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Morgan Stanley / M&A / fusions acquisitions / Emmanuel Goldstein

Morgan Stanley perçoit le retour des grandes manœuvres dans le M&A en France / La reprise pourrait s’amorcer à la rentrée

A l’arrêt depuis le second semestre 2022, le marché des fusions et acquisitions en France pourrait amorcer son redémarrage avant la fin de cette année, si l’on en croit les signes avant-coureurs décelés par Emmanuel Goldstein, le directeur général de Morgan Stanley France, et Jean-Baptiste Charlet, qui co-dirige les activités de banque d'investissement de la filiale française de la banque américaine.
Emmanuel Goldstein, le directeur général de Morgan Stanley France - Hans Lucas via AFP
Emmanuel Goldstein, le directeur général de Morgan Stanley France - Hans Lucas via AFP

Atone depuis de longs mois, avec une léthargie qui s’est poursuivie au deuxième trimestre, le marché des fusions-acquisitions pourrait cependant bientôt amorcer une reprise. Tandis que le semestre qui s’achève "est le plus calme statistiquement depuis très longtemps ", il y a aussi parallèlement "beaucoup de grandes manœuvres en cours ", constate Emmanuel Goldstein, le directeur général de Morgan Stanley France.

Pour l’instant, l’activité des fonds de private equity qui soutenaient largement le marché du M&A, à l'arrêt depuis le début du second semestre 2022, n’a toujours pas véritablement redémarré. Bien sûr, il y a eu malgré tout quelques opérations. Notamment, Morgan Stanley a conseillé April Group lors de sa vente au fonds KKR et le fonds britannique Bridgepoint pour le rachat du laboratoire Vivacy. Deux deals intervenus au second semestre de l’année dernière.

S’agissant de 2023, Morgan Stanley a parfois conseillé des transactions qui sont allées très vite, comme l’acquisition par Wendel de la société de conseil en ingénierie Scalian. Une opération sans processus d’enchères, "seulement des discussions bilatérales, cela s’est fait en quelques semaines. Nous avons présenté les uns aux autres, les premiers échanges se sont noués en février, et en avril un accord était conclu", raconte le dirigeant de la branche française de la banque américaine.

 

Quelques beaux deals

 

Pour le patron de Morgan Stanley France, qui s'exprimait lors d’une récente rencontre avec des journalistes, il y a tout de même eu aussi "quelques beaux deals" depuis le début de l’année, notamment dans le secteur des transports et des infrastructures, comme le rachat de Bolloré Logistics par CMA CGM. "Un dossier que nous avons accompagné de longue date et qui a fini par se faire entre deux acteurs stratégiques", a rappelé Emmanuel Goldstein. "Ce qui est probablement à l’image de ce premier semestre, marqué par très peu d’opérations de sponsors et quelques opérations stratégiques ", a-t-il ajouté. 

Dans l’ensemble, le premier semestre a "marqué un point bas" comparé aux volumes des années précédentes, a également souligné de son côté Jean-Baptiste Charlet, co-responsable de la banque d'investissement en France de Morgan Stanley. Le peu d’opérations de plus d’un milliard d’euros étant symptomatique de la faiblesse du marché. "Typiquement, en France, il y a entre 25 et 40 opérations de ce type par an, voire 45 les bonnes années, alors que nous en sommes à moins de 10 au premier semestre, dont Casino et Orpea, qui sont des opérations de restructuration", a-t-il indiqué. 

 

Déconnexion

 

La raison ? Les opérations butent principalement sur des visions trop éloignées sur le prix. "Il y a une déconnexion", souligne Emmanuel Goldstein. Avec une difficulté à concilier le montant que le vendeur est prêt à cristalliser et celui que l’acheteur est disposé à payer, en particulier lorsqu’il s’agit d’un acteur du private equity dont les critères de rendement vont limiter ses marges de manœuvre dans le contexte de taux devenus plus élevés.

De leur côté, les acteurs stratégiques ne sont généralement pas pressés. Face à un vendeur du private equity jugé trop exigeant sur le prix, l’acteur stratégique a tendance à se dire que "le plat repassera probablement", explique Emmanuel Goldstein. Il peut en effet continuer de croître de manière organique ou s’intéresser à des cibles n’étant pas dans le giron du capital investissement.

Pour autant, les signes avant-coureurs d’une reprise sont perceptibles. Le retour des grandes manœuvres "se voit dans l’accroissement des échanges avec nos clients", constate le directeur général de Morgan Stanley France. C’est particulièrement visible dans le secteur de la distribution, où le dossier Casino attise de nombreuses convoitises, la situation étant favorisée par le fait que le secteur de la distribution en France est beaucoup moins consolidé que celui de ses voisins européens.

 

Des poches pleines

 

Dans l’aéronautique également, le secteur aérien en général et la défense, les conditions pour un retour des opérations sont là. "Les poches sont pleines", alimentées par le rebond de l’aéronautique civile post-Covid et la relance des dépenses militaires consécutives à la guerre en Ukraine, souligne Emmanuel Goldstein. Par ailleurs tous secteurs confondus, " beaucoup de clients regardent vers les Etats-Unis, c’est un thème récurrent, pour gagner des parts de marché, pour accéder à certaines technologies, les vents porteurs sont très importants", note pour sa part Jean-Baptiste Charlet. 

D’autant que les bilans des grands groupes corporate français, du CAC 40 notamment, sont très solides. Alors que ces grandes entreprises ont pour une grande partie d’entre elles été façonnées par la croissance externe, la plupart d’entre elles ont été très calmes sur le front des fusions acquisitions depuis trois ans. Si bien qu’ "elles sont prêtes à passer à l'action", constate Emmanuel Goldstein.

Pour qu’il y ait reprise, davantage de visibilité sur la macroéconomie reste toutefois nécessaire. En particulier sur les paramètres essentiels que sont l’’inflation et la croissance. Or, si l’inflation se situe toujours à des niveaux très élevés, le consensus s’attend à ce qu’elle redescende d’ici la fin de l’année pour retrouver des niveaux de 3% ou inférieurs en 2024. Ainsi, "les corporate commencent à l'anticiper et cela se traduira dans l’activité", prédit Jean-Baptiste Charlet.

 

La dette se dégrippe

 

Du côté des acteurs du private equity, l’un des catalyseurs de la reprise attendue vient d’abord d’un constat. Celui que de nombreux fonds étrangers, britanniques, américains ou bien des fonds souverains, ouvrent des bureaux à Paris. Ce qui laisse à penser que tous ces professionnels croient au dynamisme de la place parisienne.

D’autre part, "nous voyons la dette qui se dégrippe", poursuit Jean-Baptiste Charlet, tandis que les spreads se normalisent peu à peu. Des opérations de LBO qui se finançaient à des rendements de 11% ou 12% l’été dernier pour des notations "BB" se financent désormais plutôt dans une fourchette de 7,5% à 10%. Ce qui laisse à penser que "dès que les opérations vont repartir, le financement devrait redevenir disponible assez rapidemen", estime le responsable. "Cela va prendre quelques trimestres. Le marché est encore convalescent, mais nous sommes convaincus qu'il y a la liquidité sous-jacente pour l’alimenter", ajoute-t-il.  

Autre catalyseur, le besoin des fonds de faire tourner leur portefeuille. A ce stade, les acheteurs et les vendeurs ont encore souvent des difficultés à se mettre d’accord sur le prix. Ce qui est notamment lié à des perceptions différentes sur les business plans. Mais cela finira par converger à nouveau. " C'est une question de trimestres". Et d’ores et déjà, "nous pensons qu’un certain nombre d'opérations pourraient être lancées à partir de la rentrée", prévoit Jean-Baptiste Charlet. 

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