Macro-économie / Taux / euro / Dollar / Politique monétaire / croissance
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L’euro se liquéfie face au dollar
L’euro poursuit sa dégringolade. La monnaie unique vient d’atteindre un point bas depuis vingt ans face au dollar. Elle s’affiche à 1,03 dollar pour un euro, soit une chute de près de 15 % sur un an. Cette dégringolade sur douze mois est inédite depuis le premier semestre 2015 : le parti Syriza venait d’arriver au pouvoir en Grèce et la possibilité que cette dernière sorte de l’euro prenait alors peu à peu corps.
Dans la main du gaz russe
Cette fois-ci, la monnaie des Dix-neuf paie notamment le sévère durcissement du contexte géopolitique sur le Vieux continent avec le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine fin février. Ce conflit pèse sur la croissance de la zone euro ainsi qu’en témoignent les dernières enquêtes de conjoncture (PMI) qui signalent un ralentissement économique certain durant le mois de juin.
Si bien que d’aucuns n’hésitent plus à juger très probable une récession pour la zone euro alors que les pays observent une réduction continue de leur approvisionnement en gaz de la part de la Russie depuis quelques semaines. "Le risque d'une rupture totale de l'approvisionnement en gaz est aujourd'hui plus réel que jamais", reconnaissait il y a quelques jours Frans Timmermans, commissaire européen à l’Action pour le climat.
L’addition serait salée le cas échéant : par rapport à ce qui est prévu, ce serait 1,5 point de croissance en moins pour cette année et 3,8 points en 2023, d’après les prévisions de la Banque centrale européenne (BCE).
La Fed trace sa route
Les déboires de la monnaie unique trouvent également leur origine dans la trajectoire anticipée des politiques monétaires menées par la BCE et la Réserve fédérale américaine (Fed).
En effet, confrontée à une hausse des prix à la consommation dont la nature est plus perverse qu’en zone euro (hors énergie et alimentation, l’inflation s’est élevée en moyenne à 5 % par an contre 3 % en zone euro entre janvier et mai), la Fed prévoit d’augmenter son taux d’intérêt directeur d’au moins 325 points de base cette année, soit un niveau au-delà du taux neutre (estimé entre 2 et 3 %, il représente le seuil à partir duquel la politique monétaire a un effet restrictif sur l’activité économique).
Par contraste, la BCE estime, pour le moment, qu’elle se doit de placer son taux d’intérêt au niveau du taux neutre (estimé entre 1 % et 2 %) pour ramener l’inflation dans son lit – objectif de 2 % l’an à moyen terme.
L'honneur est sauf face aux autres monnaies
À noter qu'en termes nominaux et effectifs (moyenne pondérée des taux de changes nominaux bilatéraux de l'euro vis-à-vis de 60 monnaies en fonction de l'importance de chacun des partenaires commerciaux de la zone euro), la monnaie unique a perdu "seulement" 3 % de sa valeur sur un an, d'après les données publiées par la Banque des règlements internationaux (BRI).
Parmi ses plus grosses devises concurrentes, elle s'est ainsi notamment appréciée contre le yen ou la livre sterling : tandis que le Japon voit sa Banque centrale persister à mener une politique monétaire extrêmement accommodante et ne pas être près de relever ses taux en raison d'une inflation insuffisante, les perspectives économiques du Royaume-Uni apparaissent particulièrement moroses, la Banque d'Angleterre prévoyant une contraction de l'activité en 2023.
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