Macro-économie / Taux / Inflation / Zone euro / Banque centrale européenne / guerre / énergie
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Inflation / Zone euro / Banque centrale européenne / guerre / énergie
L’inflation européenne explose les compteurs
L’inflation de la zone euro n’en finit plus d’accélérer. En mars, l’indice des prix à la consommation harmonisé a progressé de 7,5 % sur un an, contre 5,8 % le mois précédent, d’après les données publiées par Eurostat, soit 0,9 point au-dessus du consensus. Rappelons que la Banque centrale européenne (BCE) s’attendait à une inflation moyenne de 5,6 % au premier trimestre, elle s’établit finalement à 6,1 % - cette prévision prend en compte la guerre russo-ukrainienne.
Evidemment, cette nouvelle accélération de l’inflation est avant tout due au bond très violent des prix de l’énergie, produit de l’invasion russe de l’Ukraine déclenchée fin février. En effet, les chiffres de leur évolution sont vertigineux et montrent que cette situation n’est pas soutenable : en rythme annualisé, les prix de l’énergie ont plus que quadruplé en mars (ils ont crû de 44,7 % sur douze mois).
Résumer la dynamique de l’inflation européenne à la seule énergie serait probablement une erreur ; les prix à la consommation de la zone euro semblent connaître des mouvements plus profonds, ainsi qu’en témoigne le comportement de l’inflation sous-jacente. Ajustée des prix de l’énergie, de l’alimentation, de l’alcool et du tabac (en somme les composantes les plus volatiles), cette dernière s’est établie à 3 % sur un an, soit un nouveau sommet depuis la création de la zone euro. Conséquence des perturbations affectant les chaînes d’approvisionnement depuis de nombreux mois (mais aussi de la hausse des prix de l’énergie), l’augmentation annuelle des prix des biens industriels hors énergie a atteint 3,4 % sur un an, tandis que celle des services s’affiche à 2,7 % (contre respectivement 3,1 % et 2,5 % en février).
"Pour ce qui est de l'avenir, toutes les dernières données d'enquête indiquent que les pressions sur les prix restent extrêmement fortes, de sorte qu'il y a de bonnes chances que l'inflation sous-jacente continue d'augmenter", estime Jack Allen-Reynolds, économiste senior chez Capital Economics, qui anticipe une inflation moyenne de 6,5 % cette année - contre 5,1 % selon la BCE - avec des aléas à la hausse. "En conséquence, nous pensons que la BCE conclura bientôt qu'elle ne peut plus attendre avant de commencer à relever les taux d'intérêt. Nous avons prévu trois hausses de 25 points de base pour cette année", ajoute l'économiste.
La BCE se trouve dans une position particulièrement délicate : deux forces contraires s’affrontent pour peser sur les perspectives d’inflation à moyen terme, celles qui déterminent la conduite de sa politique monétaire. Le phénomène a été assez bien résumé par Philip Lane, son chef économiste, dans une interview donnée à Politico il y a quelques jours. "D’une part, il y a l'inflation actuelle élevée, qui risque de créer sa propre dynamique par des effets de second tour. D'autre part, si nous assistons à une révision significative à la baisse de la demande, cela impliquera en soi une révision à la baisse de l'inflation à moyen terme. Il s'agit donc essentiellement de quantifier la puissance relative de ces forces", a-t-il expliqué.
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