WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Professions financières / EY / big four / conseil / Audit / auditeur / managing partners / Eric Fourel

Professions financières
EY / big four / conseil / Audit / auditeur / managing partners / Eric Fourel

Le projet de scission d'EY est lancé

EY vient de lancer son projet de séparation des activités d'audit et de conseil, celle-ci comportant de nombreux avantages. Sa concrétisation dépendra toutefois du vote des associés prévu pour intervenir entre mi-novembre de cette année et début 2023.
Quartier d'Affaires de Paris La Defense
Quartier d'Affaires de Paris La Defense

Il n’aura fallu que trois mois pour que l’évaluation stratégique lancée par EY aboutisse sur l’opportunité de scinder ou non ses activités de conseil et d’audit. Les dirigeants du cabinet pluridisciplinaire sont arrivés à la conclusion qu’ "il était souhaitable de pousser plus en avant un projet de séparation en deux organisations distinctes", a annoncé le groupe jeudi soir. A l’issue de leur réflexion, les "managing partners" des 15 pays les plus importants pour l’activité du groupe, qui représentent 80% de son activité, ont estimé que le ratio coûts avantages penchait très fortement du côté des avantages.

Non sans raison. Ces avantages escomptés concernent les deux pans d’activité. D’un côté, selon le projet envisagé, les activités de conseil seront regroupées dans une nouvelle entité mondiale, une structure corporate dont la location du siège social n’est pas encore définie, et qui regroupera toutes les activités de conseil, de stratégie, de transaction, mais aussi l‘essentiel des activités juridiques et fiscales.

De l’autre, les activités dites d’assurance "ne sont pas uniquement des activités d’audit", rappelle à WanSquare Eric Fourel, le président de EY France. "Les deux firmes séparées resteront multidisciplinaires", souligne-t-il, cette partie assurance comprenant aussi des activités fiscales et d’accompagnement des directeurs financiers, "en particulier l’ensemble des activités de EY tournées vers le développement durable et les attestations environnementales et tout ce qui a trait à la responsabilité sociétale", précise le dirigeant.

 

Accéder à un marché plus large

 

Pour le pôle conseil, le principal avantage de cette scission sera de pouvoir accéder à un marché beaucoup plus large qu’aujourd’hui. EY en France est l’auditeur de pratiquement la moitié du CAC 40. Et l’ensemble de ces clients jusqu’à présent n’ont pas le droit de faire appel à EY sur la partie conseil pour ne pas risquer de tomber sous le joug des "incompatibilités de service".

A l’origine, les grands cabinets de services professionnels pluridisciplinaires se sont construits à partir d’activités d’audit autour desquelles des activités complémentaires se sont ajoutées, qui trouvaient au départ leur justification dans un complément d’expertise nécessaire… Mais depuis le début des années 2000, et la loi de sécurité financière en France en 2003, ces activités complémentaires ont commencé à créer ces incompatibilités de services.

Cependant, "il faut avoir en tête que du côté des activités dites d’Assurance, il y a aussi de très grosses contraintes en termes de marché adressable du fait de ces incompatibilités de services et des règles d’indépendance", indique Eric Fourel. Par exemple, EY dans sa structure actuelle ne peut participer à un appel d’offres d’audit si la firme a par exemple déjà mis en place tous les systèmes d’information d’une entreprise. 

À l’heure actuelle, l’entrave agit donc des deux côtés. Et elle s’est accentuée ces dernières années dans la partie conseil. Pour répondre aux besoins des grands projets de transformations des entreprises, comme la mise en place d’un système d’information par exemple, ou la refonte des processus internes d’une entreprise, les acteurs du conseil sont obligés de nouer des partenariats avec de grands éditeurs de logiciels tels que SAP, ou de faire appel à des outils d’IBM ou de Google.

 

L'importance des partenariats stratégiques

 

Ces partenariats stratégiques s’avèrent nécessaires à l’expansion des activités de conseil qui se sont énormément amplifiées du fait de la révolution technologique. Or ils sont plus difficiles voire impossibles à conclure lorsque la société de conseil évolue au sein d’un cabinet d’audit.  EY est aujourd’hui l’auditeur au niveau mondial de grands éditeurs de logiciels tels qu'Amazon, Salesforce ou Workday. Le groupe ne peut donc intervenir sur la partie conseil pour mettre en place un système d’information de Salesforce, par exemple, tout simplement parce qu'il est auditeur de Salesforce.

Par conséquent, "l’un des gros avantages escomptés de cette opération est de pouvoir être beaucoup plus agile et ainsi de pouvoir conclure des partenariats stratégiques, nouer des alliances avec des grands acteurs technologiques, ce que jusque-là il n’était pas possible de faire dans de nombreuses hypothèses", souligne Eric Fourel.

De plus, les entreprises font de plus en plus appel aux "managed services", c’est-à-dire des services entièrement sous-traités à des opérateurs extérieurs et qui se déploient de manière pluriannuelle. Or, pour un cabinet comme EY, vendre ce type de services à un client revient à s'interdire définitivement la possibilité de devenir l’auditeur de ce même client.

En France cette difficulté est particulièrement prégnante du fait de l’obligation d’un double commissariat aux comptes pour les entreprises cotées. Sur un marché des prestataires d’audit constitué de sept ou huit acteurs d’envergure internationale – les big fours plus quelques autres tels que Grant Thornton ou Mazard -, dès lors que plusieurs d’entre eux agissent en tant que prestataires de conseils sur des contrats de longue durée avec les entreprises, le choix d’auditeurs pour celles-ci se réduit drastiquement.

De fait, les entreprises subissent aujourd’hui, en raison de cette concentration du marché de l’audit, une limitation de choix beaucoup plus forte encore du fait des mutations des activités de conseil. Or, "avec deux organisations distinctes, la partie audit n’aura plus à se préoccuper de l’existence de contrats pluriannuels de services qui auraient déjà été conclus, cela libère donc le marché et offre aux entreprises la possibilité d’un beaucoup  plus grand choix de prestataires sur le terrain", explique Eric Fourel.

 

Changement de statuts pour les collaborateurs

 

Les collaborateurs devraient également profiter de la scission du fait du renforcement de la croissance des deux pans d’activités grâce à la libération de leurs marchés respectifs. "Plus de croissance signifie plus d’opportunités de carrières et plus de capacités à offrir des rémunérations attrayantes", poursuit le dirigeant. Il s’agira en effet de les convaincre. "Nous comptons organiser le vote des associés entre mi-novembre et fin janvier 2023", indique Eric Fourel. La scission ne pourra se faire sans leur assentiment, alors que leur statut va considérablement évoluer avec celle-ci.

Ainsi, les associés de la nouvelle entité globale réunissant les activités de conseil, stratégie et de transactions, ainsi que l’essentiel des activités juridiques et fiscales, ne seront plus les associés de leur cabinet local, mais les actionnaires d’une structure mondiale. A contrario, les associés des activités assurance évolueront au sein d’une structure qui sera la réplique de ce qu’est le groupe aujourd’hui, c’est-à-dire une fédération de cabinets nationaux réunis dans un grand réseau international.

Les deux structures juridiques auront ainsi des statuts très différents pour les associés, qui auront sans doute besoin de temps pour assimiler les avantages de la scission.

S'ils sont convaincus et votent en faveur du projet, la mise en œuvre elle-même ne se ferait pas non plus d’un claquement de doigts. "Elle serait programmée pour le dernier trimestre 2023, au plus tard décembre 2023 ", ajoute Eric Fourel.

Il faut dire qu’il s’agirait d’une opération extrêmement complexe du fait de la structure mondiale de EY couvrant de nombreux pays. Les cabinets du groupe sont aujourd’hui organisés à un niveau purement national avec des structures ayant une longue histoire et des relations financières et administratives extrêmement imbriquées. 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article