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Macro-économie / Taux / Emmanuel Goldstein / Morgan Stanley

Macro-économie / Taux
Emmanuel Goldstein / Morgan Stanley

exclusif L’année 2024 vue par… Emmanuel Goldstein / CEO France Morgan Stanley

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2024 après une année 2023 marquée par le début de la désinflation, la multiplication des tensions géopolitiques, le boom de l’intelligence artificielle générative ou encore les premières retombées des resserrements monétaires sur l’économie réelle. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Emmanuel Goldstein, CEO France Morgan Stanley
Emmanuel Goldstein, CEO France Morgan Stanley

Quel est votre scénario de croissance pour l’Europe et la France ? De quelle manière les trois risques géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien et les élections présidentielles américaines) affectent-ils vos prévisions ?

 

Pour l’ensemble de la zone euro, nous prévoyons, chez Morgan Stanley, une croissance de seulement 0.5 % en 2024 et une modeste accélération à 1.0 % en 2025. Et la France ne se démarquera pas tellement avec 0.9 % en 2024 et 1.0 % en 2025. En 2024, la baisse de l’inflation et la bonne tenue du marché du travail devraient soutenir un rebond de la consommation des ménages. Mais la politique monétaire restrictive va continuer de peser sur l’investissement tandis que l’environnement extérieur, notamment en Chine, reste peu porteur, ce qui freine nos exportations. En 2025, ces freins se desserreront probablement mais la croissance européenne sera limitée par des enjeux plus structurels : l’adaptation à la nouvelle donne énergétique et le retournement démographique pèsent sur le potentiel de croissance de l’Europe.

 

La remontée des défaillances d’entreprises vous inquiète-t-elle ?

 

Il y a avant tout une forme de normalisation dans la remontée actuelle des défaillances d’entreprises. Les très importants soutiens publics aux entreprises pendant le Covid puis la période de forte inflation ont fortement soutenu les bilans et les défaillances avaient fortement chuté. Elles retrouvent aujourd’hui un niveau plus en lien avec une activité économique qui n’est pas très dynamique mais résiste. Nous notons en particulier que le taux de chômage reste à un niveau historiquement bas et que le marché du travail reste tendu donc nous ne voyons pas de signe d’une trop forte détérioration.

 

Les Banques centrales ont fortement augmenté leurs taux d’intérêt, cela vous paraît-il suffisant pour que l’inflation atteigne 2 % l’an ? Êtes-vous en faveur du relèvement cette cible ?

 

L’inflation en zone euro a baissé à 2.4 % en novembre en zone euro et nous prévoyons que l’inflation sera revenue à la cible de 2 % en août 2024. Cette baisse est le résultat de la baisse des prix du gaz et du pétrole après les pics que nous avons connus en 2022, de l’absence d’emballement des salaires et de l’action de la BCE qui pèse sur l’activité. Des risques demeurent, en lien avec la volatilité des commodités dans un contexte géopolitique tendu ou parce que les salaires restent dynamiques dans certains pays comme l’Allemagne. Mais 2 % est en vue, donc il n’y a pas de raison de vouloir changer la cible maintenant.

 

Les marchés obligataires ont montré de forts signes de nervosité ces derniers temps, pensez-vous que les coûts auxquels se financent États et entreprises pourraient encore croître après la fin de la hausse des taux d’intérêt directeurs ces derniers mois ?

 

Ce qui semble inéluctable, c’est que les coûts de financements vont rester durablement plus élevés que ce qu’ils ont été pendant la décennie précédente. C’est un enjeu pour tout le monde, et notamment certains États européens. La combinaison de déficits élevés avec des perspectives de croissance modérée emporte un risque que les dettes publiques augmentent encore plus en cas de choc défavorable.

 

En début d’année, des banques américaines liées au secteur de la tech ont fait faillite et UBS a été contraint de se porter au secours de Crédit Suisse, quel est, selon vous, le plus gros risque pour la stabilité financière qui pourrait apparaître en 2024 ?

 

Nous sommes à l´évidence dans un environnement particulièrement incertain, avec des risques financiers significatifs. A ce stade, les ménages et les entreprises ont bien supporté la hausse du coût de la dette, notamment grâce à des bilans globalement solides. Mais, nous sommes loin d´avoir encore vu la totalité de l´ajustement nécessaire et ceci reste un challenge pour l´année à venir. La faible croissance que nous attendons va aussi peser sur la valorisation des actifs et nous pourrions en particulier voir des corrections significatives dans l´immobilier commercial et résidentiel.

 

Dans le cas de la France, la crise du logement constitue-t-elle une bombe à retardement ? Si oui, quelles mesures préconiseriez-vous pour la désamorcer ?

 

Il est indéniable que la forte remontée des taux a un impact très fort sur la construction et le secteur du logement. C’est à l’évidence là où on voit le plus clairement l’impact de la politique monétaire sur l’activité réelle. Mais le secteur du logement ne souffre pas que de conditions de financement plus difficiles. Il y a aujourd’hui comme hier des enjeux sur l’offre de logements, liés par exemple à la qualité du parc ancien, à la disponibilité du foncier, ou aux infrastructures de transport. Lever ces freins favoriserait une offre plus élevée, même avec les conditions de financement actuelles.

 

Comment se présente le marché des fusions et acquisitions en 2024 ? Voyez-vous des signaux laissant présager un rebond des opérations ?

 

Quelques grandes opérations de M & A en 2023 en France et aux États-Unis nous donnent des raisons d’être optimistes pour l’année 2024, bien que nous soyons dans une période d’attentisme depuis septembre. L’amélioration de l’environnement macroéconomique avec une baisse attendue de l’inflation et des taux d’intérêt devraient influencer positivement la confiance et stimuler les opérations. Deux autres éléments clés alimentent notre anticipation d’un rebond du M & A : un backlog d’opérations accumulées et un potentiel regain d’intérêt des grandes entreprises françaises, historiquement très acquisitives, pour réaliser des opérations de croissance, d’autant que leurs bilans ont été renforcés avec une génération de cash importante depuis la crise du COVID-19. Enfin, la disponibilité de la liquidité sur les marchés, comme le démontre par exemple les mille milliards d’equity disponibles dans les fonds d’investissement, va participer à cette reprise. Le marché du M & A est cyclique et est corrélé à l’activité économique mais nous pensons qu’en 2024, il va s’ouvrir avec des volumes importants.

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