Feuilleton de l'été / L'Oréal / Benjamin Lancar / Nicolas Hieronimus / Nicolas Sarkozy / UMP
Feuilleton de l'été
L'Oréal / Benjamin Lancar / Nicolas Hieronimus / Nicolas Sarkozy / UMP
Ils et elles vont construire le monde d'après – Benjamin Lancar
Œuvrer pour le bien commun. Voilà la ligne de conduite que s’est fixée Benjamin Lancar, directeur de cabinet de Nicolas Hieronimus, directeur général de L’Oréal depuis mai 2021. Pour ceux qui s’intéressent de près aux coulisses de la politique, l’homme de 36 ans n’est pas un inconnu.
Ce fils de parents rapatriés pieds noirs d’Algérie et de Tunisie, né dans le 2ème arrondissement de Paris, fut président de l’organisation de jeunesse de l’UMP (devenue Les Républicains – LR), "les Jeunes Populaires", entre 2008 et 2012. C’est lui qui menait entre autres les colleurs d’affiches et autres groupies étudiantes lors de la campagne présidentielle de 2007 qui a conduit Nicolas Sarkozy à l’élection suprême. Certains lui ont même, à un moment donné, prêté un avenir politique.
L’aura de Nicolas Sarkozy
Il faut dire que Benjamin Lancar a le profil parfait pour prétendre à des responsabilités électorales : collège et lycée Condorcet, classes préparatoires au lycée Carnot, Sciences Po Paris, HEC, ENA (promotion Jean de la Fontaine), auditeur à la Cour des comptes. Et pourtant, il est heureux dans le privé. ""Chez L’Oréal, je n’ai pas eu le sentiment de trahir mes valeurs et mon sens de l’intérêt général. Quand on travaille dans la deuxième plus grande entreprise française, on a forcément un impact sur le pays car il existe des enjeux d’emploi, de RSE... Nous avons participé à l’événement organisé à Versailles "Choose France" en juillet dernier, cela démontre bien que nous avons une utilité publique ", soutient à WanSquare le jeune "chief of staff ".
Des valeurs d’intérêt public qui lui sont venues très tôt. Marqué par les évènements du 11 septembre et par l’élection présidentielle de 2002 (jouée au second tour entre Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac) "qui lui ont donné envie d’aller plus loin que de simplement suivre l’actualité ", il est séduit par le discours de rupture du patron de Beauvau de l’époque qui ne cache pas ses ambitions politiques. "C’était les années Sarko et au-delà de l’homme, il y avait les idées qu’il incarnait comme l’affirmation de l’individu, la liberté, le besoin d’un nouveau souffle pour la société française. Je pensais qu’on était maître de son destin quand j’étais étudiant. A ce moment-là de ma vie, je trouvais que la politique, c’était vraiment l’univers dans lequel on pouvait s’accomplir ", confie le haut fonctionnaire.
Les Jeunes Pop’
Aussi, en 2005, tout juste arrivé à HEC, il créé avec son ami Thibault "UMP HEC". " L’idée est venue dans le train lors d’un week-end d’intégration ", explique Benjamin Lancar. Comme les deux garçons sont très engagés, ils sont vite repérés par les instances officielles du parti qui voient rapidement le potentiel de telles antennes dans le monde étudiant à deux ans de l’élection présidentielle. C’est ainsi qu’il se retrouve chargé de l’UMP Grandes-Ecoles au moment de la campagne.
Une fois son mentor installé à l’Elysée, il est élu, en 2008, président des Jeunes Populaires par le conseil national de l’UMP. "C’était passionnant, j’ai fait trois ou quatre fois le tour de France " se remémore le directeur de cabinet.
La politique lui tend alors les bras : en 2010, il est élu conseiller régional d’Ile-de-France à Paris sur la liste de Valérie Pécresse. L’année suivante, il est nommé secrétaire national de l’UMP à la Nouvelle économie. En 2012, il est même investi à la députation dans la cinquième circonscription de Paris. "Une circo ingagnable que j’ai perdue ", avoue aujourd’hui sans rancœur ni remord Benjamin Lancar.
Supporter du PSG
Loin d’être désarmé, le jeune homme sait qu’il possède, à ce moment-là de sa carrière, un atout important : il n’a jamais arrêté les études. "J’ai toujours su au fond de moi que la politique serait éphémère. Pour moi, c’était un engagement jeune mais ce n’était pas un métier et j’avais ce rêve de passer les concours administratifs".
A son admission à l’ENA en 2012, il démissionne de son poste de président de l’organisation jeune de l’UMP. "L’ENA, c’est la méritocratie républicaine et le service de l’intérêt général ". Pour valider son cursus, il effectue un stage à l’ambassade de France en Indonésie, puis en Polynésie au commissariat de la République. Pour son immersion obligatoire en entreprise, il choisit la société organisatrice de l’Euro 2016, une chance pour ce passionné de football supporter du Paris Saint Germain. "J’ai travaillé sur les sujets commerciaux, évènementiels, de sécurité…Ce fut une expérience extraordinaire ".
Sorti 13ème de sa promotion en 2014, il choisit la Cour des Comptes. "J’ai d’abord été nommé auditeur puis trois ans plus tard conseiller référendaire. J’étais à la première chambre, celle qui traite des affaires économiques et financières. J’ai collaboré à des sujets de banque publique avec Bpifrance, mais aussi sur les assureurs publics comme CNP Assurances et tous ceux de financement de l’économie ", détaille Benjamin Lancar.
Des travaux qui lui permettent de mettre en pratique ses connaissances académiques. "Ce qui est génial avec l’ENA et la Cour des Comptes, c’est que l’on apprend à entrer dans la technicité des sujets tout en restant à un niveau suffisamment stratégique pour pouvoir aider le décideur public ".
Une carte de vœux
Au bout de 4 ans, le conseiller référendaire souhaite évoluer. "Aller chez L’Oréal directement après la Cour des comptes est une chose assez rare pour un auditeur d’autant que ce n’est pas forcément un groupe qui a pour tradition de recruter des hauts fonctionnaires ", avoue Benjamin Lancar.
Audacieux, le jeune homme décide pourtant d’envoyer une carte de vœux à Jean-Paul Agon, alors patron de L’Oréal. "On a beau chercher à avoir du réseau, parfois ce sont les techniques les plus traditionnelles qui fonctionnent ", sourit Benjamin Lancar. Il est alors reçu par Jean-Claude Legrand, le directeur des ressources humaines du géant français des cosmétiques qui finit, au bout de neuf mois d’entretiens, par lui demander de rejoindre l’entreprise. "Ce qui m’a plu, c’est qu’ils m’ont proposé une aventure plus qu’un poste ", se rappelle l’ex-président des Jeunes Pop’.
Création de poste
Et chez L’Oréal, peu importe le curriculum, la méritocratie, là aussi, domine. "J’ai franchi les étapes les unes après les autres ". Il démarre en 2018 comme auditeur interne à des missions de contrôles des différentes entités du groupe. "Je suis allé dans les usines, les entrepôts. L’Oréal m’a mis le pied à l’étrier d'une manière très opérationnelle. J’ai eu la chance d’aller dans l’Arkansas aux Etats-Unis, aux Philippines, à Hong Kong…. Cela m’a donné une connaissance du vocabulaire, du mode de fonctionnement de l’entreprise ".
Neuf mois plus tard, il devient le collaborateur de Nicolas Hieronimus, numéro deux du groupe à cette époque en tant que directeur général adjoint chargé des divisions. "Il y a eu cette idée de créer un poste qui n’existait pas. Les dirigeants de L’Oréal n’étaient pas familiers avec les fonctions de directeur de cabinet. Nicolas Hierominus a donc pris ce pari, sur le poste et sur moi ", explique Benjamin Lancar. Le test s’est révélé positif puisque trois ans après, le chief of staff officie toujours auprès du désormais directeur général de L’Oréal depuis mai 2021. "Ma fonction est très stratégique mais aussi très opérationnelle. Pendant les deux premiers confinements par exemple, j’ai eu la chance de participer à la cellule du plan de solidarité de l’entreprise. Il fallait coordonner tout ce que faisaient les filiales dans le monde, l’approvisionnement et la distribution de gel hydro-alcoolique pour des établissement médicaux sociaux et des Ehpad mais aussi coordonner tout ce qui avait été décidé par le siège avec les pouvoirs publics français et européens tout en pensant déjà à préparer l’avenir du groupe post-pandémie", raconte le haut fonctionnaire.
Etre utile autrement
Autant d’actions concrètes qui donnent à Benjamin Lancar des envies de se projeter chez L’Oréal. "Le groupe possède pleins d’univers : le social, l’inclusion…Cette entreprise m’a rouvert les chakras de la créativité. J’aimerais beaucoup demain pouvoir m’investir dans un pays émergent ", exprime l’homme de 36 ans.
Toujours soucieux de son prochain, il donne en parallèle des cours, outre Sciences-Po, à la prépa talents du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) (une création du gouvernement en 2020) afin d’aider des accidentés de la vie à préparer des concours administratifs. "Je fais souvent passer des oraux à des élèves qui veulent absolument travailler dans le public mais moi je leur réponds qu’il y a 20 millions de personnes en France qui travaillent dans le privé et qui ont un sens pour la société ". Preuve pour Benjamin Lancar qu’on peut être utile à son pays loin de la politique.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

