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Vivendi / Lagardère / OPA / Bolloré
Et si Vivendi rachetait 50% de son propre capital ?
Moins d’un an après l’abandon par Lagardère de la commandite au profit du statut de société anonyme, mettant fin au pouvoir absolu d’Arnaud Lagardère, le groupe éditorial s’apprête à passer sous le contrôle de Vivendi. Le groupe de médias détenu à 29,5% par le groupe Bolloré a lancé le 14 avril son OPA sur le capital restant de Lagardère, dont il détient déjà 45,1% depuis le rachat en décembre dernier de la participation du fonds Amber Capital.
Soucieux de convaincre les actionnaires de Lagardère, le propriétaire de chaînes de télé Canal+, C8 et CNews et du groupe d’édition Editis avait relevé en février dernier son offre à 25,5 euros par action Lagardère, soit 1,4 euro de plus qu’annoncé en septembre 2021. La maison-mère de l’éditeur Hachette, du réseau Relay et des médias Europe 1, Paris Match et le Journal du dimanche est ainsi valorisée 3,6 milliards d’euros. Le prix est censé tenir compte du redressement opéré l’an dernier par Lagardère dans le contexte de la reprise économique. A côté de cette offre principale, les actionnaires qui ne sont pas convaincus ni pressés auront toujours la possibilité de répondre à une offre subsidiaire, leur donnant le droit de céder leurs actions au prix de 24,10 euros jusqu’au 15 décembre 2023.
Mais il serait surprenant que l’offre principale ne permette pas déjà à Vivendi de détenir plus de 50% de sa cible. Certes, Arnaud Lagardère, propriétaire de plus 11% des titres, a fait savoir qu’il ne serait pas vendeur, affirmant au contraire vouloir augmenter sa position à 15%. En revanche, "il est probable que groupe Arnault - qui détient 10% de Lagardère via la Financière Agache - et l’essentiel du flottant apportent le titre", estime un analyste. Par ailleurs, les intentions du Qatar vis-à-vis de sa participation de 11,5% (logée dans la Qatar Investment Authority) ne sont pas connues.
Alors que le conseil d'administration de Lagardère a recommandé à ses actionnaires de souscrire à l'offre afin de constituer "un grand groupe de culture européenne et d'envergure internationale", Vivendi n’a de toutes façons pas besoin de récupérer 100% des actions pour contrôler le groupe. Il n’est d’ailleurs pas dans son intention de retirer Lagardère de la Bourse. En apparence, Arnaud Lagardère resterait maître à bord de l’entreprise, mais de nouvelles règles de gouvernance feront irrémédiablement basculer le groupe dans une nouvelle ère.
Les accords signés il y a un an entre les actionnaires de Lagardère au moment du passage de l’entreprise en simple société anonyme prévoyaient que Vivendi ne puisse pas nommer plus de trois administrateurs au conseil. Mais le projet d’OPA de Vivendi stipule justement que cette règle cessera de s’appliquer "si un actionnaire vient à détenir, directement ou indirectement, la majorité du capital". Autrement dit, Vivendi pourra agir à sa guise au conseil de Lagardère dès lors qu’il aura franchi le seuil des 50% de son capital.
Quel que soit le pourcentage de réponse à son OPA sur Lagardère, Vivendi dispose par ailleurs des moyens de passer à la prochaine étape alors que la capacité d’investissement de Vivendi depuis la scission de sa filiale musicale UMG est estimée par les analystes autour de 6 milliards d’euros.
Alors que le désengagement d'UMG a consacré son recentrage sur les médias, l'édition et la publicité, Vivendi pourrait à présent se lancer dans le rachat (et l'annulation) d’une large part de ses propres actions. Lors de son assemblée générale de lundi prochain, Vivendi va demander, comme en 2021, l’autorisation à ses actionnaires de pouvoir racheter jusqu’à 50% de son capital. D’aucuns pensent qu’une telle opération pourrait marquer le prélude à une offre du groupe Bolloré sur le reste des actions Vivendi. Une OPRA de Vivendi sur 50% de son capital ferait automatiquement franchir à Bolloré le seuil de 30% qui déclenche normalement une offre publique.
Mais le groupe Bolloré a précisé dans une lettre qu’un tel franchissement de seuil ne serait pas inéluctable du fait de la possibilité de revendre des actions Vivendi pour maintenir sa part sous ce seuil des 30%. La décision de Bolloré "à cet égard n’est pas prise, elle le sera le moment venu", a indiqué Vivendi.
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