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Entreprises / Actions / EDF / Retrait de cote / OPA / OPA simplifiée

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EDF / Retrait de cote / OPA / OPA simplifiée

L’OPA de l’Etat sur EDF se fera à marche forcée

Les conditions financières de l’OPA de l’Etat pour renationaliser EDF devraient suffire à sortir l’électricien historique de la cote. L’Etat disposera des pleins pouvoirs pour prendre les décisions nécessaires à l’indépendance et la souveraineté énergétique du pays, et contenir la facture d’électricité de ses concitoyens.
L'Etat propose 12 euros par action pour retirer EDF de la Bourse - Laurent GRANDGUILLOT/REA
L'Etat propose 12 euros par action pour retirer EDF de la Bourse - Laurent GRANDGUILLOT/REA

La générosité est une notion relative. L’Etat français compte débourser 9,7 milliards d’euros pour remonter à 100% du capital d’EDF et donc racheter 15,9% des actions et 60% des obligations convertibles qu’il ne détient pas. Le prix offert de 12 euros pour chaque action EDF représente une prime d’un peu plus de 50% sur le cours de bourse de clôture du 5 juillet 2022, veille de l’annonce par la Première ministre de l’intention de l’Etat de renationaliser le groupe historique d’électricité.

Une offre de rachat "très attractive et nettement au-dessus de notre scénario", notent ainsi les analystes d’Octo Finances, et "intéressante", selon Morningstar. Même si elle ne contentera pas tout le monde. Les actionnaires de la première heure, entrés lors de l’introduction en bourse à 32 euros en 2005, resteront sur leur faim. Alors que pour l’Etat, qui avait aussi cédé 2,5% du capital à 82,2 euros en 2007, l’opération aura dans l’ensemble été une très bonne affaire.

En Bourse, l’action EDF s’échangeait mardi soir en forte hausse de 14,8%, à 11,74 euros, juste en-dessous de l’offre. Quand bien même une association d’actionnaires salariés d’EDF a récemment porté plainte contre l’Etat, l'accusant par sa (mauvaise) gestion d'avoir "spolié gravement de très nombreux épargnants", il serait vain d’espérer un relèvement du prix. La marge de manœuvre du comité ad hoc nommé par le conseil d’administration d’EDF, chargé de désigner un expert indépendant et d’émettre une recommandation sur l’intérêt de l’offre pour la société et ses actionnaires, est avant tout symbolique.

 

Retrait de cote bouclé en octobre

 

En théorie, les actionnaires minoritaires peuvent de leur côté contester la valorisation dans les dix jours suivant le dépôt de l’offre, "ce qui pourrait retarder le processus de 4 à 5 mois", notent les analystes de JPMorgan. Cependant, ajoute la banque américaine, "vu la pression à laquelle est soumise EDF […] en raison de pannes sur son parc nucléaire", les minoritaires devraient y réfléchir à deux fois avant de prendre le risque.

Car le temps presse. L’Etat prévoit de déposer son offre d’ici début septembre auprès de l’Autorité des marchés financiers, sous réserve de la promulgation d’une loi de finances rectificative pour 2022, actuellement examinée à l'Assemblée nationale, portant les crédits budgétaires nécessaires à l'offre. Le gouvernement souhaite boucler le processus de retrait de la cote d’ici fin octobre afin d’avoir les mains libres pour réaliser les coûteux arbitrages qui s’imposent à long comme à (très) court terme. "Dans ce nouveau contexte, où l’Etat serait le seul actionnaire, EDF serait en capacité de mener de manière accélérée plusieurs chantiers décisifs annoncés par le président de la République dans son discours de Belfort, notamment le programme de construction de six réacteurs de technologie EPR2 d’ici 2050", a indiqué Bercy. Un rapport gouvernemental a estimé le coût de construction de ces six EPR de nouvelle génération à 51,7 milliards d’euros.

Mais la très faible disponibilité du parc nucléaire français, dont plus de la moitié est à l’arrêt depuis mai en raison de problème de corrosion, pose un problème plus immédiat.

Après la flambée des tarifs bleus de l'électricité de la fin 2021, finalement contenue par le "bouclier tarifaire" du gouvernement, qui a coûté 8 milliards d’euros à EDF, le scénario a toutes les chances de se reproduire cet hiver. Au lieu de se normaliser, les prix européens du gaz et de l'électricité ont continué d'augmenter depuis le début de l'année sous l’effet de la guerre en Ukraine et de la fermeture du robinet du gaz russe. En conséquence, les prix de l’électricité s’envolent à des niveaux historiques. Ils atteignent plus de 800 euros pour le contrat sur le quatrième trimestre 2022 sur la Bourse EEX.

 

Contenir l'envolée des tarifs cet hiver

 

Pour 2023, le contrat pour l'électricité de base en France se négocie aux alentours de 440 euros le mégawattheure, en hausse de 220% par rapport à l'année dernière et de 790% par rapport à l'année précédente. En supposant que ce prix se maintienne jusqu'à la fin de l'année, l’extension décidée en début d’année par le gouvernement du plafond de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) pour préserver le pouvoir d'achat des Français ne suffirait pas. Malgré ce système controversé, grâce auquel tous les fournisseurs d’électricité peuvent se fournir auprès d’EDF à 46,50 euros le mégawattheure, pour un volume total plafonné à 120 térawattheures, l’augmentation de tarif sur le tarif bleu avoisinerait les 60% en janvier prochain, calcule JPMorgan. 

Une telle envolée de la facture d’électricité des Français "sera jugée à la fois éthiquement et socialement inacceptable dans un pays où près de 95% du mix de production est constitué de capacités nucléaires et hydroélectriques à coût fixe", prévient la banque américaine. De nouvelles mesures exceptionnelles du gouvernement visant à protéger le consommateur paraissent inévitables. Celles-ci pèseront lourdement sur les finances du nouvel EDF renationalisé (donc du contribuable).

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