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Soitec / Semiconducteurs / PIerre Barnabé / carbure de silicium
Pierre Barnabé ne devra pas ralentir la fusée Soitec
Croissance et rentabilité vont plus que jamais de pair chez Soitec. Alors que ses ventes se sont envolées de 50% à des niveaux records au cours de son dernier exercice, le spécialiste des semi-conducteurs innovants n’a jamais été aussi profitable. Le bénéfice net de la pépite technologique française, dont les substrats (les supports des circuits intégrés) avancés sont très largement diffusés dans toutes les applications pour les marchés de l’électronique, a atteint 202 millions d’euros sur l’année fiscale achevée fin mars. L’excédent brut d’exploitation (Ebitda), indicateur clé, s’est élevé à 309 millions d’euros. Ces mêmes résultats s’établissaient à 73 millions d’euros et 179 millions d’euros un an plus tôt. Déjà publié fin avril, le chiffre d’affaires s’est envolé de 48%, à 863 millions d’euros, soit plus d’un milliard de dollars.
Les chiffres sont parlants, donnent le vertige, encore plus lorsqu’on les compare aux lourdes pertes qui prévalaient avant l’arrivée de Paul Boudre, qui avait pris les commandes en 2015, et qui devrait bientôt les céder. La stratégie d'anticipation menée par l’entreprise sur l'évolution de ses marchés et l’évolution des usages, aussi bien dans le mobile, l’automobile, l’industrie, ou les appareils intelligents, l'a placée sur une trajectoire de croissance quasi exponentielle, normalement appelée à se poursuivre.
Tendances séculaires
Pour l'exercice en cours, Soitec a confirmé anticiper une croissance de son chiffre d'affaires de l'ordre de 20% à périmètre et taux de change constants. En termes de rentabilité, le groupe table sur une marge d’Ebitda de 36% "en dépit de prix du matériau brut plus élevés et d'une hausse du coût de l'énergie". Mais la visibilité s’étend au-delà. "Soitec est un bénéficiaire important de multiples tendances séculaires telles que les communications 5G et l'adoption des véhicules électriques, son portefeuille de produits offre des opportunités importantes, comme en témoigne le récent relèvement des perspectives pour 2026", observent ainsi les analystes de Credit Suisse. Le groupe avait relevé fin avril son objectif de chiffre d’affaires à 2,3 milliards de dollars à cet horizon, pour une marge d’Ebitda de 40%.
D’un côté, l’activité est portée par un nombre croissant d’applications et une surface de substrat de plus en plus importante par produit ou application. De l’autre, la dynamique de l’activité se combine avec des contrats de plus en plus long terme des clients, avec des capacités de production qui s’améliorent en parallèle. Soitec vient ainsi de décider avec quelques mois d’avance l'extension de son usine de fabrication de plaques de silicium sur isolant (SOI) à Singapour. Le signe aussi que le ralentissement du marché du smartphone est largement compensé par la bonne tenue du segment haut de gamme, plus dense en substrats SOI, et les restockages chez les clients ayant souffert de pénuries.
L'essor du carbure de silicium
En parallèle, l’histoire de croissance du carbure de silicium, technologie clé de l’électrification des véhicules, n’en est encore qu’à ses débuts. "En trois ans, nous avons été capables de mettre en œuvre cette technologie en partant de zéro", a rappelé Paul Boudre, lors d'une rencontre avec des journalistes après la publication des résultats. Logiquement, ses perspectives devraient profiter de la récente décision du parlement européen d’interdire la vente de véhicules thermiques neufs à l’horizon 2035.
Pour Pierre Barnabé, qui a rejoint le groupe début mai en provenance d’Atos, comme chargé de mission par le conseil d’administration, et devrait remplacer Paul Boudre lors de l’assemblée générale de juillet, le défi est ainsi "d’entrer dans la fusée à la vitesse à laquelle Soitec est lancé et de ne surtout pas la ralentir", a-t-il déclaré lors de cette même rencontre. C'est tout ce que l'on peut lui souhaiter en effet, surtout compte tenu des conditions controversées de sa nomination, qui avait été imposée en janvier, à la surprise générale, par le conseil d’administration, contre l’avis du comité exécutif.
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