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Stellantis bluffe son monde
Les désorganisations subies par le secteur automobile en 2021 ont glissé sur Stellantis comme l’eau sur les plumes d’un canard. Le quatrième constructeur mondial, issu de la fusion entre PSA (marques Peugeot, Citroën, Opel et DS) et FCA (Fiat, Alfa Romeo, Lancia, Maserati, Chrysler, Jeep, Dodge…), a publié ce matin des résultats exceptionnels en dépit de la pénurie de semi-conducteurs, de la flambée des prix, des goulets d’étranglement dans les flux logistiques mondiaux et de la persistance de la crise sanitaire. Pour sa première année d’existence, le groupe a très largement dépassé ses objectifs de rentabilité, qui démontre son efficacité à dégager les synergies dans le cadre de la fusion. Les investisseurs ont applaudi des deux mains, l’action s’adjugeant jusqu’à 6% en séance.
Son bénéfice net a quasiment triplé si on le compare au bénéfice qu’aurait affiché Stellantis en 2020, pour atteindre 13,4 milliards d’euros. Le constructeur affiche également une marge opérationnelle courante de 11,8% alors qu’il anticipait un ratio simplement supérieur à 10%. L’écart est encore plus significatif par rapport à la marge pro forma de 2020, où elle ressort à 6,9%.
Ce quasi-doublement est en partie le fruit des 3,2 milliards d’euros de synergies dégagées l’année dernière. Le directeur financier Richard Palmer a d’ailleurs précisé que le groupe était en avance sur son objectif d'atteindre 80% des cinq milliards d'euros de synergies d'ici à 2024.
Stellantis retire également les fruits de l’alignement croissant de ses gammes à la demande des consommateurs : il a favorisé les SUV et pick-up, beaucoup plus rentables que les berlines et les voitures compactes. Le phénomène produit son résultat le plus frappant aux Etats-Unis, premier marché mondial pour ces modèles : grâce à ces modèles de marques Jeep, RAM et Dodge, la marge du constructeur en Amérique du Nord bondit de plus de 600 points de base (pb) et atteint un record de 16,3%.
Stellantis a également redressé la rentabilité de ses activités en Amérique du Sud, dont les économies ont beaucoup souffert ces dernières années : la marge est passée de 2,5% à 8,3% en un an.
La marge a progressé de 370 pb en Europe, où elle atteint un niveau rare de 9,1%. Mais le fossé se creuse avec l’Amérique du Nord. Cet écart signifie que la dépendance du groupe à l’égard des Etats-Unis s’accroît encore (Chrysler, qui recouvrait l’ensemble des marques américaines de FCA, représentait déjà quasiment 100% des bénéfices du constructeur italo-américain avant la création de Stellantis) – un problème auquel ses dirigeants devront s’atteler.
Le rebond le plus impressionnant concerne Maserati, déficitaire en 2020 mais dont Stellantis veut faire un axe emblématique, les marques automobiles très haut de gamme affichant des valorisations plus proches du secteur du luxe que de celui de l’automobile. Sa marge a bondi de 1 170 pb et atteint 5,1%. Son nouveau SUV, baptisé "Grecale", dont les livraisons démarreront mi-2022, "marquera un tournant pour la marque", a d’ailleurs indiqué son directeur général Carlos Tavares. De quoi encore favoriser la génération de marge du groupe.
La capacité de Stellantis à dégager des gains de productivité si importants offre une perspective extrêmement rassurante en perspective des investissements colossaux que les constructeurs doivent réaliser au cours des quinze prochaines années pour figurer parmi les gagnants de la transition vers les véhicules électriques (les livraisons de véhicules à faibles émissions ont bondi de 160% en 2021, à 388 000 unités). La très bonne génération de cash du groupe lui permet en outre de conserver une trésorerie nette importante, qui représente environ un tiers de sa capitalisation boursière (signe également de la sous-valorisation de Stellantis par la Bourse). En 2021, il a dégagé un flux de trésorerie industrielle disponible de 6,1 milliards d’euros et il affiche une liquidité industrielle disponible de 62,7 milliards. Des performances appuyées également par une hausse de 14% du chiffre d’affaires, à 152 milliards d’euros.
Du côté des perspectives, Carlos Tavares a été relativement avare en précisions, renvoyant au plan stratégique à long terme qui sera détaillé le 1er mars. Stellantis compte dégager une marge opérationnelle ajustée d’au moins 10% en 2022, ainsi qu’un flux de trésorerie industrielle disponible positif, dans un contexte de poursuite de l’inflation des matières premières et d’une réduction progressive des pénuries de semi-conducteurs. Il prévoit une progression du marché automobile de 3 % en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe.
Dans un geste plutôt rare, Stellantis a voulu partager avec l’ensemble de ses parties prenantes le redressement de ses profits. Il entend verser d'un dividende ordinaire de 1,05 euro par action à ses actionnaires, soit un montant total de 3,2 milliards d'euros, et distribuer 1,9 milliard à ses salariés. Pour la France, cela représente une prime minimale de 4 000 euros et moyenne de 4 400 euros pour chaque salarié gagnant jusqu'à 2,5 fois le Smic. En outre, la direction du groupe en France a proposé une augmentation de salaire de 3,2%.
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