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L'utopie de la transition indolore / La transition énergétique ne se fera pas sans coût ou alors ne sera pas
"Prétendre, comme on l’a trop fait, que la transition sera macroéconomiquement indolore n’est ni convaincant, ni mobilisateur". Le sujet n’est donc pas une question de prix pour Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, dans une note d’analyse publiée par France Stratégie, mais bel et bien une question d’agenda. Elle coûtera de toute façon extrêmement cher et engendrera un grand nombre de problématiques. Ces dernières sont néanmoins influencées par la vitesse du changement, notamment concernant le caractère inflationniste qui "sera d’autant plus fort que la transition sera rapide ".
La question de la productivité est également prépondérante dans la mise en œuvre de cette transition ; aujourd’hui les impacts en la matière sont "à la fois particulièrement importants et particulièrement incertains ". Les différentes approches évoquées font état de conséquences qui vont ralentir la croissance a minima temporairement, avant de déboucher à moyen terme sur tout un panel des possibles ; baisse définitive, retour aux gains de productivité actuels ou encore hausse induite par la dynamique.
La taxe carbone six pieds sous terre ?
La publication de France Stratégie enterre l’espoir d’une transition avec une " inquiétude pour les finances publiques [qui] était limitée ". Une utopie qui pouvait exister du temps où la taxe carbone faisait que "le débat portait plutôt sur le point de savoir quel usage faire de la recette qu’allait procurer cette taxation". Or aujourd’hui on se pose plus la question de savoir ce qui va être financé, mais comment trouver les fonds nécessaires. " Un recours généralisé à la fiscalité du carbone " étant désormais jugé " aujourd’hui peu probable, en dehors de l’extension prévue des marchés européens de quotas ".
Aujourd’hui, il apparaît inévitable que le coût de la transition pour les finances publiques soit négatif ; que ce soit via l’investissement public, les subventions ou les conséquences sur le Produit intérieur brut. Des mécanismes existent pourtant dans une partie du monde et fonctionnent puisque la "totalité des recettes procurées par les mécanismes de prix du carbone s’est élevée à 57 milliards de dollars en 2021" dans le monde. Un montant considérable mais qui reste aux yeux des deux auteurs dérisoires comparés aux " 450 milliards de subventions directes aux énergies fossiles".
Le temps du changement
La mutation entreprise à travers la planète est difficile à appréhender dans sa globalité, ce qui est certain, c’est qu’elle n’aura rien à voir avec les précédentes transformations qu’ont connu nos économies. Là où les révolutions industrielles du passé étaient localisées "dans la sphère productive", la transition actuelle va toucher " directement et simultanément la production énergétique, l’industrie, l’agriculture, l’habitat, les transports, les modes de vie et la consommation". De fait, ils arguent qu’il y aura dans tout les cas des pertes de capital ou une dévalorisation de certaines compétences en même temps qu’elle va créer des opportunités d’innovation et d’investissements.
Les deux économistes attendent au tournant les autorités publiques sur les coûts de réallocation du capital ; puisque la transition est pressée par des enjeux temporels elle risque d’autant plus amplifier "les pertes de potentiel économique". Devant ce constat ils appellent à être particulièrement attentifs à "la qualité du processus de réallocation des facteurs de production entre métiers, entreprises et régions ", un travail méticuleux mais indispensable pour éviter de voir l’économie s’embourber dans le processus.
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