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Activiste / activisme actionnarial / Elliott Management / Lazard
L’activisme actionnarial confirme sa présence en ce début d’année
La crise sanitaire passée, les fonds activistes redoublent d'efforts. Selon le nouveau baromètre trimestriel de Lazard, ils ont lancé 73 campagnes dans le monde entre le 1er janvier et le 31 mars 2022, un record. Si l’on ajoute le dernier trimestre 2021, qui marquait déjà un fort rebond après le creux observé durant l’été, il s’agit du "semestre" le plus actif depuis 2018.
Les montants mobilisés par ces actionnaires dans leurs campagnes montrent également que le millésime démarre fort : avec 15,8 milliards de dollars, le premier trimestre représente 2,5 fois plus qu’un an plus tôt et déjà 40% de l’ensemble de 2021. C’est également le total le plus élevé depuis l’exceptionnel premier trimestre 2018, où 26 milliards de dollars avaient été déployés par les activistes pour organiser leurs campagnes.
Cette tendance s’explique en partie par l’arrivée d’acteurs jusqu’ici étrangers à cette pratique, comme le fonds souverain singapourien Temasek (qui a demandé le départ du patron de Bayer, Werner Baumann), les gestionnaires d’actifs Candriam (sur Unilever), Abrdb et GMPF (sur Vodaphone), ou Janus Henderson (contre Zendesk et Momentive) ou le fonds de private equity Hellman & Friedman. Cette implication pouvait venir en opposition au management d’une entreprise, ou au contraire en soutien. D’ailleurs, Lazard note une convergence entre les univers de l’activisme et capital-investissement. Elliott Management en a par exemple fait usage à deux reprises : pour acquérir la société Citrix (avec Vista Equity) et Nielsen (avec Brookfield).
Cette montée en flèche s’observe particulièrement en Europe, portée par les opérations menées contre les géants Bayer, Vodafone, Siemens Energy, TotalEnergies et Unilever. Le continent a enregistré 15 nouvelles campagnes, soit seulement une de moins qu’au trimestre précédent (qui avait été très dynamique) et un bond de moitié par rapport au premier trimestre 2021. Les entreprises françaises ont été des cibles de choix. Elles ont représenté 27% des opérations qui ont eu lieu en Europe, contre une moyenne annuelle de 12% entre 2019 et 2021 et 8% entre 2016 et 2018, en grande partie en raison des campagnes contre TotalEnergies (au sujet de la Russie) et Orpea (concernant les accusations contre ses pratiques à l’égard de ses pensionnaires), menées respectivement par Clearway Capital et le gestionnaire d’actifs Mirova.
Mais les activistes sont sensibles à l’actualité. Les auteurs de l’étude notent ainsi une baisse des campagnes publiques en Europe à partir de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février (-38% en volume entre février et mars). Peut-être une volonté de faire profil bas, mais surtout une prudence face aux risques d’extension du conflit sur le continent – les deux n’excluant pas des manœuvres d’influence dans les coulisses, estime Lazard.
Les tendances observées dans les thèmes des campagnes à la fin de l’année dernière se sont poursuivies – notamment la progression des motifs liés à la manière dont les dirigeants et les conseils d’administration des entreprises visées manient les critères de gouvernance sociale et environnementale (ESG). Cette pression correspond plus généralement à une exigence accrue des investisseurs, quels qu’ils soient, pour que les entreprises cotées soient plus transparentes dans leurs stratégies pour le climat. Le nombre de propositions de résolutions soumises par les activistes entre janvier et mars en vue des assemblées générales est resté à un niveau quasiment aussi élevé qu’en 2021 (438 contre 443) et largement supérieur à ceux observés entre 2018 et 2020. Le nombre de propositions directement liées à l’environnement a, lui, continué à bondir, passant de 74 en 2021 à 89 au seul premier trimestre 2022, sachant que 42 avaient été soumises en 2020.
Ce phénomène a eu pour conséquence de faire reculer la part des campagnes concernant des opérations de fusions-acquisitions (M&A) – pour pousser à la vente d’activités, voire la scission de groupes, ou faire pression pour améliorer les termes d’une transaction de M&A. Ces campagnes ont représenté 30% du total au premier trimestre de cette année, contre 43% en 2021, 40% en 2020 et 47% en 2019.
Le regain d’activité observé chez les activistes est porteur de sens dans la mesure où il se déroule juste en amont de la "saison" des assemblées générales, qui se déroulent pour l’essentiel entre les mois d’avril et juin.
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