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Valeo monte de deux crans dans les moteurs électriques
La crise sanitaire a accéléré les transitions économiques et sociétales. L'électrification des véhicules et la transition écologique sont aux premières loges - c'est pourquoi les constructeurs comme les équipementiers automobiles ont décuplé leurs efforts d'investissement en la matière.
Valeo, qui a fait de la motorisation électrique haute et basse tension l'une de ses priorités, a passé la seconde en faisant deux annonces coup sur coup la semaine dernière. D'une part, il a exercé de son option d'achat (call) sur les 50% du capital qu'il ne détenait pas encore dans Valeo Siemens eAutomotive, une société commune spécialisée dans le moteur haute tension lancée en 2016 avec le conglomérat allemand Siemens. D'autre part, à travers notamment ce joint-venture, Valeo s'est associé avec le constructeur Renault pour développer un moteur électrique innovant, puisqu'il se passerait de terres rares.
La possibilité pour Valeo d'acquérir le solde du capital de Valeo Siemens eAutomotive et celle pour Siemens de déclencher sa vente de sa part (put) étaient prévues dans l'accord d'origine entre les deux équipementiers. Le nouveau contexte a été déterminant dans le timing de la transaction. "Le marché de l'électrification ne cesse d'accélérer dans l'automobile. Nous l'estimons à 92 milliards d'euros en 2030, contre 22 milliards aujourd'hui. C'est le bon moment pour acquérir 100% de Valeo Siemens eAutomotive. Dans ce contexte, l'intégration de la joint-venture dans Valeo permettra d'accroître notre innovation, notre compétitivité et notre profitabilité et donnera au groupe des arguments supplémentaires pour convaincre ses clients", explique à WanSquare Christophe Perillat, le tout nouveau directeur général de Valeo qui a succédé à Jacques Aschenbroich fin janvier.
La transaction a un coût : l'acquéreur déboursera 277 millions d'euros pour les actions de la coentreprise, tandis qu'il enregistrera 741 millions d'euros de dette nette supplémentaire. Il présentera une nouvelle trajectoire de désendettement à l'occasion de la publication de ses comptes 2021 et de sa nouvelle stratégie pour 2025.
A ce jour, la société commune perd encore de l'argent - davantage que prévu. Le déficit a atteint 510 millions d'euros en 2021, mais Valeo estime pouvoir le réduire de moitié en 2022. "Nous pensions que cette joint-venture ferait mieux en termes de rentabilité lorsque nous nous sommes exprimés en 2019, au moment de nos premières livraisons. Mais les ventes de nos clients ont été inférieures aux prévisions en raison des contraintes de production en 2020 et 2021, qui se poursuivront dans une moindre mesure en 2022", pointe Christophe Perillat. Il énumère les réalisations de cette coentreprise, sur laquelle l'équipementier fondait beaucoup d'espoir, dès son lancement. Au bout de cinq ans d'existence, Valeo Siemens eAutomotive représente plus de 4 000 salariés (dont 1 600 ingénieurs), plus de 2 000 brevets, 21 clients constructeurs, 90 modèles lancés avec une technologie Valeo Siemens eAutomotive, qui équipe deux voitures électriques sur trois dans le monde, et 8 usines. "C'est absolument massif", insiste Christophe Perillat.
Le groupe français nourrit d'ailleurs de grandes ambitions dans l'intégration de Valeo Siemens eAutomotive dans le pôle "Systèmes de propulsion" après le 1er juillet prochain. Elle qui pesait 750 millions d'euros de chiffre d'affaires l'année dernière, vise 1,1 milliard en 2022 et doit aider le pôle à atteindre de nouveaux objectifs financiers : une croissance supérieure à 12% par an entre 2021 et 2025, des synergies annuelles de 120 millions d'euros à partir de 2025, une marge d'Ebitda passant de 5,8% en 2021 à plus de 8% en 2022 puis dépassant 11% en 2025, ainsi qu'un flux de trésorerie disponible avant impôts à l'équilibre en 2022 et de 350 millions d'euros dans trois ans, lui permettant d'autofinancer sa croissance.
"Systèmes de propulsion" va donc réunir sous un même toit les moteurs à basse tension (48 volts) nécessaires aux véhicules hybrides et à haute tension (60V), indispensables aux voitures 100% électriques. Un mariage qui n'inquiète pas Christophe Perillat. "Il n'existe pas deux 'maisons'. Les compétences sont les mêmes. Notre projet est de rassembler les ingénieurs dans une même entité afin d'accélérer dans la haute tension. Nous sommes en mesure de financer cette transition grâce aux produits actuels", insiste-t-il.
Valeo vise un poids supérieur à 10% dans le marché de l'électrification accessible aux équipementiers à l'horizon de 2030.
Les terres rares : un défi environnemental et géopolitique
Le contrôle de 100% du joint-venture permet une gouvernance et des relations plus fluides au sein du groupe comme avec les constructeurs. C'est pourquoi les deux annonces sont liées et l'intégration de Valeo Siemens eAutomotive a facilité la signature du protocole d'accord pour développer avec Renault un moteur de nouvelle génération à haute tension.
Le sujet des terres rares est au centre des critiques sur les véhicules à batterie électrique - en particulier face à la technologie (moins avancée pour l'instant) de la pile à combustible, qui fonctionne à l'hydrogène. Elles posent un défi à la fois environnemental (leur extraction) et de souveraineté (la Chine détient une part importante de ces ressources).
Les batteries actuelles utilisent un aimant permanent, qui a besoin de terres rares. Celle sur laquelle vont plancher ensemble fonctionne avec des aimants "excités" électriquement, grâce notamment à deux pièces essentielles au moteur : le rotor et le stator. "Renault dispose d'une compétence du meilleur niveau dans le rotor [de technologie EESM, ou moteur synchrone à excitation électrique, ndlr] et il a trouvé que notre stator était du meilleur niveau également. La combinaison des deux a donné des résultats exceptionnels", affirme Christophe Perillat. Les deux protagonistes veulent être en mesure de produire "à grande échelle" un moteur électrique de 200kW à partir de 2027. Ils veulent monter "rapidement" à au moins 1 million d'unités par an. Renault produira ces nouveaux moteurs pour les besoins de ses marques, tandis que Valeo pourra le commercialiser à ses clients constructeurs, dans des versions adaptées aux particularités de chacun.
Le potentiel du futur moteur est encore difficile à évaluer précisément, étant donné qu'il dépend d'éléments extérieurs. "La part de marché de cette technologie dépendra du prix et de la disponibilité des terres rares. Dans un premier temps, nous pensons que cette technologie éliminant les terres rares va pouvoir capter environ 15% du volume de l'ensemble des motorisations électriques", explique le directeur de Valeo.
Mais le groupe compte bien se tailler la part du lion. Valeo revendique en effet être l'unique équipementier présent sur le marché des moteurs sans terre rare pour l'instant. Les moteurs existants dont les aimants sont excités électriquement sont développés en interne par de rares constructeurs, en l'occurrence Renault et l'allemand BMW. Valeo et Renault revendiquent de lancer une nouvelle génération plus performante.
Dans le monde de l'électrique, dont la progression est inexorable, Valeo renforce ainsi son positionnement de motoriste.
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