Entreprises / Actions / Renault / Avtovaz / Russie / Ukraine / voitures électriques / IPO
Entreprises / Actions
Renault / Avtovaz / Russie / Ukraine / voitures électriques / IPO
Renault rassure en pleine tourmente
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la publication du chiffre d’affaires au premier trimestre de Renault ce matin était particulièrement attendue, tant il y avait de sujets en suspens : les conséquences de la décision de Renault de suspendre ses activités en Russie (son deuxième marché, après la France) suite à l’invasion de l’Ukraine, la conséquence de la dégradation persistante du marché automobile européen et, last but not least, l’éventualité de l’introduction en Bourse (IPO) de ses activités liées aux véhicules électriques évoquée au début du mois.
Concernant cette dernière, Thierry Piéton, le nouveau directeur financier de Renault, a apporté des précisions. Quatre équipes travaillent actuellement à préciser le projet - avant de plancher sur l’IPO elle-même, il faut identifier précisément les actifs à regrouper, déterminer la structure et la valorisation espérée de l’ensemble. Il sera présenté aux professionnels de marché à l’automne lors du prochain capital market day et en cas d’IPO, elle sera prévue en 2023.
Le plan (qui repose sur un regroupement du pôle électrique en France et du pôle thermique à l’étranger) en est a ses prémices ; Thierry Piéton a d’ailleurs précisé que son groupe pourrait se limiter à une présentation séparée des éléments financiers et commerciaux des deux entités, avec un pilotage distinct. Ceci permettrait à tout le monde aux analystes et aux investisseurs à mieux faire la part des choses.
Mais Renault devra quoi qu’il en soit obtenir l’aval de Nissan, qui détient 15% du capital du groupe au losange, lequel détient 43,4% de son partenaire japonais. La fin de règne de Carlos Ghosn, qui s’est achevé par l’arrestation de l’ancien patron tout-puissant de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubshi ("l’Alliance"), avait ruiné la confiance entre les Français et les Japonais, confiance que l’équipe suivante (composée du président Jean-Dominique Senard, du directeur général Luca de Meo et de Clotilde Delbos, remplacée depuis par Thierry Piéton) tente de rebâtir.
En l’état actuel de l’avancée du projet, la place de Nissan dans le projet n’a toutefois pas encore été déterminée, ni les conséquences qu’il aurait sur l’Alliance. Selon des informations - non confirmées - obtenues par l’agence de presse Bloomberg, Renault envisagerait de réduire sa participation dans Nissan.
Le plan traduit la nécessité pour Renault - comme pour l’ensemble des constructeurs - de faire le deuil des technologiques thermiques (essence et diesel). Les véhicules électriques ont déjà représenté 36% de ses ventes en Europe au premier trimestre 2022. Son objectif est d’atteindre les 100% en 2030.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie est un bouleversement pour Renault. La décision du constructeur fin mars de suspendre toutes ces activités en Russie alors que ce pays est son deuxième marché (pour suivre les sanctions décidées par les pays membres de l’Union européenne) va avoir une conséquence importante et durable sur ses ventes, donc sur son chiffre d’affaires. Une tuile, dans la mesure où le groupe subit déjà, comme ses homologues, le très mauvais état du marché automobile européen en raison des pénuries de composants et d’une certaine désaffection des consommateurs pour le marché du neuf. Au premier trimestre, les ventes de Renault ont ainsi reculé de 17% à 552 000 unités, sa plus mauvaise performance pour un début d’année depuis… 2009.
Malgré cela, le constructeur fait preuve d’une résistance notable : son chiffre d’affaires ne recule que de 2,7%, à 9,75 milliards d’euros - le consensus des analystes Refinitiv prévoyait 9,6 milliards et le consensus Factset seulement 9,16 milliards. Une performance que l’on doit à la stratégie mise en place par la nouvelle direction : privilégier les marges sur les volumes. Les nouveaux modèles mis sur le marché (comme l’Arcane et le Jogger) sont plus onéreux. Grâce à des déstockages et des hausses de prix, Renault Russie a même limité la baisse de ses revenus à 2,1%.
L’effet de la perte du marché russe pourrait se faire davantage sentir à partir du deuxième trimestre (l’arrêt date seulement du 23 mars). Mais l’incertitude existe encore sur l’avenir de son usine de Moscou (qui produit des Kaptur, Duster et Arkana, ainsi que des Terrano pour Nissan) et du constructeur Avtovaz, dont Renault détient 68% du capital. Les discussions avec les autorités sont toujours en cours.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

