Professions financières / Banque / Goldman Sachs / JPMorgan / Citigroup / Morgan Stanley
Professions financières
Banque / Goldman Sachs / JPMorgan / Citigroup / Morgan Stanley
L’Ukraine et l’inflation, les deux plaies des banques américaines au premier trimestre
Après un millésime 2021 exceptionnel pour les banques, qui ont su profiter admirablement du rebond de l’économie après la fin des confinements, l’année 2022 fera probablement pâle figure : elle devra absorber un effet de base particulièrement défavorable et les conséquences de la guerre en Ukraine. Les principaux établissements américains, qui publiaient pour la plupart leurs comptes du premier trimestre mercredi et jeudi dernier, n’ont pas démenti cette prémonition. Dans ce contexte très volatil, ils s’en sont sortis très différemment.
Sans surprise, les deux événements qui ont le plus irrigué les comptes sont l’inflation et la guerre en Ukraine. JPMorgan, la première des grandes banques mondiales à publier ses résultats, estime que le conflit lui a coûté 524 millions de dollars au premier trimestre : non pas parce qu’elle serait particulièrement exposée aux économies russe et ukrainienne, mais parce que les conséquences de la guerre sur le prix des matières premières pèsent sur les entreprises et les particuliers américains.
JPMorgan, qui craint ainsi une hausse des impayés et subit déjà une hausse de ses coûts (+2%) en raison de la violence de l’inflation aux Etats-Unis, a passé 902 millions de dollars de provisions. Au total, son bénéfice net a chuté de 42% à 8,28 milliards de dollars – une impression de recul accentuée par le fait que l’établissement avait repris 5 milliards de dollars de provisions au premier trimestre 2021. Les conséquences de la crise russe ont conduit sa rivale Goldman Sachs à provisionner 561 millions de dollars.
Dans ce domaine, le plus durement touché a été Citigroup. Banque américaine la plus exposée à la Russie (à hauteur de 7,8 milliards de dollars au 31 mars, contre 9,8 milliards au 31 décembre 2021), elle a dû provisionner 1,9 milliard de dollars pour couvrir ses expositions directes à la Russie et les conséquences de la guerre. Elle est victime à ce titre d’un effet de ciseau négatif, puisqu’elle avait repris des provisions un an plus tôt, ce qui avait artificiellement gonflé ses résultats. Citigroup accuse ainsi une chute de 46% de son bénéfice net, à 4,3 milliards de dollars.
La hausse des taux d’intérêt a pesé sur l’activité bancaire avec les particuliers, qui ont souscrit bien moins de crédits hypothécaires (-37% pour JPMorgan). Mais elle a gonflé les revenus issus des prêts – le crédit étant essentiellement à taux variable aux Etats-Unis (+6%). Globalement, la balance penche défavorablement : le chiffre d’affaires de JPMorgan avec les particuliers a reculé de 2% et son bénéfice de 57%.
Par ailleurs, l’instabilité actuelle a considérablement ralenti les transactions des entreprises, des fonds d’investissement et des Spac. Les revenus des activités de conseil (fusions-acquisitions, émissions sur les marchés de capitaux…) ont été pénalisés, sans compter qu’ils souffrent eux aussi de la comparaison avec l’année précédente. JPMorgan a vu ses revenus dans la banque d’investissement reculer de 7% (pour un chiffre d’affaires global en recul de plus de 6% à 30,7 milliards) et son bénéfice perdre 26%. L’activité plus calme a également fait souffrir Citigroup, dont les revenus en banque d’investissement se sont étiolés de 43%.
Même si les analystes s’attendaient à pire, Goldman Sachs, qui est essentiellement une banque d’affaires et de marché, a également subi un recul de plus de 40% de son bénéfice à 3,83 milliards de dollars. Outre l’effet des provisions, l’établissement a souffert d’une baisse de 36% de ses revenus de banque d’investissement (à 2,41 milliards). Les choses auraient pu être pires si ses activités de services aux particuliers et de gestion de fortune n’avaient pas eux connu un trimestre dynamique, avec un revenu en hausse de 21% à 2,1 milliards. Au total, les revenus de Goldman Sachs accusent une baisse de 27% à moins de 13 milliards.
Morgan Stanley (qui a très peu d’activités de détail et qui est très peu exposée à la Russie) a su parier sur les bons chevaux dans les fusions-acquisitions : la banque a quasiment doublé ses commissions dans cette activité. Mais elle a malgré tout souffert de la baisse d’activité dans le primaire actions ; dans l’ensemble, les revenus de conseil ont baissé de 37%. Une baisse qui a été partiellement compensée par les revenus de trading (+10% sur les actions et stable sur les obligations), ce qui montre que sur ce plan, Morgan Stanley a su jouer de la volatilité. Le groupe a ainsi dégagé une baisse de son bénéfice net moins importante que ne l’anticipaient en moyenne les analystes au premier trimestre, de 11% à 3,54 milliards de dollars. Ses revenus ont reculé de 6% à 14,8 milliards, là encore au-dessus du consensus.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

