux aléas de la pandémie.
En dehors de la pandémie, d'où pourraient venir les tensions les plus fortes (économiques, politiques, diplomatiques, etc.) ?
Outre la montée de l’inflation, il est clair que de nouvelles tensions géopolitiques émergent et des alliances se forgent. L’Europe devra plus que jamais afficher un front uni pour faire poids et preuve d’influence sur la scène internationale. Le plan de relance européen historique et la grande solidarité que nous avons affichée ces deux dernières années ont envoyé un message clair. La Présidence Française de l’Union Européenne constitue une chance pour faire valoir notre vision de l’Europe, mettre en œuvre un nouveau modèle de croissance européen et avoir un impact réel.
D’un point de vue macro, il faut prendre en compte également, la mise en œuvre très progressive par les grandes banques centrales de la réduction du surplus de liquidité qui devraient engendrer une plus forte volatilité des projections économiques.
Si vous deviez souffler au futur président (ou présidente) une ou deux mesures susceptibles de soutenir la croissance et l'emploi, quelles seraient-elles ?
Il faut que les politiques engagent une très forte simplification des modalités de création d’entreprises portant non seulement sur les modalités d’enregistrement, mais aussi sur l’accès simplifié à une couverture sociale de qualité pour le créateur d’entreprise.
Pour soutenir nos filières stratégiques en France, il faut continuer à favoriser la réorientation de l’investissement privé vers les actions, à travers par exemple l’orientation de l’épargne française vers les start-ups, PME et ETI.
Pour finir, le développement d’une politique environnementale plus engagée pour soutenir l’émergence d’une croissance verte, car la transition énergétique et la protection de notre planète sont indispensables pour notre futur et représentent le véritable "défi de notre siècle".
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