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Renault tourne la page russe
La retraite de Russie de Renault est désormais actée. Sans surprise, depuis la décision du 23 mars du constructeur automobile de suspendre ses activités en Russie en raison de la guerre en Ukraine, le groupe a annoncé lundi la cession de l'ensemble de ses activités dans le pays aux autorités locales.
Le conseil d’administration de l’industriel a "approuvé à l’unanimité la signature des accords pour céder" à la ville de Moscou les parts de la filiale Avtoframos (Renault Russie), ainsi que la participation de 67,69 % dans le constructeur local AvtoVAZ au NAMI, l'acronyme désignant l'Institut central de recherche scientifique pour l'automobile et les moteurs automobiles.
Céder est toutefois un bien grand mot. "Des accords ont été signés pour un transfert des actifs russes du groupe Renault à la Fédération de Russie et au gouvernement de Moscou", a de son côté indiqué le ministère russe de l'Industrie et du Commerce dans un communiqué. Un transfert qui a toutes les apparences d’une expropriation. Selon deux sources proches du dossier citée par l’agence Reuters, la cession de Renault Russie et de la participation dans AvtoVAZ a été conclue pour un rouble symbolique dans les deux cas, confirmant ce qu’avait déjà indiqué en avril Denis Manturov, le ministre russe de l’industrie et du commerce.
Mais Renault n’avait évidemment plus d’autre choix que de se retirer, compte tenu à la fois de l’impossibilité d’approvisionner ses usines locales en pièces détachées et de la pression internationale croissante. Attendre davantage risquait de limiter encore le nombre d’entités auxquelles Renault pouvait transférer ses actifs.
Le groupe dirigé par Luca de Meo était le dernier grand constructeur automobile mondial à n’avoir pas quitté le territoire russe. Avec le soutien du gouvernement français, son principal actionnaire, Renault a cherché pendant plusieurs semaines à éviter la nationalisation d’AvtoVAZ. Ce qui est compréhensible compte tenu des investissements massifs engagés depuis des années par le groupe en Russie, où il disposait d’une part de marché de 30%. Renault fait ainsi une croix sur son son deuxième marché mondial en termes de volumes avec plus de 480 000 unités en 2021, et même son premier en termes de rentabilité. AvtoVAZ avait représenté à lui seul 250 millions d’euros de résultat opérationnel l’an dernier, pour une marge opérationnelle de 9,3% au second semestre.
Le coût du retrait de la Russie est élevé : il s’élève à 2,2 milliards d’euros, sous la forme d’"une charge d'ajustement non cash correspondant à la valeur des immobilisations incorporelles, corporelles et goodwill consolidés du groupe en Russie", a indiqué l’entreprise. Les activités russes seront déconsolidées dans les comptes semestriels de Renault à fin juin, le constructeur tournant la page de son aventure russe, même si le départ n’est peut-être pas définitif. L'accord prévoit une option de rachat par Renault de sa participation dans AvtoVAZ, exerçable à certaines périodes au cours des six prochaines années. Une option hautement hypothétique alors que le marché russe pourrait mettre bien plus de temps que cela à se remettre en fonction de l’évolution géopolitique de la situation.
Pour le courtier Stifel, le départ de Renault de la Russie marque ainsi "un soulagement coûteux avant la mise en œuvre d’un cinquième cycle de sanctions internationales". Le groupe pourra désormais se concentrer exclusivement sur son "Plan Renaulution" avec en ligne de mire le capital market day de l’automne prochain, qui donnera lieu à une mise à jour des perspectives financières et de la stratégie de l'entreprise.
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