Le patron de Boeing dans la fosse aux lions
La semaine va commencer de façon musclée pour Dennis Muilenberg, le co-CEO de Boeing qui tient sa première Assemblée générale des actionnaires ce lundi. Le dirigeant va devoir affronter des questions sur ses erreurs liées à la certification du Boeing 737 MAX, responsable de deux accidents mortels, alors que l’on sait désormais que plusieurs lanceurs d’alertes ont informé sur les défauts du système d’anti-décrochage, sans succès. Ou encore que Boeing n’avait pas informé Southwest et d’autres compagnies aériennes qu’il avait désactivé une fonction de sécurité afin d’alerter sur d’éventuelles fausses données de ce système, et l’avait rendu payante.
Alors que les amis et la famille d’un américain mort lors de l’accident d’Ethiopian Airlines tiendront une protestation en silence devant le lieu de l’AG à Chicago, Dennis Muilenberg aura la difficile tâche de rassurer les investisseurs sur l’avenir de son groupe. D'autant que les actionnaires ont déjà lancé une action en justice contre la société pour fraude, et réclament la séparation des fonctions de Dennis Muilenber, qui officie également comme président et chairman. Boeing devra aussi répondre aux quelque 34 actions des familles de victimes à l’heure actuelle, et aux enquêtes du Congrès ou du Département américain des Transports. Le groupe s’attelle déjà à la refonte de ce système anti-décrochage MCAS, qu’il veut rendre moins puissant et sur lequel il va restaurer les alertes, et mettre en place un programme de formation approfondi pour les pilotes. Il pourrait obtenir l’autorisation de voler de la part de la FAA (Federal Aviation Administration) américaine d’ici fin mai ou début juin.
En attendant, ces difficultés vont bien sûr peser sur les performances de Boeing, qui lors de la publication de ses résultats trimestriels mercredi dernier, a abandonné ses objectifs 2019, arrêté ses rachats d’actions et a provisionné 1 milliard de dollars de coûts liés à la suspension de vol du Boeing 737 MAX et au ralentissement de production lié à ces accidents. Mais cette enveloppe n’incluait pas le coût de remplacement de ce fameux système anti-décrochage, et certains analystes avancent le chiffre de 3 milliards de dollars pour gérer cette crise et les actions en justice qui en découleront.
Boeing, qui a perdu 24 milliards de dollars de capitalisation boursière depuis le dernier crash le 10 mars dernier, doit démontrer qu’il peut rebondir alors que le modèle MAX, qui a déjà reçu 5.000 commandes, devait représenter 40 % de ses revenus et profits. Il a déjà dû diviser par plus de deux son rythme de livraisons et n’a pas reçu de nouvelles commandes du 737 en mars, soit une première en près de sept ans. Or, le redressement de Boeing est aussi indispensable pour la santé des exportations américaines, tant le groupe pèse lourd dans l’économie du pays. Le PIB du premier trimestre publié vendredi ne montre aucun impact, mais Boeing n’a réduit ses volumes de production qu’en avril, si bien que l’effet pourrait se ressentir au deuxième trimestre. Et pourrait réduire le PIB de 0,2 % selon les analystes de Wells Fargo et Goldman Sachs. Boeing pourrait redresser le tir et sa production dès le troisième trimestre, mais son poids dans l’économie américaine pourrait inciter les autorités fédérales à l’indulgence dans leurs conclusions.
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