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REF 2022 : faire de la dette publique une opportunité
Avec son explosion ces dernières années du fait de la pandémie, il aurait été difficile de ne pas l'évoquer lors des Rencontres des entrepreneurs de France (REF). Ce matin, la dette publique a en effet fait l'objet d'une table ronde au cours de l'évènement organisé par le Medef et si le ton n'était pas forcément à la dédramatisation, certains intervenants ont insisté sur les bénéfices potentiels que la France pouvait en retirer.
"L’inflation et la remontée des taux font que l’on a changé de monde. La charge de la dette devrait augmenter de 18 milliards d’euros cette année, soit deux fois le budget du ministère de la Justice", a rappelé en préambule Gabriel Attal, ministre délégué aux Comptes publics. "L’on voit à quel point l’enjeu de la responsabilité budgétaire est immense. Si on continue à laisser la charge de la dette augmenter, ce sont autant de marges de manœuvre dont nous serons privés pour faire des choix d’investissements et économiques", a indiqué le ministre.
Une histoire de cholestérol
En effet, plus que son niveau (en France, elle atteignait 114,5 % du Produit intérieur brut fin mars 2022), c’est ce à quoi la dette publique est employée qui doit susciter une attention toute particulière, a estimé Anne-Laure Kiechel, présidente fondatrice de Global Sovereign Advisory, société de conseil aux gouvernements. "Vous pouvez avoir une dette publique représentant ‘seulement’ 50% de votre PIB, mais elle peut très bien être de la ‘mauvaise dette’ car elle n’est pas productive. À terme, il n’y aura sans doute d’autre choix que de l’annuler", a expliqué l’ancienne associée gérante de Rothschild & Co. "À l’inverse, une dette destinée aux investissements dans la transition énergétique et transformer votre appareil productif, peut très bien s’afficher à un niveau très élevé, l’on pourrait même dire qu’il ne devrait pas y avoir de limite. De fait, il s’agit d’une dette de transition qui va par la suite mécaniquement diminuer", a-t-elle ajouté.
Une autre façon de voir le verre à moitié plein concernant l’endettement est de jeter un coup d'œil dans le rétroviseur, si l’on en croit le chercheur Eric Monnet, professeur à l'EHESS et à l'Ecole d'économie de Paris. "Historiquement, un haut niveau de dette publique est synonyme de puissance, c’est un signe extérieur de richesse pourrait-on dire, beaucoup de pays rêveraient de posséder une dette publique pesant 30 % de leur PIB. Néanmoins, il va sans dire qu’elle ne peut être associée à du gaspillage ou à une vision court-termiste. Elle se doit d’être vue par les investisseurs mais aussi les citoyens comme un investissement de long terme. Ce devrait être le point clé sur lequel devrait se focaliser le débat public", a-t-il jugé. Le lauréat du prix du meilleur jeune économiste 2022 décerné par Le Monde et le Cercle des économistes, dont WanSquare vient de réaliser le portrait, a également pointé les conséquences sur l’équilibre de la société.
"Nous sommes dans une société vieillissante et dans laquelle l’économie de la connaissance va prendre une place grandissante, et sans parler de l’environnement. Aussi, les dépenses liées à ces enjeux vont croître. À long terme, seul l’État peut prendre en charge certaines dépenses et s’il s’y refuse, alors la dette générée ne sera plus publique, certes, mais elle explosera ailleurs. Cela comportera des risques en termes d’efficacité, d’inégalités, et de stabilité financière", a analysé l’économiste, qui a cité l’exemple de la dette des étudiants aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Un débat que s'efforcent de conduire au niveau européen les membres du gouvernement alors que les règles budgétaires liées au Pacte de stabilité sont actuellement suspendues jusqu'à la fin 2023. "Améliorer le potentiel de croissance des économies passera par des investissements massifs, l'on essaie donc de voir au niveau européen comment ces règles pourraient évoluer pour mieux prendre en compte ces dépenses indispensables", a fait savoir Gabriel Attal.
Une voix légèrement dissonante a émergé durant le débat, celle de Laurent Wauquiez, président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes. "Ce que je redoute est que l'on dise dans notre pays 'on peut faire de la dépense publique et de la dette car cela aura des effets positifs'. Il ne faut pas se tromper : à la fin des arbitrages politiques, cela finit toujours avec des primes gouvernementales et des chèques. Résultat des courses : il n'y a plus aucune incitation au travail", a soutenu l'ancien président du parti Les Républicains, qui voit dans "le travail" le levier majeur pour réduire la dette publique. "Si l'on possédait le même taux d'emploi que l'Allemagne [le taux d'emploi des 15-64 ans est de 67,9 % en France, contre 77,2 % en Allemagne, ndlr], nos comptes publics seraient à l'équilibre", a-t-il avancé.
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