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Macro-économie / Taux / Italie / Mario Draghi / crise / Dette / Plan de relance

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Italie / Mario Draghi / crise / Dette / Plan de relance

L’Italie dans le pot au noir

Depuis l’annonce de la démission de son Premier ministre Mario Draghi, les écarts de taux d’intérêt avec l’Allemagne font leur retour à des niveaux relativement élevés. Et pour cause, ce sur quoi débouchera cette énième crise politique est économiquement crucial pour la Botte et plus largement l'Europe. 
Mario Draghi, Premier ministre de l'Italie - ©Carofei/Fotogramma/ROPI-REA
Mario Draghi, Premier ministre de l'Italie - ©Carofei/Fotogramma/ROPI-REA

L’Italie connaît une nouvelle crise gouvernementale. Jeudi soir dernier, le Premier ministre Mario Draghi a remis sa démission au président de la République Sergio Mattarella après que le Mouvement 5 Etoiles (M5S) membre de la coalition au pouvoir portée par l’ancien banquier central, a boycotté un vote de confiance au Sénat.

"La majorité d'unité nationale qui a soutenu ce gouvernement depuis sa création n'existe plus. Le pacte de confiance fondant l'action de ce gouvernement a disparu", a justifié Mario Draghi, qui a vu sa démission être refusée par Sergio Mattarrella.

Pour couronner le tout, le week-end dernier, La Ligue et Forza Italia, partis également présents dans la coalition, se sont dits opposés à l’idée de continuer à travailler aux côtés du M5S (tous les partis composant le Parlement excepté Fratelli d'Italia sont membres de la coalition).

 

Billard à trois bandes

 

"Mario Draghi a conduit l'Italie sur un agenda réformiste malgré un parlement qui reste majoritairement contrôlé par les populistes. Alors que les élections se rapprochent - elles doivent être organisées au plus tard au printemps prochain - les partis doivent de plus en plus se différencier et faire appel à leur électorat de base, sous peine de disparaître", analyse Gilles Moëc, chef économiste du groupe Axa.

Tant et si bien que "si la coalition ne se ressoude pas rapidement, le président italien n’aura d’autre choix que d’accepter la démission de Draghi et d’appeler des élections anticipées à l’automne", avance Xavier Chapard, économiste chez La Banque Postale Asset Management.

Très attentifs à l’évolution du contexte politique, les marchés obligataires ne sont évidemment pas restés indifférents à cet évènement, les taux d’intérêt italiens à dix ans affichent désormais un différentiel de 220 points de base par rapport à leurs équivalents allemands quand il s’établissait autour des 200 points depuis début juillet.

Les investisseurs en sont bien conscients : le fait que Mario Draghi se trouve entravé pourrait avoir des conséquences sur la soutenabilité de la dette publique de la troisième économie de la zone euro.

 

Précieux plan de relance

 

De fait, l’Italie a des engagements à tenir si elle veut continuer de voir affluer dans son économie les dizaines de milliards d’euros du plan de relance européen (plan NextGeneration EU de 750 milliards d’euros lequel se sont entendus les Vingt-Sept à l’été 2020).

La Botte va recevoir 191,4 milliards d’euros entre 2021 et 2026 au titre de ce plan (les deux tiers sous forme de prêts et le reste sous forme de subventions). Conditionnés à la réalisation d’objectifs quantitatifs (cibles) et qualitatifs (jalons), les versements effectués par la Commission européenne à l’Italie atteignent 46 milliards d’euros à date.

L'Italie a récemment effectué une nouvelle demande de versement (21 milliards d'euros) arguant avoir atteint des objectifs en matière d'investissements dans le très haut débit et la 5G, le tourisme et la culture, l'hydrogène, la régénération urbaine et la numérisation des écoles, entre autres.

Au travers d’investissements dans la transition écologique et numérique mais aussi l’éducation et la compétitivité, l’économie italienne est censée profiter de ces fonds pour améliorer sa croissance potentielle - pas loin d'être nulle depuis plusieurs décennies - et par ricochet améliorer la soutenabilité d’une dette publique qui représente désormais une année et demie de Produit intérieur brut (Grèce mise à part, c’est un record en Europe) : elle a connu une hausse de plus de 15 points de richesse nationale par rapport à l’avant-crise pandémique.

Cette manne en provenance de Bruxelles est ainsi cruciale pour la trajectoire des finances publiques italiennes. En effet, d'après les travaux de la Banque centrale européenne (BCE), le plan de relance pourrait permettre de faire refluer de 12 points le ratio de la dette publique rapportée au PIB de l'Italie d'ici 2031.

Environ 60% de cette baisse serait le fruit d'une diminution de la prime de risque sur les taux italiens : il y aurait une économie sur les intérêts versés et un effet dopant sur la croissance économique compte tenu de la baisse des taux d'intérêt. 

 

Seconde ligne de défense

 

La mise en œuvre des réformes pourrait permettre à l'Italie de bénéficier d'un paratonnerre supplémentaire : le nouveau programme anti-fragmentation de la BCE. En effet, ce dernier (achats nets d'obligations émises par un pays pour faire face à une tension injustifiée sur les spread en vue de préserver la transmission de la politique monétaire), pourrait être accessible aux différents Etats de la zone euro sous certaines conditions.

On pourrait attendre des pays qu'ils se conforment aux recommandations économiques de la Commission européenne et au plan de relance de l'Union européenne, et que leur dette soit jugée viable par la BCE, la Commission ou le Mécanisme européen de stabilité, ont déclaré des sources à Reuters. La BCE devrait en dire plus jeudi après-midi.

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